31ème édition du Temps d’Aimer la Danse

Á Biarritz, un bienheureux retour à la vie artistique.

Thierry Malandain, directeur artistique du Temps d’Aimer, ouvre cette année le festival vers d’autres lieux comme Bayonne et Anglet, ainsi que des collaborations avec les villes de Mauléon, Saint-Palais et Saint-Pée-sur-Nivelle. 

Ce fut l’occasion de découvrir le magnifique théâtre Quintaou d’Anglet où Kader Attou a présenté Symfonia Piesni Zalosnych (2010) qui s’attache à l’intégralité de la Symphonie n°3 dite des Chants plaintifs, du grand compositeur polonais Henryk Mikołaj Górecki.

La pièce explore avec délice l’ensemble des aspects compositionnels et sensibles. Entre le hip-hop et la forme du ballet, les dix danseurs développent une puissante et émouvante gestuelle où la sensibilité et la spiritualité s’accordent parfaitement avec la musique. 

Au Colisée, Chronic(s)2 de et avec Hamid Ben Mahi (lire notre critique) s’est étoffé et a pris de l’ampleur depuis sa création car l’interprète danse beaucoup plus avec une maitrise et une grâce formidables. 

Dans le studio Gamaritz de la gare du Midi, Hervé Robbe a proposé une pièce de danse et de musique à un collectif d’artistes virtuoses et vertueux, enrichie de la collaboration pointue de la designer textile Jeanne Vicerial et de la composition musicale de Jérôme Combier. Sollicitudes se conjugue en quatre solosqui, tels des dialogues, font songer à un rituel assez noir comparable à la pandémie et aux annulations culturelles. Une chorégraphie ciselée, gracieuse et élégante interprétée par d’excellents danseurs de générations différentes. 

Les jeunes danseurs de Dantzaz dans une remarquable soirée patchwork au théâtre du Casino avec trois formidables pièces totalement différentes. Tout d’abord le duo Fossile chorégraphié par le jeune prodige Martin Harriague (créé au festival en 2019 avec une autre distribution). (Lire notre entretien). Dans un décor étrange et sur la musique de Schubert, il met en scène une sorte de boite de Pandore enrobée de plastique noir d’où s’extrait difficilement un homme. S’ensuit un étonnant pas de deux qui dénonce l’état de notre planète pour finir en un humoristique jardin d’Eden où le couple nu apporte un peu d’espoir quant à notre avenir. 

Suivie par Ballet Mécanique, une pièce emblématique de Thierry Malandain. Avec sa chorégraphie effrénée, cette œuvre créée en 1996 est toujours aussi contemporaine et insaisissable. Dans une sorte de ring balisé par des barres d’échauffement de danse, les interprètes s’expriment et se confrontent dans un rythme d’enfer mettant ainsi le mouvement dansé à son paroxysme. Un pur bonheur ! 

Changement radical de style avec Walls où Martin Harriague s’offre un sacré règlement de compte avec l’actualité. Un homme aux épaules carrées en costume, le visage caché par un masque, les cheveux blonds/roux et une cravate rouge s’exprime violement sans jamais finir ses phrases mais surtout en les répétant maintes et maintes fois. Tonitruant, on reconnait immédiatement l’ancien président des Etats-Unis dont l’unique objectif est de construire ce fameux mur pour protéger son pays. Mais là, le chorégraphe, va bien plus loin en évoquant les multiples conflits internationaux et les autres murs qu’il faudrait sans doute ériger. Par le biais d’une danse très soutenue et très intelligente avec des mouvements du corps invraisemblables, Martin ose tout et il a grandement raison. 

Apothéose à la gare du Midi avec deux splendides créations sur les musiques d’Igor Stravinski interprétées par les danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Tout d’abord L’Oiseau de Feu, une pièce pour 22 danseurs signée par Thierry Malandain. Toujours extrêmement méticuleux, il s’attache à une multitude de détails afin d’exploiter toute la substance de son ouvrages. Sa pièce est d’une incroyable beauté à la fois légère et passionnée, souple et d’une parfaite solidité. Des ensembles qui ressemblent à des nuages tant les danseurs apparaissent aériens, d’autres instants la nature et les oiseaux sont rayonnants, mais il ne s’agit pas pour autant de faits grandioses, non, Thierry dessine ce qui nous entoure quotidiennement. Et la pièce finit avec cette boule de feu incarnée par Hugo Layer. 

Galerie photo © Olivier Houeix

Le Sacre du printemps de Martin Harriague est sculpté d’une autre façon. Le chorégraphe impose un style de danse très personnel, avec des pas extrêmement rapides, juste un petit sursaut, une jambe qui se lève ou croise l’autre en 2 secondes, des déplacements complexes et jamais répétitifs, des tableaux vivants superbes. Il est très inventif ce jeune homme et impose aux artistes une concentration absolue afin que rien ne soit laissé au hasard, que tout fonctionne comme il l’a imaginé en donnant le sentiment d’une certaine facilité, alors qu’il est évident qu’il n’en est rien. Le Sacre de Martin dessine une force sauvage qui convient à son langage corporel. Et le plus étonnant est que sa chorégraphie convoque les notes, les instruments, la partition de Stravinski. Cette impression de confrontation et d’union est d’une grande singularité.

Il faisait extrêmement doux à Biarritz et cette 31èmeédition a remporté un vif succès du fait que toutes les salles étaient pleines. Preuve que le public éprouve un besoin vital de retrouver l’art vivant, de vibrer et de communier avec les artistes. 

Sophie Lesort

 Spectacles vus du 11 au 13 septembre 2021 à Biarritz

Chronic(s)2 
En tournée : 20 novembre : théâtre Louis Aragon (Tremblay-en-France)* - 23 et 24 novembre : Scène nationale Carré-Colonnes (Blanquefort) - 3 et 4 mars 2022 : théâtre La Passerelle (Gap)* - 26 mars théâtre : Avant-scène (Cognac)* - 29 avril à Ris-Orangis *soirées où sont présentés Chronic(s) et Chronic(s)2

Sollicitudes 
En tournée : 10 novembre : Scène nationale d'Orléans-23 novembre : LUX Scène nationale de Valence- 10 & 11 février 2022 : Théâtre de la Cité internationale, Paris - dans le cadre du festival Faits d'Hiver

Fossile
En tournée : 13 et 14 octobre à San Sebastian, Teatro Victoria Eugenia - 23  avril à Mougins 

L’Oiseau de Feu et Le Sacre du printemps
En tournée : Vendredi 8 octobre - Le Parvis - Scène Nationale de Tarbes Pyrénées ; du 4 au 12 novembre - Chaillot - Théâtre national de la Danse ; le 16 novembre l'Avant Seine / Théâtre de Colombes ; le 4 décembre - L'arc - scène nationale Le Creusot ;  le 7 décembre – Festival de Danse de Cannes ; les 10 et 11 décembre - Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues ; les 17 et 18 décembre - Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines ; du 22 au 26 décembre – Gare du Midi – Biarritz. 

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