« RENVERSE » de Fabrice Lambert
Après Jamais assez [lire notre critique] et Seconde Nature [lire notre critique], Fabrice Lambert, poursuit sa veine écologique avec RENVERSE, sa création pour la Biennale de Danse du Val-de-Marne, en nous alertant sur la possible disparition de l’AMOC, ce courant essentiel à notre survie.
Le plateau vide répercute le bruit de l’océan et son ressac incessant qui gronde ou râle, vrombissement infini qui nous transporte dans ses eaux profondes. Comme perdus dans cette immensité mouvante, les danseurs esquissent, de dos, des petits pas de crabes, quittant la mer à reculons, tantôt aspirés, tantôt poussés par son pouls régulier.
Bientôt, les huit interprètes, se croisant et s’intercalant, finissent par dessiner des huit, ou le signe de l’infini, qui n’est autre que le schéma de ce courant, l’AMOC (circulation méridienne de retournement de l’Atlantique plus communément appelé Gulf Stream) qui se renverse entre surface et profondeur, essentiel à notre survie.
Bravant les lames et les brises, leurs trajets hypnotiques, d’une régularité impassible, imposent leur rythme comme on calmerait la mer. Ce flux continu s’accordant à une musique électro mi planante, mi-répétitive, laisse dériver notre imagination vers les profondeurs marines. Dans ce calme abyssal, les groupes se défont et se reconstituent, ajoutent un tour ici ou là, lèvent leurs bras, et les agitent en mouvements amples, sautent comme aspirés par la lumière, comme ces bulles d’air, de fumée, ou d’eau qui semblent remonter à la surface de ce monde enfoui dans lequel nous baignons.
La chorégraphie se compose et se recompose sans cesse, parfois mer étale, parfois mer violente et grosse de la tempête prête à déferler. Et c’est là que RENVERSE prend toute son ampleur. Les corps des interprètes s’ébauchent dans un léger brouillard, s’évadent, se reprennent et explosent en tours et en sauts, se recomposent en une seule ligne, puis se déchaînent en rafales, jaillissent sous la pression des souffles, se tordent et fusent, comme des incandescences de lave, à partir d’un alignement d’où s’échappent toutes sortes de mouvements échevelés, désordonnés, sous des éclairages aux tons froids ou flamboyants comme les belles et intrigantes couleurs des poissons.
Cette gestuelle qui part dans tous les sens, dans un sentiment d’urgence, laissant disparaître les corps dans l’énergie qu’ils génèrent, se dressant hors de l’écume, captivant tous nos sens comme la mer nous méduse, et nous hante longtemps après qu’on ait laissé derrière nous son mugissement éternel.
Agnès Izrine
Vu le 14 mars, au Théâtre Jean-François Voguet - Fontenay-sous-Bois dans le cadre de Biennale de Danse du Val-de-Marne
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A voir le 28 mars à 20h30 au Théâtre Jacques Carat, de Cachan et le 1er avril à 20h30 au Théâtre de Rungis dans le cadre de la Biennale de Danse du Val-de-Marne
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