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« Bal magnétique » de Massimo Fusco aux Hivernales # 48

Feu d’artifice final aux hivernales de 2026. Avec deux pièces à juste titre déjà remarquées, Éclats, de Léa Vinette [notre article] et Tatiana, de Julien Andujar [notre article], une conférence dansée de Sophie Jacotot et Anatole Lorne sur les danses de société, prélude au Bal magnétique, de Massimo Fusco, la nouvelle création du chorégraphe en résidence au CDCN d’Avignon.

Le titre de l’œuvre sonne un peu comme celui du fameux recueil poétique pré-surréaliste d’André Breton et Louis Aragon publié en 1920, Champs magnétiques. La pièce de Massimo Fusco est une suite à son Apéro Bal de 2022, une collaboration du chorégraphe avec ses parents, Rose et Daniel – prénoms rappelant ceux du couple Georges et Rosy, dispensateur de danses de salon dans leur école de la rue de Varenne immortalisés dans le film de Jean-Daniel Pollet, L’Acrobate (1976). Dans Bal magnétique, Massimo Fusco a souhaité ouvrir et/ou « offrir un espace pour danser ensemble et déployer une écriture chorégraphique et musicale contemporaine afin de porter un regard actuel sur les danses de couple » ayant marqué son enfance.

D’où l’accompagnement électro-électrique de la musicienne-chanteuse Gérald Kurdian qui inaugure le bal en bissant quelques notes à la basse Fender avant même que ça ne commence. Le chorégraphe et les danseuses Garance Bréhaudat, Inés Hernández et Lola Serrano se chargeant d’accueillir et de placer les spectateurs autour de la piste de danse éclairée par des lampions pour fête du 14 juillet. Les chaises solidairement fixées en forme de cercle, le hangar de la scierie prend aussi l’allure d’une piste aux étoiles.

Le bal se déroule en deux actes et plusieurs scènes ou tableaux. Tout d’abord Garance, Inés et Lola incarnent les muses Aglaé, Thalie et Euphrosyne. Elles animent la tempera de Botticelli, Le Printemps et convient les trois déesses à l’art de Terpsichore. Dans un deuxième temps, le trio se transforme en quatuor avec l’entrée en scène de Sophie Jacotot qui, en l’occurrence, porte la double casquette d’assistante à la chorégraphie et d’interprète. Avec l’expérience acquise par elle qui n’est pas que théorique, elle encourage les jeunes femmes, les pousse, les dynamise, les revigore.

Gérald Kurdian alterne ballades chantées et percussions plus vives obtenues à la boîte à rythmes, notes graves et mélodies lancinantes jouées sur mini-synthé. Le bal est contemporain, qui rappelle celui du XIXe siècle chorégraphié par Michelle Nadal en 1988, lors de la Biennale de la danse de Lyon, mais aussi les danses de La Cicatrice du parasol (1992) de Michèle Rust, Le P’tit bal (1993) de Philippe Decouflé, Le Bal Swing (2000) de Philippe Chevalier au Monaco Dance Forum. Les jeux d’éclairage contribuent à déréaliser les slows et les danses connotées "de salon". La lumière noire entre en lice, réduit les corps, les volumes, les costumes et les teintes; elle produit son effet; la danse se fait fluorescente et abstraite.

Les mouvements les plus variés, les accélérations incessantes, les manèges horaires et anti-horaires, la place faite à l’impromptu annoncent le passage à l’acte des spectateurs, autrement dit la seconde partie de soirée. La structure du spectacle est, de fait, proche de la conférence dansée donnée l’après-midi par Sophie Jacotot au Grenier à sel. Le savoir-faire en matière de conduite de bal, la complicité de spectateurs ayant suivi les ateliers quelques jours avant l’événement, l’absence de compétition et de virtuosité font que le public ne se fait pas prier pour participer aux réjouissances.

Aux danses de couple, pas de trois et pas de de quatre succèdent une série d’exercices simples au départ : la marche, le fait de pointer un pied, puis l’autre, les balancements du buste, le galop, qui ne date pas d’hier mais, nous dit-on, de 1830, le merci en forme de révérence et l’enchaînement et les combinaisons de ces différents mouvements, à un tempo de plus en plus allegro vivace ou véloce. Jusqu’à la transe ou presque, jusqu’au bout de la nuit ou quasiment.

Nicolas Villodre
Vu le 21 février 2026 à La Scierie d’Avignon, dans le cadre des Hivernales.

En tournée
21 février 2026 : Festival les Hivernales – CDCN d’Avignon
1 mars 2026 : Théâtre du Sémaphore, Port-de-Bouc
13 et 14 mars 2026 : Festival Pulse, Ateliers de Paris CDCN
21 mars 2026 : Théâtre de Corbeil-Essonne
27 et 28 mars 2026 : Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France
8 avril 2026 : Festival Splatch !, La Passerelle – Scène nationale de Saint-Brieuc
5 et 6 mai 2026 : Scène 55, Mougins
19 mai 2026 : Festival Danser partout, Chorège – CDCN de Falaise
29 mai 2026 : L’Orange bleue en partenariat avec Escales danses, Eaubonne
04 juin 2026 : Opéra de Limoges
14 et 15 juin 2026 : Abbaye de Royaumont en partenariat avec Escales danses, Asnières-sur-Oise

 

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