Disparition de Ousmane Sy

Le chorégraphe et danseur, directeur de la compagnie Paradox-Sal, est mort le 27 décembre 2020.
Impossible de l’imaginer mort. Géant pacifique, danseur surdoué, humain chaleureux, chorégraphe généreux et inventif, artiste engagé et féministe : tout cela oui, et plus encore. Mais mort, non. Pourtant, la nouvelle est tombée ce sinistre dimanche 27 décembre : Ousmane Sy est décédé. A 42 ans, d’une crise cardiaque, dans la nuit de samedi à dimanche. Et toute la planète danse, et plus encore son cœur battant, le hip-hop, est en deuil. Depuis 2019, Ousmane, dit aussi Baba ou Babson, était avec les autres membres de FAIR(E) co-directeur du Centre chorégraphique national de Rennes. Du nom de leur collectif, inventé au moment de finaliser leur candidature, il disait : « Dans FAIR(E), il y a ‘faire partager’. Il y a aussi ‘faire traverser’ la diversité des esthétiques et des démarches de chacun. Pour nous, la notion de transmission est essentielle, et les savoirs informels aussi importants que les savoirs académiques. »

Le parcours de cette figure de la house dance à la renommée internationale, entré en hip-hop en autodidacte durant la décennie quatre-vingt-dix au sein des Wanted Posse et plusieurs fois vainqueur du championnat Juste Debout, illustrait parfaitement cette définition. Il avait fait ses débuts sur une scène de théâtre dans le spectacle Macadam Macadam de Blanca Li, sensation du festival Suresnes cités Danse 1999 et première expérience de ces croisements, qu’il affectionnait, entre sa discipline d’origine et un autre univers, ici en l’occurrence celui de la danse contemporaine. Mais Ousmane Sy, né de parents venus du Mali et du Sénégal, était également demeuré très attaché à ses origines africaines : « « L’Afrique a toujours été présente dans mon travail », nous confiait-il récemment. Depuis mes débuts, je mêle à mon style de house dance un accent venu d’Afrique, mais plus comme un état d’esprit que comme une technique ou un rituel. Ma version du clubbing est nourrie de l’imaginaire des danses traditionnelles, qu’il s’agisse du sabar sénégalais, de certaines danses aériennes du peuple Dogon, ou de celles pratiquées au Rwanda, plus arrondies. Je pars de ces formes pour en utiliser la dynamique et la mixer avec d’autres influences. »


Ces racines « cainfri », comme il le disait lui-même avec humour, étaient notamment présentes dans sa pièce phare Queen Blood créée en 2018, mix 100% féminin de house dance et de danse africaine sur des rythmes d’afrobeat. Elles lui avaient aussi inspiré le projet All4House Afrika, destiné à favoriser les échanges entre danseurs africains et européens, dans le prolongement de la manifestation All4House, qu’il avait fondée en 2014 et qui organise chaque année des battles de hip hop sur la musique house.
Par une de ces boucles singulières dont le fatum cruel a le secret, Baba disparaît alors qu’il s’apprêtait à ouvrir en janvier, avec sa nouvelle création, One Shot, la prochaine édition de ce même Suresnes cités Danse où il avait fait ses débuts scéniques. Olivier Meyer, directeur du festival, pleure un frère de cœur, auquel il était lié depuis plus de vingt ans. Et tous ceux qui l’ont connu garderont précieusement le souvenir de son sourire doux, de sa présence à la fois réservée et rayonnante, et de son très grand talent.
Isabelle Calabre

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