Concordan(s)e : Pascale Houbin et Yvann Alexandre

Deux rencontres chorégraphe-écrivain dans le cadre de la 12e édition du festival Concordan(s)e.

Deux sœurs: La chorégraphe Pascale Houbin et l’écrivaine Carole Martinez. Pas dans la vie, pas à le ville. Mais sœurs de scène, dans un scénario de leur plume commune, où l’une chorégraphie cette danse des mains pour laquelle on l’aime tant et l’autre a fait travailler ses mains pour créer le texte : Entre nos mains, entre nos jambes.

Ces deux sœurs préparent le lit de noces de la fille de l’une d’entre elles. Naturellement, elles en viennent à évoquer leur propre découverte de la sexualité et de leur propre anatomie génitale. Fait rare dans le cadre de Concordan(s)e, le texte est dialogué et donc hautement théâtral. D’où une construction où un prologue dansé est suivi d’une conversation chorégraphiée et surtout théâtralisée.

La complicité entre Houbin et Martinez est totale, et heureuse. Un vrai bonheur. Et Martinez surprend par son talent de comédienne, comme si elle avait toujours mené une carrière sur les planches. L’entente entre les deux est donc parfaite, et c’est bien elle qui leur permet d’aborder un sujet aussi intime sans la moindre pesanteur.

Mais la rencontre entre danse et théâtre est bien moins naturelle. Un dialogue dramatique bien senti ne signifie pas automatiquement que la danse et le théâtre trouvent sur scène leur propre lit de noces. Certes, rien n’oblige Concordan(s)e à endosser le rôle d’entremetteur pour créer du Tanztheater  bauschien ou autre. Par contre, un metteur (en scène !) serait le bienvenu pour définir cette relation, dans ses distances et ses rapprochements.

Yvann Alexandre et Sylvain Patthieu : En Armes

Dans l’autre création, portée par Yvann Alexandre et l’écrivain Sylvain Pattieu, la relation se construit sur un mode très différent, nettement plus abstrait. Le texte devient un chant de combat, presque une musique minimale exécutée par Sylvain Pattieu dans un personnage de travailleur, de boxeur. La figure chorégraphique principale est le cercle, où l’on tourne en rond, où Pattieu lance et débite -– on pourrait dire: il slamme - son texte qui parle de chute morale, mentale et sociale, au cœur de nos sociétés rongées par le mal de vivre.

Mais ici aussi, le regard extérieur d’un metteur en scène aiderait à trouver la forme poétique juste, qui laisserait respirer les visions de Rosa Luxembourg, Hercule ou autres Dark Vador: Des rêves d’ailleurs, dans un monde qui cogne: « Il nous faudrait un lieu pour se retrouver avec celles et ceux qu’on a aimés. Ce serait autre part que la nuit et les rêves. Un vrai lieu. » C’est vrai aussi pour ce spectacle, avec ses plumes et paillettes rapidement enlevées et finalement si peu signifiantes, avec ses tomates au sol dont le rouge fait gicler l’amour et le sang des histoires et des mythes.

Mais En Armes est surarmé et sous-armé en même temps, passe du duo au trio, mais reste à la recherche d’un vrai rapport à l’espace scénique. Car même ces petites formes de trente minutes pourraient trouver leurs équilibres et, qui sait, ouvrir sur des formats plus importants, ne serait-ce qu’en s’accordant quelques espaces de résonance.

Sur un plateau de théâtre, ces deux propositions laissent un goût d’inachevé, d’un manque de structuration et d’un regard extérieur qui pourrait enrichir la matière et l’amener  à prendre une forme consubstantielle au sens des mots et des gestes. Pourquoi les binômes chorégraphe-écrivain ne seraient-ils pas complétés par un metteur en scène ou un dramaturge ?

Thomas Hahn

Spectacles vus le 4 avril 2018 à la Maison de la Poésie dans le cadre de Concordan(s)e,

Représentations suivantes :

Yvann Alexandre / Sylvain Pattieu :

Samedi 7 avril, CDCN La Briqueterie, Vitry-sur-Scène, dans le cadre de la Journée Danse et Edition

 

Pascale Houbin/Carole Martinez :

 jeudi 12 avril, 20h, Bibliothèque Rolland-Plaisance, Evreux
Samedi 14 avril, 17h, Bibiliothèque L’Echo, Le Kremlin-Bicêtre
Samedi 14 avril, Château d’Angers

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