Faits d’Hiver : création de « Zugunruhe » de Sylvain Prunenec

Magnifique et émouvant duo sur l’état d’agitation avant la migration interprété par Sylvain Prunenec et Tatiana Julien.

Sur le sol qui semble recouvert de neige gelée Tatiana Julien et Sylvain Prunenec se déplacent à petits pas tout en formant des traces linéaires. Vêtus d’un haut blanc et d’un short noir et surtout, ne se regardant pas tout en poursuivant leurs chemins, ils ressemblent à des manchots empereur qui affrontent le froid polaire.

C’est ainsi que débute Zugunruhe signé par Sylvain Prunenec qui a été inspiré par une œuvre musicale du compositeur Stephen O’Malley, intitulée Gruidés. (lire notre entretien). Ces deux êtres continuent à explorer leurs territoires tout en demeurant proche l’un de l’autre. Ils savent quel est leur but et leurs traces figées dans la glace finissent par dessiner des figures géométriques. Puis, ils se croisent et d’un simple regard font deviner une réelle complicité qu’ils semblent partager secrètement. Le crissement de la neige complète ce tableau insolite.

Après ces longues minutes de marche qui pourraient même être comparées à des heures tant le rythme est parfaitement bien calculé, Tatiana Julien effectue des ronds, des glissements et des envolées avec une grâce infinie alors que Sylvain croise et entrecroise les marques laissées par la danseuse.

Galerie photo © Laurent Philippe

Après ces instants de joie et de communion, ils reprennent l’un et l’autre leurs routes pour aboutir, comme on l’espère pour les manchots, à la mer enfin dégelée et découvrir une nouvelle vie, sauf qu’ils s’arrêtent net dans leur élan comme si une frontière invisible leur interdisait cette quête du bonheur et de la sérénité.

Entre les dessins des déplacements figés au sol et les longues pérégrinations de ces êtres mi homme, mi animaux, on devine la solitude, les difficultés inhérentes au climat, mais surtout l’espérance d’aboutir dans un autre territoire pour survivre. Alors, comment ne pas songer aux réfugiés, aux sdf qui vivent à même le sol en plein froid et aussi à l’espoir qui naît de pouvoir trouver une vie meilleure ailleurs.

Galerie photo © Laurent Philippe

Le plus déroutant est qu’Arte a diffusé le 28 janvier un magnifique documentaire Antartica, sur les traces de l’empereur, écrit et réalisé par Jérôme Bouvier et Marianne Cramer en collaboration avec Gil Kebaïli dont les images retracent (entre autre) la naissance et la migration des manchots empereur de l’Antarctique et que le lien entre la pièce de Sylvain et ce film qui, l’un et l’autre dessinent l’errance et la survie, est troublant et émouvant.

Zugunruhe est une magnifique pièce qui, bien que toute en douceur, raconte la vie, l’actualité, les souffrances, l’amitié, l’injustice, la nature, la société, la relation à l’autre et l’aventure…

Sophie Lesort

Vu le 20 janvier 2017 à l'Ateleir de Paris Carolyn Carlson

 Zugunruhe : Chorégraphie : Sylvain Prunenec / Assistant chorégraphie : Olivia Grandville / Interprétation : Sylvain Prunenec et Tatiana Julien / Conseiller musical : Ryan Kernoa / Espace sonore : Jérôme Tuncer / Lumière : Sylvie Garot / Régie générale : Christophe Poux /

Faits d’Hiver jusqu’au 9 février

Atelier de Paris

 

 

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