Entretien avec Daniel Favier

Danser canal Historique : C’est la 20e Biennale du Val-de-Marne, un anniversaire important qui marque 40 ans de danse contemporaine en France ainsi que vos 10 ans à sa direction. Qu’avez-vous prévu pour les fêter ?

Daniel Favier : C’est la 20e et effectivement, ça marque toute une époque. La Biennale du Val-de-Marne, créée par Michel Caserta est l’un des premiers festivals de danse, qui s’ouvre en 1979. A sa création, et pendant de longues années, elle s’est appuyée sur de nombreuses villes, et théâtres du département. Le soutien du Conseil Général envers la Biennale de danse du Val-de-Marne ne s’est jamais démenti. Mais elle devait se renouveler et s’ancrer dans le territoire.

Donc vingt après sa création, elle cherchait un lieu. La première visite de Michel Caserta à la  Briqueterie a eu lieu en 1997. Le Conseil Général l’a achetée en 2002, le concours d’architectes s’est tenu en 2005, elle a changé de direction en 2009, et le bâtiment a été finalement inauguré en 2013. Pour les 40 ans, nous avons édité un livre avec les images de Laurent Philippe. Il a photographié toutes les biennales depuis 1987. J’ai souhaité continuer avec lui parce que ça m’intéressait d’avoir ce même regard photographique, une constante dans l’image. Il va sortir lors de l’ouverture de la Biennale et nous célébrerons notre soirée anniversaire le 27 mars avec un documentaire sur tout le parcours de  Michel Caserta, commandé par Vitry-sur-Seine, et pour lequel nous apportons un soutien financier.

DCH : L’ouverture de la Biennale a lieu à Cachan, c’est aussi une première !

Daniel Favier : La Biennale a déjà transité par Cachan, mais jamais pour l’ouverture en effet. La 20e Biennale débutera donc dans le théâtre Jacques-Carat, très bien rénové et réouvert depuis un an et demi. Présenter Corps Exquis de Joanne Leighton me semblait à l’image de la Biennale : pluralité des esthétiques, différentes générations d’artistes, transmission et la générosité de la programmation qu’elle a mis en œuvre en invitant 58 chorégraphes à écrire cette œuvre avec elle. À Cachan, nous allons imaginer une visite guidée et  une exposition sur les processus. Car on ne peut savoir quel chorégraphe a écrit quelle minute, et ce ne serait pas souhaitable, mais avoir l’origine de la chorégraphie sous ses yeux,  d’où ça part, des partitions, des photos, des films et toutes sortes d’anecdotes amusantes, nous permettait de montrer au public d’où vient le geste, de quoi les artistes s’inspirent, comment on écrit la danse. Il me semblait vraiment intéressant d’ouvrir la Biennale avec ce projet. Nous avons également invité une vingtaine de chorégraphes à être présents avec nous pour ouvrir cette 20e  Biennale.

DCH : Cette 20e Biennale s’appelle Europa – déesse/démone. Un titre qui n’est pas neutre aujourd’hui…

Daniel Favier : C’est l’année des éléections européennes et nous pouvons espérer que les artistes prennent la parole pour barrer la voie aux populistes. La culture est l’objet d’une prise de conscience plus aigüe en Europe. L’an dernier la commission européenne a proposé de doubler le budget d’Europe Créative, un budget spécifique alloué à la Culture dans l’Union Européenne. Le Parlement européen a voté pour, et nous devons nous mobiliser pour que le spectacle vivant y ait toute sa place. La culture est un lien fécond entre les peuples. Nous avons aussi une journée vidéo danse sur l’identité européenne.

Que les artistes prennent la parole dans ces élections, pour dire toute l’importance que la Culture peut avoir dans une Europe un peu fracturée, un peu compliquée me semble essentiel. Personnellement, je crois beaucoup aux réseaux européens, qui nous autorisent à mettre en commun des idées, à partager des expériences, c’est pourquoi nous avons invité Aerowaves, réseau de compétences exceptionnelles.

Spring Forward-Aerowaves

DCH : Comment fonctionne Aerowaves ?

Daniel Favier : Mettre en commun des idées, partager des expériences, au sein d’un réseau européen rassemblant des compétences culturelles internationales tel est Aerowaves. dirigé par le Britannique John Ashford, qui réunit plus de 200 professionnels internationaux. Il n’est pas nécessaire d’être recommandé, tout le monde peut envoyer sa vidéo. En 2018, 790 artistes ont postulé, en envoyant une vidéo. John Ashford, qui a été journaliste, les regarde toutes et écrit un compte rendu. Au final, après un protocole de sélections et votes, réunissant un représentant de chaque pays, ce sont vingt nouveaux talents de la jeune danse européenne, et, cette année, un invité javanais, Rianto, qui constituent Spring Forward. C’est un festival itinérant dans toute l’Europe. Et pour la première fois il a lieu en France, dans le territoire du Val-de-Marne où œuvre La Briqueterie, représentant français du réseau.
 

DCH : Vous programmez une « carte blanche » à Oona Doherty. Pourquoi ?

Daniel Favier : Elle est très prometteuse dans son style de travail, très viscérale, très impliquée au niveau politique. Elle exprime à travers ses pièces des visions percutantes concernant les classes délaissées, les jeunes, ou le rapport à la sexualité… Elle est extraordinaire !


 

DCH : Vous avez invité Maguy Marin, artiste très emblématique pour cet anniversaire, avec May B. présent lors des toutes premières biennales et la dernière création que vous avez également coproduite…

Daniel Favier : Nous sommes dix coproducteurs, et pour moi, ce qui compte n’est pas le fait d’être le premier, mais d’aider des artistes. Maguy, c’est vrai, a jalonné de sa présence la Biennale, mais elle est aussi de tous les combats. Nous programmons son film, l’Urgence d’agir trois fois au cours de cette Biennale, hors réseau cinéma commercial.

DCH : Vous avez aussi un temps fort à l’extérieur…

Daniel Favier : Oui, nous avons une journée « au vert ». Nous allons suivre le chemin des roses qui partait du sud du département où se trouvaient les roses cultivées dans des serres horticoles jusqu’à la gare de Bastille pour desservir les Halles. Depuis, la ligne TGV passe sous ce trajet avec la coulée verte qui v de Paris à Charenton. Mais la Tégéval, va prolonger cette coulée verte jusqu’aux pépinières de Mandres-les-Roses. Nous allons nous promener du sud du département vers Créteil, jusqu’à Mandres sur la voie qui sera inaugurée en juin. Foofwa propose un trajet sur quatre jours le long de cette voie de chemin de fer jusqu’à Mandres, rejoint par le public pour les quatre derniers kilomètres, avec, à l’arrivée ces magnifiques plantes et fleurs du GPSEA. Par ailleurs, nous irons dans le Parc de Saint-Cloud avec Satchie Noro.

Propos recueillis par Agnès Izrine

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