Error message

The file could not be created.

Ballet du Capitole : Une saison 2026/2027 sous le signe de l’audace

À Toulouse, le Ballet du Capitole dévoile une saison 2026/2027 qui affirme avec éclat la double vocation de la maison : préserver l’héritage chorégraphique tout en ouvrant grand la porte à la création.

Une saison qui respire l’ambition, portée par la présence essentielle de l’Orchestre national du Capitole — véritable colonne vertébrale de l’institution — et par la force de ses ateliers, capables de concevoir décors, costumes, perruques et maquillages avec une maîtrise rare dans le paysage français.


La maison, dont on connaît le rapport historique aux maîtres américains, et particulièrement à Balanchine s’ouvre avec deux œuvres emblématiques : Les Quatre Tempéraments de George Balanchine et Fearful Symmetries de Peter Martins, qui fut l’un des Étoiles les plus repérés de Mr. B. avant de lui succéder à la tête du New York City Ballet. Les Quatre Tempéraments, œuvre fondatrice, révèle la pureté balanchinienne sur la musique de Paul Hindemith; l’autre, portée par la pulsation irrésistible de John Adams, file comme un train lancé à pleine vitesse. Sous la direction du chef allemand Michael Balke, invité pour la première fois au Capitole, l’Orchestre national du Capitole donne à ces partitions leur souffle ample, leur précision rythmique, leur éclat presque architectural.

Le rendez-vous majeur de la saison sera sans conteste la création des Trois Mousquetaires, pour les fêtes de Noël, confiée à Benjamin Pech. L’ancien Étoile de l’Opéra de Paris, nourri à l’école de Roland Petit et par une passion profonde pour le répertoire narratif, relève ici un défi de taille : adapter le roman foisonnant d’Alexandre Dumas en un ballet de deux heures. Pour ce faire, il a composé une partition entièrement bâtie à partir des œuvres de Camille SaintSaëns, dont il a découvert la puissance dramatique et la richesse symphonique « Chaque morceau correspondait exactement aux situations dramatiques que je voulais raconter. C’était comme découvrir une musique de film déjà écrite pour Dumas. ». Danse macabre, Samson et Dalila, symphonies et pièces rares : « chaque extrait épouse une situation, un personnage, un rebondissement ». Pech renverse également le point de vue : « Au départ, le côté très masculin du livre, assez patriarcal, m'a gêné quand j'ai commencé à travailler avec Dorian Astor sur la dramaturgie ». Il décide donc d’en prendre le contre-pied : « l’histoire sera racontée à travers Milady, Constance et Anne d’Autriche, trois héroïnes qui deviennent les véritables pivots du récit ». Les décors d’Ignasi Monreal, « avec lequel j'ai déjà collaboré sur La Bayadère que je viens de créer à Rome. Il est peintre, illustrateur et selon moi est un génie au niveau des couleurs qu'il utilise, comme de la fantaisie qu’il met en scène ». sont conçus comme des pages de livre dans lesquelles les danseurs évoluent. Les costumes de David Belugou, classiques mais traversés d’un souffle rock, et les lumières de Giulia Bandera, composent un univers à la fois fidèle et décalé. Les combats seront réglés par Renzo, « un maître d’armes mythique, une star en Italie, qui a travaillé avec Fellini et Pasolini : un gage de précision et de panache ». Finalement, « nous avons construit ce ballet comme une série » pour raconter ces mille pages en deux heures.


Autre création, autre public : Le Petit Chaperon rouge, première pièce jeune public du Ballet du Capitole. Le chorégraphe allemand Andreas Heise, spécialiste du genre, et le compositeur Benoît Menut imaginent un ballet comme un film d’animation vivant. Leitmotivs pour chaque personnage, orchestre resserré façon Mozart, animaux complices, cubes modulables en décor : tout est pensé pour offrir une lecture claire, ludique et sensible du conte. Ici, le Petit Chaperon rouge devient une pré-adolescente affrontant ses peurs, guidée par une communauté de figures animales bienveillantes. Le loup, quant à lui, conserve sa part d’ombre : la pièce assume la nécessité d’un frisson, d’un danger, d’une initiation. Présenté en séances scolaires et tout public, ce ballet affirme la volonté du Capitole de transmettre la danse dès le plus jeune âge. « Il faut que ça fasse un peu peur, mais surtout que ça aide à grandir », sourit le compositeur.

La saison se clôturera avec Amours fugitives, une soirée qui réunit deux signatures majeures. D’abord Don Juan d’Edward Clug, créé pour le Capitole et porté par la musique de Christoph Willibald Glück, dans la continuité du partenariat exceptionnel noué avec Jordi Savall et plusieurs grandes maisons européennes.


Ensuite, un hommage à Hans van Manen, disparu récemment : les Two Gold Variations, présentées pour la première fois en France et créées avec le Ballet du Capitole, et les Cinq Tangos, déjà acclamés à Toulouse. Une manière d’honorer l’un des maîtres absolus de la clarté chorégraphique. « Van Manen était encore chez nous il y a peu, rappelle Beate Vollack. C’est un honneur immense de porter son héritage. »Enfin, le Ballet poursuivra sa tournée internationale avec la Coppélia de Jean Guillaume Bart, succès récent de la maison, emportant avec lui l’excellence des ateliers du Capitole — cette force de frappe unique qui permet à Toulouse de rivaliser avec les grandes scènes européennes.


Ainsi se dessine une saison où le Ballet du Capitole affirme sa singularité : une maison capable de conjuguer panache narratif, exigence musicale, audace créative et fidélité aux maîtres. Une maison qui danse avec son temps, sans renoncer à ses racines.

Agnès Izrine

Catégories: