À Nantes, l’édition 2020 du festival Trajectoires

Trajectoires de Trajectoires : Le festival créé par Ambra Senatore multiplie les premières et les déplacements. 

Le CCN dirigé par Ambra Senatore collabore avec vingt-trois autres lieux à et autour de Nantes, pour présenter une vingtaine de spectacles. On retrouve bien l’esprit d’Ambra Senatore dans cette nouvelle édition du festival Trajectoires, que la chorégraphe et directrice du CCN Nantes a fondé il y a trois ans. Au cours de sa carrière de chorégraphe, la Turinoise devenue Nantaise s’est distinguée, entre autres, en investissant les lieux du patrimoine italien avec esprit et humour.

Ça tombe bien, ils ont à Nantes un château comme on en rêve, celui des Ducs de Bretagne. Mieux: Senatore fête aujourd‘hui les dix ans de sa pièce fondatrice, Passo. D’abord duo, puis quintet, Passoa forgé son style, ludique et profond à la fois. A Trajectoires 2020, elle lance une année sous la devise « Où est passé Passo ? » [lire notre article]. Et la première sortie, en début de Trajectoires, se fait justement au Château des Ducs de Bretagne, où une soixantaine de danseurs amateurs et étudiant.e.s en danse, cirque ou théâtre vont irriguer, quatre heures durant en nocturne, une grande exposition sur les peuples amazoniens, qui y est actuellement présentée  par le Musée d’ethnographie de Genève. Conçue sur mesure pour le lieu, elle évoque la pratique du chamanisme et le rapport à la forêt. On imagine donc que cela donnera une dimension rituelle supplémentaire à Passo

Parcours urbains

L’esprit parcours est un peu le fil rouge de la nouvelle édition de Trajectoires. Joanne Leighton va amener ses danseurs sur une déambulation, passage Sainte-Croix. D’autres rendez-vous chorégraphiques sont donnés au Parc des Chantiers, à l’Ecole nationale supérieure d’architecture, dans des médiathèques et d’autres lieux et espaces publics, où l’entrée est gratuite, le but du festival étant justement de dessiner des trajectoires dans la ville. 

Au Musée d’arts de Nantes, on aura la surprise de voir Jean-Baptiste André interpréter de nouveau le solo Comme crâne, comme culte de Christian Rizzo, une œuvre culte justement, présentée au cours d’une journée au musée avec d’autres solo, singés et interprétés par Louis Barreau et Gabriel Um. Concept et réalité du festival présentent ainsi une belle cohérence, toujours dans cet esprit de parcours, cher à Ambra Senatore.  

Actions collectives

Avec cette troisième édition, Trajectoires commence à atteindre une vraie hauteur de croisière, en devenant une plateforme de création où l’on voit les premières des nouvelles pièces de Thomas Chopin, Hafiz Dhaou/Aïcha M’Barek et Yuval Pick. Ce dernier renoue aujourd’hui avec le romantisme qui l’avait porté dans Are friends electric. Sa nouvelle création prend appui sur Bach, avec la Partita en re mineur, pour un octet chorégraphique qui plonge au plus profond de l’esprit musical. Et puisque les trajectoires de Trajectoires gagnent en ampleur, la création de Vocabulary of Need  aura lieu à la scène nationale de Saint-Nazaire. 

Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou (Cie Chatha) s’associent à deux autres chorégraphes tunisiens - Selim Ben Safia et Sofian Jouini - dans un projet intitulé Conversations, un laboratoire artistique créé pour fédérer des écritures et les réflexions qui les sous-tendent. Une rencontre à l’issue ouverte, « abouti ou non, spectaculaire ou non », à partir de questions aussi limpides que fondamentales : « Qui sommes-nous réunis ? Quelle est notre parole ? Que naît-il de nous ? » On peut y soupçonner quelques réminiscences de la révolution du jasmin, mais la réponse sera donnée sur le plateau. 

La révolte collective est justement le sujet chez Thomas Chopin qui crée Le charme de l’émeute. Cet artiste chorégraphique et dramatique entend interroger le phénomène des révoltes, du Printemps arabe aux soulèvements les plus actuels. Au-delà des motifs et des modes opératoires des peuples en révolte, cette pièce pour cinq danseurs pose des questions très directes: « Comment une population se transforme par la révolte face à l’ordre établi en utilisant son corps comme moyen d’action ? »

Musiques intérieures

Pas tout à fait une première, mais presque : On verra aussi, à Trajectoires, juste après sa création à La-Roche-sur-Yon, la nouvelle pièce de Julie Nioche. Vague Intérieur Vague  est une « une rencontre de la danse avec l’écriture des sensations, la pratique ostéopathique du MRP (Mouvement Respiratoire Primaire) et la matière » pour cinq interprètes chorégraphiques, une «recherche de nos histoires intérieures cachées dans nos sensations ». Une sorte d’archéologie sensorielle de l’individu et du collectif, mise en mouvements et en chansons. 

Également tout au début de son parcours est le Deal  entre Jean-Baptiste André et Dimitri Jourde qui se rencontrent autour de Bernard-Marie Koltès. La source d’inspiration est ici le dialogue théâtral à l’écriture si musicale, Dans la solitude des champs de coton. André et Jourde détaillent ici leur propre interprétation, chorégraphique et acrobatique, de l’affrontement poétique et métaphorique entre le client et le dealer, évoqué par Koltès. 

Preljocaj, Leighton, Phelippeau…

Il y a les spectacles en création et ceux qui sont en voyage. De ces derniers, Trajectoires présente, en collaboration avec Angers Nantes Opéra, l’une des créations majeures actuellement en tournée, à savoir Winterreise d’Angelin Preljocaj avec les danseurs du Ballet Preljocaj, en compagnie de James Vaughan au piano et du Baryton-basse Thomas Tatzl [lire notre interview].

D’autres pièces aux belles trajectoires font également halte à Nantes, comme le duo Ben et Luc de Mickaël Phelippeau, Corps exquis  de Joanne Leighton [ lire notre critique] et Brother de Marco da Silva Ferreira [lire notre critique]. S’y ajoutent Posare il tempo  de Claudia Catarzi, Arrêts de jeu  de Pierre Rigal et Dans le détail  de Denis Plassard. 

Thomas Hahn

3eédition du festival Trajectoires, du 10 au 19 janvier 2020

 

 

 

 

 

 

 

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