« Gold Shower » d'Akaji Maro et François Chaignaud

À la Maison de la Musique de Nanterre, Akaji Maro et François Chaignaud créent un duo entre danse et cabaret, Orient et Occident. Une brillante rencontre sulfureuse ! 

Rarement, une rencontre entre deux artistes et leurs univers n’aura semblé aussi intrigante, et en même temps logique. Nous connaissons Akaji Maro, ce septuagénaire qui faisait partie du noyau dur de la scène butô et fondateur de la compagnie Dairakudakan, de ses créations données à la Maison de la Culture du Japon. Nous le reconnaissons dans son propre personnage excentrique, diabolique, entre terreur et autodérision. Au cours des dix dernières années, on a pu le retrouver régulièrement à Paris et apprécier sa force de caractère, sa voix rauque, son naturel espiègle, sa peau de marin…

Danser sans genre

On a pu suivre la carrière de François Chaignaud depuis qu’il créa Pâquerette, en 2008 [lire notre critique] pour voir s’affirmer une figure clé de la scène actuelle qui travaille le corps, le mouvement, le chant et le costume comme une fulgurance savante et transgressive. Les deux ne se sont pas construits une identité pour la scène. Ils s’y permettent juste d’aller plus loin qu’à la ville et de défier les limites des corps et des esthétiques.

On imagine aisément qu’une belle complicité a pu se créer entre eux, qui pratiquent chacun une danse non binaire où le « genre » (dans le sens anglais du terme, en français: le sexe) devient un lieu de liberté et de possibles, un terrain vague qui permet de cheminer au gré de ses envies : transgresser et se laisser traverser. C’est bel et bien l’âme du butô. Mais Gold Shower vise une danse qui se débarrasse également du genre dans le sens de la catégorie artistique. 

Sur les traces du kimpun show

Le titre renvoie aux strates sulfureuses des origines du butô avec Tatsumi Hijikata et les kimpun shows dans les cabarets, qui se sont remis à vivre sur scène, de façon spectaculaire, grâce à Akaji Maro. « Le kimpun show est un numéro de cabaret né après la seconde guerre mondiale. Kimpun signifie poudre d’or. Alors que dans le butô les danseurs sont recouverts de poudre blanche, les corps dans le kimpun show ont un aspect métallique qui reflète les lumières », explique Maro dans le livre Danser avec l’invisible,publié en 2018 chez Riveneuve. Le titre, Gold Shower, se réfère donc à cet univers sulfureux qui faisait partie de l’univers du butô, surtout chez Hijikata. « A chaque fois que Hijikata montait un vrai spectacle de danse, ça se soldait par un gros déficit financier. Il renflouait les caisses avec l’argent du kimpun show », dit Maro encore. Un autre clin d’œil de l’or évoqué dans le titre ?  

Rencontres

Un numéro dans un kimpun show durait une quinzaine de minutes et Gold Shower s’annonce également comme une succession de tableaux courts. La formule offre la possibilité d’inviter le public à une soirée de cabaret où tout peut arriver. Le goût de Chaignaud et de Maro pour la transgression et l’exubérance réunit pour la première fois ces deux figures emblématiques. Le pionnier du butô, né juste avant la fin de la seconde guerre mondiale, et le jeune perturbateur de la danse contemporaine se sont rencontrés à Montpellier Danse, en 2013, où chacun donnait un spectacle. Ils se sont retrouvés en 2017 grâce à Aya Soejima de la Maison de la Culture du Japon et Dominique Laulanné, directeur de la Maison de la Musique de Nanterre, pour une séance photo, où les échanges entre eux ont fait naître l’idée de travailler ensemble. 

Une volonté forte de révolution 

François Chaignaud se souvient de la rencontre avec Maro à Montpellier Danse : « Il était venu assister à une représentation de mon solo Dumy Moyi, créé à Montpellier Danse où il était aussi programmé. Après la pièce, je l’ai retrouvé dans la cour du Couvent des Ursulines, il était entouré d’une vingtaine de danseurs presque nus et peints en or. Cette vision m’a tout simplement saisi. Tellement féerique, érotique, camp, kitsch, puissante, belle ! » Mais c’est Maro qui a été le premier des deux à imaginer un travail partagé : « J’ai d’emblée trouvé que la pensée de François sur la danse contenait une volonté forte de révolution. C’est cette envie commune de la réaliser qui nous unit. »

Thomas Hahn

Gold Shower sera créé du 30 septembre au 2 octobre 2020 à la Maison de la Musique de Nanterre (avec le Festival d’Automne) et repris, du 7 au 10 avril 2021 à Chaillot-Théâtre national de la Danse .

Egalement : le 13 avril 2021 au Manège de Reims   
Les 8 et 9 juin au TNG Lyon dans le cadre de la Biennale de la danse

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