A Nancy, Petter Jacobsson devient Officier

Le directeur du Ballet de Lorraine vient d’entrer dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Ce fut un beau dimanche pour Petter Jacobsson. Le 14 novembre 2021, à l’issue de la représentation de la pièce Air-Condition qu’il co-signe avec Thomas Caley [lire notre entretien] à l’Opéra de Nancy, le directeur général du Ballet de Lorraine a été nommé Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Et c’est Didier Deschamps qui lui remit les insignes. Qui de plus judicieux ? C’est en 2011 que Jacobsson succéda à Deschamps au poste de directeur général du CCN situé à Nancy, Deschamps partant pour prendre la direction du Théâtre national de Chaillot. Une décennie plus tard, il prononça un hommage très inspiré retraçant le parcours d’une personnalité chorégraphique qui était quasiment inconnue en France avant d’être nommée à la direction du Ballet de Lorraine ! 

Venu de Suède, Petterson a dirigé avec Thomas Caley, le Ballet Royal de Stockholm, après une carrière de danseur qui l’a amené à New York – où il travailla avec Twyla Tharp, Irene Hultman et Deborah Hay, et ce après avoir étudié chez Merce Cunningham –.Tout cela après une formation très académique à la Vaganova Academy de St. Petersbourg et une carrière de danseur étoile au Sadler’s Wells Royal Ballet de Londres. 

Sur le chemin de la liberté artistique qu’il défend depuis maintenant dix ans à Nancy, il avait aussi fondé, avec Caley, sa propre compagnie, en 2005, en Suède. Et Stockholm lui doit quelques pépites esthétiques qui ont défrayé la chronique, comme le fameux Rose, création de Mathilde Monnier que Jacobsson invita en 2001 à travailler avec le Ballet Royal (puis re-création avec le Ballet de Lorraine en 2014, (lire notre critique). Mais Didier Deschamps rappela aussi à quel point tout le monde se souvient encore à Nancy de l’invitation faite par Jacobsson à la chorégraphe suédoise Dorte Olesen et ses bûcheronnes quinquagénaires, en démonstration de force féminine sur la place Stanislas. C’était en 2012, et la performance a marqué les esprits. 

Ainsi, la période du Ballet de Lorraine sous la direction de Jacobsson et Caley est semée d’anecdotes artistiques où toutes les habitudes sont renversées, d’un drôle de Discofoot joué sur la place publique (où les équipes s’affrontent sur la beauté de leurs pas de danse, mais tout de même sur une sorte de terrain de foot) à Plaisirs inconnus, ces pièces brèves où les noms des chorégraphes restent secrets. Ils ont invité la crème de la scène actuelle à travailler avec la troupe, souvent dans un esprit légèrement décalé, comme ils avaient, au début de leur mandat, donné une présence nouvelle aux Ballets suédois, jusque-là oubliés en France alors que c’est ici que la troupe de Rolf de Maré avait défié le canon esthétique de la danse. 

Et pourtant, l’empreinte artistique nancéenne du binôme de Stockholm est encore en pleine évolution. Pièce par pièce, ils se sont rapprochés d’un grand format pour l’ensemble des danseurs. Après les 40 minutes de For Four Walls [lire notre interview], c'est maintenant les 60 minutes d’une pièce toute aussi surprenante, Air-Condition, de nouveau très saute-frontières. Nous y reviendrons. 

Thomas Hahn

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