« Ose » à L’Onde : Interview de Chloé Moglia

Chloé Moglia présente, du 21 au 23 mars, à L’onde de Vélizy, sa dernière création. Ose est une pièce pour trois femmes en suspension.

Danser Canal Historique : Vous présentez votre dernière pièce, un trio féminin en suspension intitulé Ose. Est-ce à dire que vous allez vers des terrains inconnus?

Chloé Moglia : En effet! C’est ma première pièce où je reste complètement à l’extérieur. Une fois le spectacle commencé, je ne peux plus intervenir! Les trois interprètes que j’appelle les suspensives parce que je n’aime pas le terme de trapézistes qui donne une mauvaise idée de notre travail, sont trois femmes suspendues au-dessus du vide. J’avais déjà travaillé pour ma pièce Aléa avec Carla Farreny Jimenez et Viivi Roiha, une cordiste finlandaise. Par contre, c’est ma première collaboration avec Kamma Rosenbeck, une Mexicano-Américano-Danoise, une enfant de la balle nouvelle génération. La relation entre les trois était un axe majeur dans ce travail, ce qui est nouveau pour moi qui ai beaucoup travaillé en solo. Nous avons travaillé sur la personnalité de chacune, avec Carla qui porte la Catalogne et le sud, mais avec une grande tranquillité, alors que Viivi a une présence de feu. Kamma est un assemblage de plusieurs univers.

DCH : La suspension permet donc, malgré l’effort physique qu’elle demande, de révéler les personnalités des interprètes ?

Chloé Moglia : Je suis attachée à ce qu’on les découvre telles qu’elles sont au lieu de voir des circassiennes qui ne se définissent que par leur prouesses. Je veux qu’on les voie comme des personnes proches de ce nous sommes sans que le métier mette de la distance entre elles et les spectateurs. On le perçoit d’abord hors de la suspension. Celle-ci arrive finalement comme un cadeau en plus. J’aime faire d’abord descendre les attentes de grand salto etc. pour aller vers des choses plus subtiles. Ca ne veut pas dire qu’on ne met pas aussi du spectaculaire, du joyeux, du généreux, mais nous le faisons à notre manière. Il ne faut pas que le spectaculaire recouvre l’infime, le subtil, le sensible ainsi qu’ une touche d’espièglerie douce et d’humour.

DCH : Quel est votre processus d’écriture ? Sur quoi avez-vous travaillé dans Ose ?

Chloé Moglia : Je travaille de plus en plus sur des lignes, le trait, le fil et les traces qui défilent dans l’espace et au sol. Il y a un plan incliné au sol qui porte des traces de craie. Je ne travaille pas à partir d’un thème qui serait à illustrer par la suspension. Je reste attachée à creuser ce qui se raconte à partir de la suspension au-dessus de vide, et ce de différentes manières pour toucher différents points. Dans Ose, nous avons trois femmes suspendues au-dessus du vide, ce qui produit certains clins d’œil à la chute originelle, dont la responsabilité est attribuée à la femme. Nous avons eu beaucoup de discussions sur le thème et nous sommes plongées dans la littérature sur ce sujet. D’où le titre de la pièce, par ailleurs. Il faut oser, en tant que femme, avec cette histoire du serpent qu’on nous colle sur le dos. Mais nous ne voulons pas appuyer le sujet outre mesure.

Propos recueillis par Thomas Hahn

https://www.londe.fr/spectacles/ose

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