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Pole-Sud, une fin d’année au masculin

A Strasbourg, 2022 s’achève en énergie ardente – avec Bruno Beltrão et Ousmane Sy – et en humour grâce à Sylvain Riéjou, Thomas Lebrun et… Silvia Gribaudi ! 

A Pole-Sud, chaque saison se décline en plusieurs temps forts, et à chaque fois, L’Année commence avec elles, donc par un temps fort autour des femmes chorégraphes. Nous y reviendrons, à temps pour le début de 2023. Mais la question est de savoir à quel moment on présente alors le travail des hommes chorégraphes. Et justement, les portes leur sont ouvertes au cours du trimestre final. Seulement, Joëlle Smadja, la directrice de Pole-Sud n’annonce pas que « l’année finit avec eux » car il n’y a là pas d’exclusivité genrée. On constate juste une forte majorité masculine : Renaud Herbin, Bruno Beltrão, Thomas Lebrun, Ousmane Sy et quelques autres. Mais la minorité sait se faire entendre, car représentée par Silvia Gribaudi ! 

Pour petits et grands (et inversement)

Dans sa nouvelle création Monjour, l’Italienne à l’humour si généreux crée une fois de plus une communauté entre les danseurs, circassiens ou performers sur scène et le public dans la salle. Chez Gribaudi on partage les ambiances, dans la bonne humeur et une précipitation des interprètes – ici cinq hommes, à savoir deux danseurs, deux acrobates et un clown-acteur – vers des situations cocasses. Un tel spectacle peut absolument être vu par des personnes de tous les âges. 

D’autres s’adressent plus spécialement au jeune public, comme Aurore Gruel qui imagine un peuple aux têtes carrées, pour voyager dans un monde surréel et poétique. PROG.HB.Zér0  est un trio où corps, objets et images s’animent, créant situations, paysages et récits. Et comme les spectateurs sont des enfants, il leur est permis de bouger à leur tour. 

On devrait aussi les inviter à voir...de bon augure  de Thomas Lebrun, où la danse est certes moins théâtrale, presque « abstraite » même, mais alors, les chansons… Il y en a quinze, elles sont gaies et toutes nous parlent des oiseaux, du Moyen Âge à nos jours, de Rameau à Nana Mouskouri : Coucouroucoucou Paloma. Lebrun est lui-même un grand passionné des oiseaux, nous dit-on et les danseurs peuvent ici arborer des plumages rendant hommage à l’idée de diversité. 

Riéjou rit et joue

Et il faudrait aussi tester l’humour de Sylvain Riéjou face à un public jeune. Mais attention, son solo inclut la nudité ! Nudité intégrale, assumée et non érotisé.  La nudité en soi étant parfaitement innocente, il prévient : Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n’existe pas et qui par ailleurs n’est pas droit). Il prend ce titre et interprète ce solo pour révéler nos contradictions dans le rapport au corps non vêtu. Aussi Riéjou rit et joue avec sa propre gêne à se présenter ainsi face au public, partant de son questionnement : « Pourquoi un corps donné à voir dans toute sa vérité, donc nu, sur un plateau, dans une visée artistique, choque-t-il bien davantage – les enfants comme les adultes – que toute vidéo aux allusions clairement sexuelles, à but commercial ? » 

Certains chorégraphes ont clairement défini leur langage et leur rapport au mouvement. D’autres sont en train de le développer. Marino Vanna fait de cette recherche le sujet de ses pièces. Après le solo No-Mad(e), présenté à Pole-Sud en 2019, il franchit le cap et crée un quatuor masculin : Man’s Madness. Vanna mixe les styles, les états de corps et les motifs tout en mettant en lumière chacun des interprètes (dont lui-même). Si le titre évoque la folie des hommes, il ne s’agit pas forcément d’une pièce politique. 

Exil et migration en fond poétique

Ce serait plutôt le cas de Renaud Herbin qui crée Par les bords, une pièce pour un danseur-circassien (Côme Fradet) et deux musiciens : Sir Ali ! qui chante ses propres textes et Grégory Dargent à l’oud. Il y est question d’exil, de nostalgie, de déracinement, de migration et de nomadisme. En résumé, selon le metteur en scène « la poésie prolonge les façons d’envisager la relation de l’humain au monde, dans un espace ouvert. Elle accède à la sensation même d’être étranger à soi. »

La migration est un sujet implicite quand les danses urbaines imposent leurs styles, en France comme au Brésil. Une nouvelle pièce de Bruno Beltrão et sa compagnie Grupo de Rua est forcément très attendue. Chez le chorégraphe de Niteroi, la danse break mène directement aux conditions sociales d’une population urbaine. Et comme Lia Rodrigues en danse contemporaine, Beltrão part de la difficulté à vivre et de la violence sociale, mentale et physique subie. Et comme Rodrigues en son champ de la danse, il poétise le langage du hip hop, jusqu’à conférer à ses interprètes une légèreté et une transparence dont il a le secret. Et les danseurs de rue deviennent des figures quasiment mythologiques. Il ne lui reste plus qu’à trouver un titre pour la pièce, à moins qu’il préfère en rester à New Creation

Et pour terminer l’année, on revient à elles, les femmes, même si le chorégraphe était Ousmane Sy, ce Babson qui nous a subitement quittés il y a deux ans, presque jour pour jour, avant la présentation de Queen Blood  à Pole-Sud [Lire notre hommage].

Les sept danseuses de la pièce perpétuent sa générosité, son amour des musiques club et son envie de donner aux femmes un maximum de visibilité dans l’univers des danses urbaines. C’est aussi un hymne à la joie de vivre au féminin, non sans une bonne dose de combativité, pour une France où l’on n’a plus à se justifier de ses lointaines origines ni de sa couleur de peau, ni de son expérience de vie ou de ses préférences en matière de musique ou de danse. Une pièce royale au sang chaud qui termine l’année à Pole-Sud et ouvre la voie vers l’année suivante, qui va donc commencer par un mois de janvier consacré aux autrices chorégraphiques. A suivre… 

Thomas Hahn

POLE-SUD - CDCN Strasbourg

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