« Adolescent » de Sylvain Groud et Françoise Pétrovitch

Au Ballet du Nord, une création à quatre mains imaginée par le chorégraphe et la plasticienne.

Adolescent, un titre qui en lui-même laisse augurer bon nombre d’interrogations sur cet état si difficile à vivre autant pour les jeunes que pour les adultes. Mais Sylvain Groud, directeur du Ballet du Nord, dont le travail révèle depuis longtemps sa passion pour les différents stades de la vie, ose pour cette fois aborder un thème ardu à expliquer et à comprendre grâce à sa rencontre avec la plasticienne Françoise Pétrovitch.

Un grand rideau blanc cache le plateau. D’un coup, il s’écroule au sol avec une délicieuse légèreté. Sur scène, dix jeunes danseurs tous vêtus à l’identique de shorts et tee-shirts blancs. Au fond, le dessin d’un ou d’une jeune allongé(e) sur le ventre. Les cinq filles et les cinq garçons débutent avec une danse où seul le haut du corps est véritablement mouvant. On ressent dans les grands gestes des bras une envie de s’exprimer, mais justement, ils hésitent entre le coté latent et une certaine mollesse liés au mal être dû à l’âge. Des petits instants de nervosité apparaissent et là, le mouvement se délie, puis fini par revenir au point de départ.

La symbiose entre ce blanc éclatant et les déplacements dégingandés des interprètes expriment parfaitement ce passage de l’enfance à l’adolescence. On discerne le mal être avec ce corps qui se transforme de jour en jour, la rébellion face aux parents, l’envie de se cacher tant l’acné abime ces beaux visages enfantins, les changements d’humeur…

Puis le cyclo s’effondre tout aussi délicatement et d’autres voiles apparaissent poussés ou tirés par les danseurs dont les tee-shirts présentent chacun une tâche rouge différente. Les dessins complètent les intentions : une allusion à Peau d’âne, un jeune garçon avec une poupée, un visage rouge dont l’œil est caché par une fleur.

Et là, entre conte pour enfant et évocation du Sida, se déploient les premiers émois amoureux alors que le rouge, symbole des menstruations, devient de plus en plus présent. Les regards, les frôlements, les rejets envers celui ou celle qui abuse un peu trop des attouchements, celui ou celle qui ose enfin assumer son homosexualité, les corps commencent à se libérer, la danse devient plus animée, plus libre, plus directe, plus expressive.

Un très beau duo illustre parfaitement bien les maladresses de l’acte d’amour. Comment faire, comment oser, comment se donner, comment ne pas paraitre stupide ce qui prouverait qu’il s’agit d’une première fois. C’est délicieux !

Galerie photo © Frédéric Iovino

Mais, cette jeunesse très bien informée sait que rien n’est simple de nos jours même si on les voit jouer ensemble comme dans une cours de récréation. Les maladies rôdent, le Sida, le papillomavirus… alors, bien qu’ils semblent insouciants, ils savent.

Un nouveau dessin apparait, il s’agit d’un ou d’une jeune couché(e) de profil. Endormi(e), mort(e) ? La réponse est au libre choix des spectateurs.

Après une tendre scène de câlins, l’un se retrouve seul. Le vent souffle très fort….

Galerie photo © Frédéric Iovino

Avec les très beaux dessins épurés de Françoise Pétrovitch et la chorégraphie de Sylvain Groud basés sur d’excellentes musiques de Molécule qui semblent griffer la vie à chaque instant, la magnifique et très esthétique scénographie agrémentée par des lumières fort bien travaillées par Michaël Dez qui gère particulièrement bien le blanc et le rouge vif, Adolescent souligne tous les comportements inhérents à cette période si particulière des filles et des garçons.

Sophie Lesort

Spectacle vu au Colisée de Roubaix le 4 octobre 2019

Adolescent chorégraphie de Sylvain Groud
Assistante chorégraphique : Agnès Canova
Décors et costumes : Françoise Pétrovitch
Interprètes : Yohann Baran, Marie Bugnon,Pierre Chauvin-Brunet, Agathe Dumas,Alexandre Goyer, Alexis Hedouin, Julie Koenig,Lauriane Madelaine, Adélie Marck, Julien Raso
Création lumière : Michaël Dez
Création musicale : Molécule
Création costume : Chrystel Zingiro, assistée d’Elise Dulac

En tournée : le 8 janvier 2020 au Trident (Cherbourg) ; 19 mars à la Faïencerie (Creil) ; 27 mars au Louvre Lens ; 3 avril Le Grand Bleu (Lille) ; 10 et 11 avril Le Trangram (Evreux) dans le cadre du Festival Dédale(s)

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