La 13e édition de Concordan(s)e

Le festival de la rencontre chorégraphe-écrivain présente quatre créations à travers l’Île-de-France, du 16 mars au 27 avril 2019

C’est une vrai Formule, qui mérite bien sa majuscule. Concordan(s)e ouvre un espace-temps de trente minutes à un.e chorégraphe et un.e écrivain.e à condition de ne pas avoir travaillé ensemble auparavant. Les deux doivent occuper le plateau ensemble et arrivent donc sur un terrain qui leur est inconnu. Non seulement doivent-ils découvrir l’autre humainement et se laisser inspirer artistiquement  par leur partenaire-surprise, mais aussi affronter un territoire artistique qui peut leur réserver bien des surprises. Les chorégraphes n’ont évidemment pas l’habitude de conjuguer la danse et la parole. Et encore moins les écrivains sont-ils habitués à monter sur un plateau pour dévoiler autre chose d’eux-mêmes que leur écriture.

Liberté. Egalité. Fraternité ?

Et ils sont certes libres de décider de tous les aspects de leurs créations et peuvent par exemple travailler sur un thème narratif ou des aspects plus abstraits concernant langue et langage. Mais on aurait tout de même l’impression d’un gâchis si l’écrivain.e se contentait de rester assis.e en lisant son texte. Ce serait réintroduire une hiérarchie qui Concordan(s)e abolit avec succès, autant entre les disciplines qu’entre les lieux de diffusion. Ces commandos artistiques peuvent apparaître dans une librairie, une médiathèque, une université, un théâtre ou  un centre chorégraphique, de Paris à Etampes, de Clichy à Evreux, avec quelques excursions à Grenoble, Nohant ou Saint-Herblain.

C’est l’égalité totale entre les disciplines et les territoires qui fait la spécificité du festival créé par Jean-François Munnier. Si la liberté et l’égalité peuvent être offertes par le festival, la fraternité ne se commande pas. Concordan(s)e est donc une boîte à surprises, sauf pour les reprises de duos créés les années précédentes.

Amala Dianor et Denis Lachaud: Xamûma fane lay dëm (Je ne sais pas où je vais)

L’édition 2019 scelle quatre nouvelles rencontres chorégraphe-écrivain.e. Et chacun.e devra, côté danse, accepter un basculement. Amala Dianor par exemple, négocie ici la présence et le rôle des mots et des gestes avec le romancier et dramaturge Denis Lachaud dont les textes ont été mis en scène, entre autres, par Pierre Notte, Maria Zachenska et Arthur Nauzyciel, mais aussi par Lachaud lui-même.

Joanne Leighton et Camille Laurens: L’L

Joanne Leighton  semble plutôt vouloir approfondir ou découvrir autrement sa réflexion et sa recherche autour de la marche. Avec la romancière Camille Laurens (dernier ouvrage : La petite danseuse de 14 ans, inspiré de la sculpture de Degas) elle tisse un fil inspiré de Deleuze autour de la répétition comme moyen de mesurer les différences et le temps qui passe. « Quel espace créons-nous à la mesure de nos pas », demandent-elles.

Philippe Lafeuille et Elitza Gueorguieva : Pleg 92’

L’univers de Philippe Lafeuille, chorégraphe et metteur en scène des Chicos Mambo, a besoin de trouver face à lui une personnalité toute aussi aventureuse. Il la trouve en la personne d’Elitza Gueorguieva. Née à Sofia elle est cinéaste, performeuse et écrivaine créant régulièrement des œuvres texte/vidéo. Ils travaillent ici sur des images et des souvenirs, tels « un matelas pneumatique couleur ivoire, une barbe végétale, le sourire de cette fille aux faux airs de Kurt Cobain... »

Catherine Dreyfus et Catherine Grive : Je suis un centre

Catherine Dreyfus et Catherine Grive, chacune deux fois mère, interrogent la fixation de certains parents  à désirer un enfant d’un sexe plutôt que de l’autre. Et il n’est pas un secret que c’est presque toujours un garçon qui est désiré. Aussi  nous parleront-elles de « la transmission d’histoires familiales secrètes faisant jaillir entre rêve et folie, amour et douleur, enfantement et désenchantement, un univers de fantaisie ». Grive compte parmi ses œuvres une écriture tous azimuts et la production d’émissions thématiques sur France Culture alors que Dreyfus travaille, entre autres, avec des publics en situation d’exclusion sociale.

Trois reprises

Les trois reprises concernent Vois-tu celle-là qui s'enfuit de DD Dorvillier et Catherine Meurisse [lire notre critique], Entre nos mains, entre nos jambes de Pascale Houbin et Carole Martinez ainsi que Yvann Alexandre et Sylvain Pattieu avec En armes  [lire notre critique]. Et c’est ce dernier qui écrit de belles lignes pouvant s’appliquer à Concordan(s)e : « On ne veut pas s’extraire des malheurs du monde / S’isoler et se mettre à part / On pleure des fois mais on est là, on est dedans, on se bagarre / On se donne les moyens /Coup pour coup autant qu’on peut / On a nos corps qui bougent et nos mots qui résonnent / On est en armes. »

Thomas Hahn

13e édition de Concordan(s)e, du 16 mars au 27 avril

 

 

 www.concordanse.com

 

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