Gala « Viva Maïa »

Quinze danseurs, Étoiles et solistes venus du monde entier ainsi que le Centre International de danse de Rosella Hightower ont répondu présents à l’invitation d’Irma Nioradze, début juillet à Cannes, pour le gala Viva Maïa en hommage à Maïa Plissetskaïa.

C’est en 2016 qu’Irma Nioradze, Étoile du Théâtre Marinski et professeure de l’École supérieure de Cannes-Mougins, Rosella Hightower, créé l’évènement à la mémoire de son amie Maïa, disparue en 2015. Elle explique lors de la conférence de presse à quel point la légendaire danseuse représentait à ses yeux la perfection. « Elle était le symbole de l’art et de la culture dans le monde. Elle m’avait aussi aidé à travailler le rôle de Carmen, les répétitions étaient extraordinaires, elle donnait beaucoup de détails ».  Mais surtout Maïa Plissetskaïa donne à Irma un secret : «  Jamais une ballerine, une danseuse étoile,  ne devrait servir la technique. La technique sert à exprimer les émotions et pas l’inverse ». « Cela a été très important pour moi dans toute ma carrière » ajoute Irma Nioradze. « La beauté et la noblesse de son style, sa technique absolue qui ne se voit pas… » ajoute une journaliste russe à l’émotion palpable.
Sur Maïa Plissetskaïa, on pourrait être intarissable.

Le Gala Viva Maïa, porté par Irma Nioradze se met donc en place sur le plateau du Palais des festivals. Après avoir donné une classe sobre et efficace, Irma se consacre à régler les entrées, les sorties, les placements, les noirs, les saluts, les lumières et le son, elle s’affaire telle une abeille dansante et infatigable jusqu’au dernier filage, la dernière classe avant la représentation.
Dehors, un public en tenue de gala, beaucoup de russes (la communauté russe, très présente depuis le 19 ème siècle, a contribué à construire la ville de Cannes) … talons vertigineux, strass et bijoux, se presse sur le tapis rouge.

Deux gracieux lutins ouvrent le rideau, rouge comme il se doit, et la soirée commence avec les élèves du Centre International de Danse Rosella Hightower. On est scotchés par leur énergie, leur précision, leur force, ils excellent dans une chorégraphie de Michèle Merola sur une musique de Carl Orff.

Toute la soirée est composée par la suite de grands pas de deux extraits de ballets du répertoire classique, alternant avec des pièces plus modernes ou néo- classiques et quelques solos.

Placé entre un spectaculaire Corsaire au décor évocateur, dansé par Osiel Gounéo qui fait une entrée remarquable sur un équilibre non moins remarquable et Lali Kandelaki, tous deux brillantissimes, enchainant les prouesses techniques tout en ayant l’air de s’amuser, et Talisman, ballet russe au charme désuet, François Alu et Lydie Vareilhes, les deux danseurs français de la soirée, présentent une magnifique Sylphide tout à fait revisitée, un duo dans son entité. Six minutes d’une danse intense et concentrée, qui se trace dans l’espace, s’enroule dans une atmosphère sombre et vaporeuse. Sans effets, d’une grande sobriété et pourtant incroyablement virtuose. C’est très beau. François Alu qui en est le chorégraphe et l’interprète montre ici les deux facettes de son talent et de sa personnalité.

Talisman pâtit peut-être un peu de passer après cette Sylphide, (les costumes sont en plus d’un kitch absolu) mais Mickhail Lobukhin et Anna Nikulina sont excellents. Elle est d’une grande finesse et si légère qu’elle semble avoir le pouvoir de flotter lors et hors des portés. Si Lobukhin montre une légère fatigue dans son coda, Nikulina, telle une gracieuse sauterelle, ponctue de ses longues jambes, les cordes pincées de la musique de Riccardo Drigo.

Un changement radical s’opère avec Mono Lisa chorégraphié par Itzik Galili sur des scratchs et des déchirures musicales un peu offensives. Un pas de deux assez audacieux, incisif, réglé au millimètre, quasiment comme un numéro d’acrobatie. Maria Eichwald et Friedman Vogel, venus du Ballet de Stuttgart, sont précis et limpides et exécutent des portés demandant de la part de la danseuse une ouverture de jambes assez impressionnante. C’est plutôt fascinant.

En fin de première partie on verra Flammes de Paris, ballet russe sur la Révolution Française. La grande star du Théâtre Mikhailovski Ivan Vassiliev et Maria Yakovleva, qui dansent ensemble pour la première fois, campent, lui un peu à l’arrache mais néanmoins brillamment et elle avec beaucoup d’abattage un couple de révolutionnaire joyeux, tournoyant et bondissant sans relâche.

Photos © Nathalie Sternalski

La deuxième partie de la soirée débute avec le « toujours » délicieux Coppélia dansé avec grâce et simplicité par François Alu et Elodie Vareilhes. Maria Eichwald et Friedman Vogel donneront quant à eux avec L’histoire de Manon une vision romantique du couple aux antipodes de celui, percussif qu’ils forment dans Mono Lisa.

Tranchant par son style parmi les pas de deux du ballet classique, le duo extrait de Roméo et Juliette de Jean-Christophe Maillot raconte immédiatement quelque chose. Il n’y est pas question de bravoure, de levers de jambes invraisemblables, de tours toupie mais beaucoup de lyrisme, d’envolée et une belle interprétation de la part de Lucien Postlewaite et Anna Blackwell, une très belle danseuse, entière et sensuelle qui danse avec ressenti.

Photos © Nathalie Sternalski

Retour au répertoire russe avec Spartacus de Iouri Grigourovitch qui s’ouvre sur un décor de tipi. Le ballet peut paraître un peu démodé mais il en ressort pourtant une grande beauté. Il est porté par la musique de Katchaturian et par les très beaux danseurs que sont Anna Nikulina et Denis Rodkin, qui réussissent à faire ressortir passion et sensualité dans une chorégraphie tout en figures géométriques, enchainant des portés vertigineux frisant le main à main.

Les solos de la soirée se montreront plus théâtraux, comme Le Bourgeois dansé par Denys Cherevychko sur la chanson éponyme de Brel, qui fait usage d’une pantomime appuyée, ou Rien comme prévu, dansé par le puissant Mickhail Lobukhin à l’énergie contenue. Ivan Vassiliev tente quant à lui avec Kamarinskaya (qu’il a aussi chorégraphié) un solo humoristique sur une musique folklorique russe, un rôle sur mesure.

Fin de la soirée façon bouquet final avec un Don Quichotte dans lequel les danseurs semblent traverser l’exploit chorégraphique avec aisance, connivence et jovialité, arrivant à mettre à distance l’aspect démonstratif et le côté statuesque des portés par l’ élégance de leur technique. Osiel Gounéo montre une fois encore une maîtrise assez époustouflante. Quand à Maria Yakovleva elle est tout simplement parfaite.

Photos © Nathalie Sternalski

Le rideau se ferme sur cette deuxième édition. Viva Maïa a porté la danse à son niveau d’excellence, évitant ainsi et par la variété d’un programme bien conçu l’écueil d’une surenchère de prouesses techniques, coutumière à ce type de soirée, conduisant immanquablement à l’ennui. L’éblouissement était bien présent ce soir là.

L’an prochain le Gala Viva Maïa vivra sa troisième édition et attribuera le Prix Maïa, conçu pour saluer l’excellence de l’école russe. Trois prix récompenseront la meilleure danseuse, le meilleur danseur et le meilleur espoir de la danse russe.

Marjolaine Zurfluh

Vu le 8 juillet au Palais des Festivals de Cannes

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