Entretien avec Fabrice Lambert

A l’occasion de la reprise de Nervures à la Maison de la Musique de Nanterre , nous avons rencontré Fabrice Lambert. Entretien.

DCH : Vous reprenez Nervures (lire notre critique) qui date de 2013,  pour la Maison de la Musique de Nanterre, quel est votre rapport à cette pièce au miroir du temps ? Et quelle est votre relation avec votre répertoire ? 

Fabrice Lambert  : Le répertoire, ce sont des pièces qui ont marqué mon parcours, parce qu’elles ont ouvert sur un élément nouveau, parce qu’elles se sont naturellement imposées. Mais celles que vous mentionnez sont des solos qui ont un statut particulier. Ce sont des pièces qui vont régénérer le langage. Il s’agit de refaire passer par mon corps le vocabulaire et la pensée. Je re-produis, je renomme une matière, je la régénère pour pouvoir la transmettre et faire avancer le travail. 

Gravité est un solo que j’ai élaboré dans le cadre du projet Abécédaire ; 26 solos, un par lettre. Nervures est un solo qui permet d’agencer des gestes fondamentaux, mais actualisés. Nervures évolue avec moi. J’ai plaisir à retrouver mon corps dans cette pièce, mais entre 2012 et 2020 mon corps a naturellement changé.

Cela ne signifie pas que je vais sauter moins haut, mais différemment. Les solos évoluent avec moi. Trop souvent, malheureusement, les pièces ont seulement 4 ou 5 représentations. Mais quand elles sont jouées, elles se patinent, prennent une finesse. C’est un autre rapport à la danse. 

DCH : Vous avez des fidélités, c’est le cas pour Nervures ou pour Aujourd’hui, Sauvage. (lire notre critique) Est-ce important pour vous ?

Fabrice Lambert  : Oui. J’ai des fidélités, comme avec Philippe Gladieux qui fait les lumières de mes pièces depuis 2008. J’aime ces liens qui permettent un dialogue et un partage. Les interprètes peuvent travailler à un endroit de la pièce et le chorégraphe à un autre, si la relation est claire, cela favorise le plaisir dans le travail. 

Mais je n’ai pas une « troupe ». Solaire était dansé par d’autres interprètes et pour Seconde Nature, si je reprends certains des danseurs d’Aujourd’hui, Sauvage, cela reste une distribution différente. Il y a du brassage entre les équipes.

Mais j’aime regrouper les gens. La collaboration avec un plasticien comme Xavier Veilhan pour Nervures, ou un artiste visuel comme Jacques Perconte pour Seconde Nature. Je mesure la perception du mouvement par rapport à des pratiques éclectiques. Ce genre de relation aide à accéder à une manière d’universalité et à décloisonner les formes artistiques. J’aime qu’un tableau m’amène à un film qui m’amène à une pièce de danse qui me conduit à un roman. Nous pouvons réassocier et réarticuler les arts ensemble ; il n’y a pas de champ clôt. Cela permet aussi de rassembler, par une collaboration, deux publics aux intérêts très distincts et qui ne se connaissent pas. 

J’ai beaucoup de collaboration avec beaucoup d’artistes, mais dans un rapport toujours très clair : je signe la pièce. 

DCH : Votre compagnie a été et est en résidence dans des lieux très repérés. A quoi sert aujourd’hui une résidence selon vous ?

Fabrice Lambert  : J’ai découvert ce qu’était une résidence quand je suis passé au Grand T, à la Roche-sur-Yon, auprès de Sonia Soulas. Une résidence permet d’articuler un projet artistique avec un lieu et dans une durée. Cela permet de sortir de la relation « vente du spectacle et l’on repart » pour commencer à tisser un lien singulier que nous n’avons pas l’habitude d’établir avec le public. Cela permet au public de poser une relation avec un artiste en tant qu’artiste, ne serait-ce que dans cette possibilité que peuvent avoir des gens qui auront vu plusieurs chorégraphies de réagir et d’établir des liens. Cela ouvre à une certaine maturité de la relation à l’artiste. 

DCH : Vous pensez à la direction d’un CCN ?

Fabrice Lambert : Oui, bien sûr ! Ce sont des places extrêmement importantes pour la danse qui offrent à la fois une visibilité forte et la possibilité d’une action directe sur les politiques et le public. Même si cela amène tout artiste à une forme d’institutionnalisation et que les cahiers des charges sont lourds. 

DCH : Comment les plasticiens avec lesquels vous avez collaborer comprennent-ils cette idée de l’évolution permanente de l’œuvre ?

Fabrice Lambert  : J’ai rencontré Xavier Veilhan exactement sur cette question. Je cherchais à développer dans un solo une relation avec quelque chose que je ne maitrisais pas totalement. J’ai vu les œuvres de Xavier Veilhan qui lui, de son côté, cherchait à se déstabiliser. Il cherchait, par le mouvement, à mettre en danger son travail dans un univers de présentation où on a plus le droit de toucher. L’expérience l’a intéressé et il a mis les moyens de production pour déplacer l’œuvre, pour la mettre dans ce cadre où elle n’est pas maîtrisée. J’ai même fait une version de 30 à 40 mn pour l’extérieur. Dans ce cas, elle la sculpture est suspendue dans un arbre et le vent la fait bouger. 

DCH : Ces solos constituent-ils comme un journal personnel ?

Fabrice Lambert  : Un peu. Je les partage mais je ne les transmets pas. Il arrive que des danseurs sortant d’une école me demandent de danser un extrait de l’un ou l’autre des solos. Mais je ne transmets pas tout le solo, simplement parce que je suis un chorégraphe qui danse et que c’est particulier. 

Propos recueillis par Philippe Verrièle

Programmé le 31 jnavier à la Maison de la Musique de Nanterre

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