« Drôles de Dames » à Mâcon : Un festival très féminin

Danse et cirque dominent la programmation de la Scène nationale de Mâcon en mars. Où les femmes sont (presque) entre elles.

La scène nationale de Mâcon (« Le Théâtre ») fait du mois de mars un mois de spectacles de danse, cirque ou théâtre, souvent transdisciplinaires. Avec une qualité commune: Tous ont été conçus et créés par des femmes. Ou presque... Le festival Drôles de Dames rend hommage à la journée internationale de la femme (8 mars) pour proposer une programmation qui participe fortement de l’engagement de la Scène nationale en faveur de la parité entre femmes et hommes dans la programmation. La parité serait ainsi atteinte mais pas revendiquée. Pour éviter des débats houleux ?

Il est vrai que tout le monde n’apprécie pas les quotas comme instrument pour aller vers une égalité femmes/hommes dans divers domaines de la vie publique. Ils rencontrent pourtant une opinion favorable dès qu’il s’agit de défendre la chanson française, des carburants « propres », le « bio » dans les cantines scolaires etc. etc. Le jour où ils ne sont plus nécessaires, beaucoup de quotas sont abandonnés ou passent inaperçus. Les quotas sont l’expression d’une volonté de progresser et d’élargir les choix, non de les réduire. Une politique culturelle qui subventionne le spectacle vivant, n’est-elle pas en soi une manière d’assurer un certain quota, pour éviter une suprématie écrasante des industries du spectacle les plus commerciales ?

Les relations entre les femmes et entre les générations sont au cœur de Drôles de Dames 2018. On peut trouver un authentique couple de mère et fille, en Satchie Noro et Yumi Rigoult qui  viennent de créer mA, un duo plein de complicité, de sincérité et d’acrobatie. (notre critique)

Sarah Crépin et Claire Laureau interprètent un dialogue troublant avec l’enfance, dans Monstres indiens, mis en scène par Etienne Cuppens, où le public prend place dans des transats où l’on rencontre, dans une perspective de 360°, des Sioux par centaines (le reflet de Sarah Crépin) et le lapin d’Alice au Pays des Merveilles [notre critique]. Sans vouloir en conclure qu’il s’agit d’un spectacle pour enfants. Nous sommes plutôt dans un retour à l’enfance, d’un point de vue d’adulte.

C’est plus manifeste encore chez Camille Mutel, dans Go go said the bird, un duo avec Philippe Chosson qui multiplie les motifs érotiques pour les confronter  aux arts visuels et à la philosophie [notre critique]. Et Chloé Moglia arrive avec son très beau trio Ose, où elle met en scène trois acrobates en suspension au-dessus du vide, pour révéler l’identité de chacune. Aussi, évoquer la chute originelle a pour but d’en finir avec le mythe d’Eve comme responsable de l’éviction du Paradis. Ose sera le point d’orgue pour clôturer Drôles de Dames 2018 [notre interview ].

Mais que fait David Wahl dans cette programmation, dans ce mois dédié aux femmes? Sa « causerie » [notre critique] sur la diabolisation de la danse par l’église (Histoire spirituelle de la danse) pourrait ici faire écho au regard de Chloé Moglia sur la chute originelle, tant le clergé visait les femmes  à travers ses interdictions de la danse. Partout où le puritanisme religieux exerce le pouvoir, il enfreint autant l’égalité des femmes que la danse.

Thomas Hahn

Drôles de Dames 2018, du 1er au 30 mars 2018

www.theatre-macon.com/2017-2018

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