Sébastien Bertaud signe sa « Renaissance »

Danseur à l’Opéra de Paris et chorégraphe, Sébastien Bertaud, 35 ans, a présenté le 13 juin sa nouvelle création sur la scène du Palais Garnier. Entretien...

Danser Canal Historique : Comment est né ce ballet ?

Sébastien Bertaud : Il a été initié dans le cadre de l’Académie chorégraphique sous la direction artistique de William Forsythe. Avec Bruno Bouché, Nicolas Paul et Simon Valastro, les trois autres danseurs chorégraphes, nous avons eu carte blanche pour la réalisation de nos projets, y compris quant au choix de la scénographie, de la distribution, de la musique et des costumes. Au final, il s’agit d’une création très personnelle, qui s’intègre pleinement dans la saison du Ballet dirigé par Aurélie Dupont.

DCH : A propos des costumes, pourquoi avoir souhaité travailler avec Olivier Rousteing ?

Sébastien Bertaud : Je voulais faire un ballet classique d’aujourd’hui, avec des costumes de notre époque. En outre, j’avais à cœur de poursuivre la tradition de collaboration entre la danse et la haute couture. J’ai en tête des exemples illustres, comme Le Train Bleu  de Nijinska avec Coco Chanel (créé par les Ballets Russes en 1924 au théâtre des Champs-Elysées), ou Notre-Dame de Paris de Roland Petit avec les costumes d’Yves Saint-Laurent à l’Opéra Garnier. Le travail d’Olivier Rousteing s’inscrit dans notre époque et témoigne d’un grand savoir faire, d’un vrai raffinement. Son audace et sa créativité appartiennent à cette tradition d’excellence à la française. 

DCH : Renaissance est-il un ballet classique ?

Sébastien Bertaud : C’est en tout cas la plus classique de mes pièces. Ma proposition est celle d'un ballet classique d’aujourd’hui. On y trouvera plus de luminosité que dans mes précédentes créations. Cette démarche éveille en moi l’envie de créer de nouveaux ballets pour des danseurs de formation classique, de me pencher à l’avenir sur des relectures du répertoire et de réunir autour d’elles des artistes innovants, d’horizons différents, comme à l’époque des Ballets Russes de Diaghilev. J’aime l’idée de créations générationnelles. Si mon esthétique se rapporte à celle du ballet, j’ai décalé certains éléments dans une perspective contemporaine, en m’interrogeant par exemple sur le sexisme de certaines figures du ballet traditionnel. Durant les workshops de l’Académie, William Forsythe avait souligné la question des stéréotypes de genre dans le ballet. Pour moi un pas de deux peut-être aussi bien dansé par deux hommes, ou deux femmes. Ma pièce s’inscrit dans cette vision progressiste du ballet.

Répétitions

DCH : Quelle musique avez-vous utilisée ?

Sébastien Bertaud : Le Concerto pour violon opus 64 de Mendelssohn. J’ai cherché un morceau qui n’avait jamais été chorégraphié, ce qui n’a pas été une mince affaire. C’est une partition élégante, profonde, complexe et lumineuse. Il y a pour moi un parallèle entre le travail du violon, piquant et incisif grâce aux pizzicati, et le travail sur pointes des filles. Renaissance est une pièce abstraite, poétique, où le rapport entre musique et danse est essentiel. Dans la filiation de pièces comme  Sérénade de Balanchine, ou les pièces de Forsythe, qui sont pour moi  les classiques d’aujourd’hui.

DCH : Combien de danseurs compte votre ballet ?

Sébastien Bertaud : C’est une pièce de 28 mn pour dix-sept danseurs, filles et garçons. Après avoir chorégraphié des solos, des duos, des trios, des quatuors, c’est la première fois que je m’attaque ainsi à une pièce de groupe. L’enjeu, c’est de n’oublier personne et de veiller à ce que chacun soit mis en valeur en fonction de ses compétences. D’autant que je bénéficie d’un casting exceptionnel, avec des artistes sublimes comme Amandine Albisson, Dorothée Gilbert, Hanna O’Neill, Hugo Marchand, Mathias Heymann et Audric Bezard, qui m’ont suivi avec beaucoup de générosité dans cette aventure. J’ai choisi un par un tous mes danseurs, et je suis heureux de donner aussi la chance à de très jeunes danseurs comme Nais Dubosq ou Joseph Aumeer, un surnuméraire qui vient du Royal Ballet.

Galerie photos © D.R

DCH : Cette création représente-elle un tournant dans votre parcours ?

Sébastien Bertaud : En tant que chorégraphe, même si mon travail est nourri par mes pièces précédentes, c’est bien sûr une nouvelle étape, ne serait-ce que par les moyens dont j’ai pu disposer. Je me sens plus exposé mais en même temps, cela fait quinze ans que je chorégraphie et cette création arrive au bon moment. Cela me donne envie de créer un grand ballet pour une soirée entière, en plusieurs actes. Dans ma carrière de danseur, je vis également un moment heureux avec de très belles pièces à interpréter, comme récemment Hermann Schermann de Forsythe. Danser et chorégraphier en même temps me permet de me dépasser. Il me reste sept années à danser au sein de l’Opéra et je compte bien en profiter !

DCH : Regrettez-vous de n’avoir pas encore accédé au grade de premier danseur ?

Sébastien Bertaud : Lorsque venu de Bordeaux, j’ai découvert enfant le Palais Garnier, j’ai tout de suite rêvé d’y danser un jour, peu importait le grade. J’aime profondément cette compagnie, je la sers avec passion, honnêteté et engagement, et bien sûr, comme tout le monde, j’adorerais passer premier danseur. Depuis mon entrée dans le corps de ballet, j’ai passé dix-sept fois le concours. Ça n’a pas été facile de ne pas toujours décrocher le poste souhaité, même si j’ai reçu  du public de nombreuses marques d’attention et de respect, via notamment les réseaux sociaux, qui m’ont encouragé à persévérer. Ma nomination comme sujet à 28 ans, et la confiance de William Forsythe qui m’a choisi comme assistant l’an dernier sur Approximate Sonata, m’ont permis de renaître !

Propos recueillis par Isabelle Calabre

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