”Tadam !” de La Cavale – Festival POUCE !
Julie Coutant, fondatrice de la compagnie la cavale a refermé POUCE !, le festival de danse pour les jeunes proposé par la Manufacture CNDC Nouvelle Aquitaine de Bordeaux – La Rochelle avec la création de son premier spectacle jeune public, TADAM !, variation joyeuse sur des musiques d’opéras et des poèmes symphoniques : une pièce à la fois légère et exigeante.
C’est à un rendez-vous précieux que nous convie chaque hiver la Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine Bordeaux-La Rochelle : durant deux semaines, POUCE ! propose une programmation sur tout le territoire, destinée aux enfants et aux adolescents. À l’heure où les écrans fascinent et offrent des contenus qui se limitent à des formats brefs et souvent de piètre qualité, POUCE ! fait le pari d’attirer le jeune public dans les théâtres pour lui faire découvrir le plaisir unique du spectacle vivant. C’est déjà la quinzième édition du festival et les directeurs de la Manufacture Stephan Lauret et Lise Saladain ont la ferme intention de poursuivre l’aventure. On se réjouit que les propositions pour la jeunesse soient de plus en plus nombreuses et de grande qualité.

Il ne s’agit nullement en effet de revoir les exigences artistiques à la baisse comme le prouve Julie Coutant, co-fondatrice en 2007 de la compagnie La Cavale basée à Poitiers et qui avec TADAM ! a imaginé son tout premier spectacle à destination du jeune public. Et c’est un coup de maître ! Prolongeant sa réflexion sur danse et musique, Julie Coutant s’est demandée « comment la puissance de deux langages convergents peut activer la spontanéité émotionnelle de l’enfant spectateur ? ». Elle bâtit sa démarche en se fondant sur un corpus de musique classique composé d’ouvertures d’opéras et de poèmes symphoniques, un choix qui lui permet de varier les tempos, les couleurs et qui ont l’avantage d’offrir une architecture rythmique bien identifiable.
Pour toute scénographie, Julie Coutant a choisi un rideau de scène rouge soyeux au fond du plateau dont on comprend très vite qu’il sera un élément central de la dramaturgie : il s’entrouvre au centre dans un drapé délicat qui laisse passer les trois interprètes, Jérémy Kouyoumdjian, Armelle Dousset et Julie Coutant. Tous vêtus d’un large pantalon et d’une chasuble noire, il les porte avec les bras de chaque côté avec une infinie délicatesse. Elles apparaissent telles de belles dormantes et cette sieste va se prolonger au sol alors que les trois corps sont entrelacés et se déplient. Tous semblent atteints de narcolepsie et plongés dans un rêve délicieux.

Cette première saynète est tout en rondeur : le geste est ouaté mais sur. Ils ressortent par ce même rideau mais reviennent très vite pour une séquence où chacune et chacun cabotine dans le but avoué de capter les feux de la rampe, prétexte à une série de mouvements où l’on se pousse pour être le premier. C’est un théâtre dansé désopilant, un chacun pour soi chorégraphié avec une constante musicalité. Suit un ballet à deux où les danseuses se transforment en poupées mécaniques et exécutent une danse des automates impeccablement rythmée sur la partition. Jérémy Kouyoumdjian a croisé la route de multiples chorégraphes : Angelin Preljocaj, Christian et François Ben Aïm, Russel Maliphant ou encore Jann Gallois. Cette palette stylistique très variée lui donnent des armes très affutées pour le long et magnifique solo qu’il a conçu en collaboration avec Julie Coutant. Il ondule, vrille, roule et déploie une danse superbe où affleurent des figures de hip-hop et des gestes plus apaisés. C’est le point de bascule du spectacle qui en 40 minutes explore des émotions multiples et nous emmène de la torpeur initiale à l’orage et la peur sur l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Puis ils repartiront tous les trois comme ils sont venus, par cette même ouverture centrale du rideau rouge, enlacés mais éveillés. On mentionnera le beau travail de Janie Le Borgne et Élodie Gaillard qui ont dessiné des costumes et habillent joliment les interprètes sans les encombrer avec de simples jupes de tulle colorées, où les manches peuvent s’agrandir démesurément comme par magie.
Galerie photos © Séverine Charrier
Le jeune public ne triche pas. Il s’exprime instantanément et bruyamment aussi bien pour signifier son plaisir, sa joie que pour indiquer son ennui. Cela peut être cruel parfois. Nulle inquiétude pour TADAM ! : la salle de l’OARA à Bordeaux était en phase avec le plateau dans un moment de totale gaieté. Julie Coutant offre un beau moment de rêverie musicale loufoque qui cogne à la porte de nos imaginaires singuliers. De la belle ouvrage !
Jean-Frédéric Saumont
Vu le 5 février 2026 à la salle OARA de la MECA de Bordeaux ; dans le cadre du Festival Pouce La Manufacture CDCN Bordeaux·La Rochelle
TADAM ! – conception et chorégraphie : Julie Coutant – interprètes : Armelle Dousset, Jérémy Kouyoumdjian, Julie Coutant.
Tournée :
27 février 2026 : Opéra-Maison des Arts de la Danse – Limoges
6 mars 2026 : Scènes de Territoire – Bressuire
17 mars 2026 : La Quintaine- Chasseneuil du Poitou
Catégories:






















