ZOA 2016 : Christina Towle/Djino Alolo Sabin et Vincent Lacoste

Christina Towle/Djino Alolo Sabin et Vincent Lacoste ont mis la danse à l’épreuve des sports et des arts plastiques, au festival ZOA, en octobre 2016.

On le savait, grâce à quelques créations chorégraphiques précédentes consacrées au culte du knockout. On l’a encore constaté à ZOA : La boxe est un formidable sparring-partner pour la danse. Debout-Se relever de Djino Alolo Sabin et Christina Towle, poignante création pour trois danseurs-slameurs-musiciens, n’a rien à envier aux spectacles danse-boxe d’Emio Greco ou Mourad Merzouki (respectivement Rocco et Boxe Boxe).

Les trois corps peuvent se fondre en un seul organisme, déchiré par une intense lutte intérieure: Effort, résistance, douleur. Cris, soubresauts violents, uppercuts au ras du sol. Eruptions de gestes de krump. On rampe, on s’éjecte. Même les ralentis contiennent leur part de dynamite. Malgré un début inutilement discursif, Debout-Se relever, placée sous haute tension, remporte la plupart des rounds.

Dans ses échos chorégraphiques au match de boxe organisé à Kinshasa qui opposa en 1974 Mohammed Ali à George Foreman, la pièce de Towle et Sabin contient sans doute moins de danse (si on prend le terme dans le sens d’une musicalité harmonieuse du geste) que le combat livré par Ali, qui se considérait comme un danseur.

Debout-Se relever renforce l’alliance entre la danse et la boxe en taillant profondément, substantiellement, dans les sensations corporelles et psychiques du lutteur-danseur. Cette pièce de combat est un vrai uppercut artistique.

ZOA occupe des corps mous

Assemblage d’éléments très hétérogènes chez Vincent Lacoste dans sa création Les corps mous #2. Ce duo - de fait le croisement de deux solos - tente de réconcilier sentimentalisme institutionnel soviétique, caméras et écran vidéo pour le hors-champ, arts plastiques (mollusques blancs géants et de matière inerte) et danse (Lydia Boukhirane, Mathias Dou). Le défi est énorme, mais la matière gestuelle reste très incertaine.

Les poufs, énormes mais amorphes, deviennent presque des agrès acrobatiques, voire un troisième danseur. Avec cette partie du spectacle, la plus importante et la plus aboutie, un brin de fusion entre en jeu. Mais à Micadanses, lieu de la toute première sortie du spectacle devant un public, les différents éléments ne trouvèrent pas (encore) de terrain d’entente.

Les Corps mous #1, cet excellent solo interprété par Mathias Dou [lire notre critique], avait réussi à créer du suspense à travers la quête d’un état inerte. Les Corps mous #2, veut définir à sa manière la relation corps-objet. Qui joue avec qui? Les tensions se manifestent d’abord dans un moment de vomissement et plus tard par des grimaces face à la caméra de surveillance. Dans l’ensemble, les corps manquent de présence et le vocabulaire gestuel de définition. Sur le papier, il s’agit de laisser surgir le mouvement dans le corps, « mais en ne l’amplifiant pas après sa naissance, en le laissant perdurer sans excès d’énergie. »

Au résultat, l’ensemble a la tension d’un haussement d’épaules. Trop de mollesse enlève aux corps ce noyau dur qui pourtant donne à l’inertie tout son sens. Il faut maintenant attendre de voir ce qui se produira quand Les Corps mous #1 et #2 seront à l’affiche dans une même soirée au Colombier de Bagnolet, les 9 et 10 décembre 2016.

Thomas Hahn

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