Montpellier Danse : le Grand festival !

Plus que jamais, Montpellier Danse, festival dirigé par Jean-Paul Montanari, se pose comme le grand festival de danse français, mêlant les grands talents aux petites pépites de la nouveauté chorégraphique dans un cocktail savant et détonnant.

Comme chaque année, la Conférence de presse du festival Montpellier Danse qui se tient en mars, lance le programme des festivals d’été, et nous promet une édition exceptionnelle où souffleront notamment l’esprit de Cunningham et le génie de William Forsythe, mais pas seulement…

Au chapitre des incontournables, il y a cette journée, le 26 juin, dédiée à Merce Cunningham pour l’anniversaire de son centenaire, où se retrouveront pour l’évoquer, des danseurs, des chorégraphes, des proches, à partir de 10h00 le matin. On pourra y voir des films, suivre des conférences, et bien sûr, découvrir des spectacles. Outre le Ballet de l’Opéra de Lyon qui présentera deux chefs-d’œuvre du maître de l’espace-temps, Summerspace et Exchange, avec le brio que l’on connaît, il ne faudra pas rater Not a moment to soon, de Trevor Carlson,  qui fut douze ans son assistant. Grâce à son compagnon, le metteur en scène Ferran Carvajal, il a su en faire un spectacle polymorphe et passionnant, tendre et amusant. Trevor Carlson dirigera également l’atelier ouvert à tous sur Dance Forms, le logiciel de chorégraphie assistée par ordinateur cher à Cunningham dont la restitution aura lieu ce même jour.

Et Ashley Chen, ancien danseur de la compagnie, fait le pari de créer une pièce originale, intitulée Chance, Space & Time, avec les processus de Cunningham, mais avec un vocabulaire différent. Il animera également la classe du matin pour danseurs professionnels. Mais l’hommage à Cunningham ne s’arrête pas à cette journée. Pour Jean-Paul Montanari il s’agissait aussi de faire un état des lieux de la danse américaine, avec, pour question secrète de cette édition, de comprendre pouquoi New York a cessé d’être la mecque incontournable de la danse contemporaine, à tel point que pour un programmateur des années 80 et même 90, « ne pas y aller était une faute ! ».

Ce 39e festival montre donc le  panorama en accéléré d’une Amérique de la danse, qui irait jusqu’à Miguel Guttierrez, créateur iconoclaste, rencontré lors d’une performance improbable, au 15e étage d’un hôtel qui l’accueillait en résidence… en partant des grands pionniers que sont Ted Shawn et Ruth Saint-Denis. Anne Collod a donc eu l’excellente idée de réinterroger ces pièces qui datent du début du XXe siècle à l’aune de notre regard et de nos questionnements contemporains. On découvrira donc dans Moving Alternatives, Incense (1906) et Kafhmiri Nautch (1919) de Ruth Saint-Denis, et des pièces de groupe de Ted Shawn, avec des interprètes tels que Shantala Shivalingappa ou Pol Pi dans des versions au plus près des traces. Stephen Petronio, quant à lui, retracera l’aventure du postmodernisme new-yorkais avec des pièces majeures signées Yvonne Rainer, Steve Paxton, une pièce rare de Merce Cunningham (Tread) et une création de Petronio, American Landscapes.

Au chapitre des grandes signatures, le festival ouvrira sans surprise, avec la création du directeur du Centre chorégraphique national, à savoir, Une Maison de Christian Rizzo qui réunit quatorze danseurs sur le plateau.  L’originalité vient plutôt de la coproduction avec le Printemps des Comédiens et de son lieu de diffusion, le Théâtre Jean-Claude Carrière. Il se clôturera avec Les Six concertos Brandebourgeois d’Anne Teresa De Keersmaeker.(lire notre critique).

L’édition marquera également le grand retour de William Forsythe avec une nouvelle compagnie de danseurs recrutés à Los Angeles.  A Quiet evening of Dance, sera un temps fort de cette édition, avec un « ballet » en deux actes, qui nous raconte son Histoire de la Danse de Louis XIV au hip-hop « liés par une grille tridimensionnelle et géométriquement normative » selon le chorégraphe.

On retrouvera aussi Boris Charmatz avec infini, joli titre pour une création qui réunit Maud Le Pladec, Fabrice Mazliah, Raphaëlle Delaunay, Régis Badel et Solène Wachter. Enfin, Angelin Preljocaj présentera son Voyage d’Hiver pour douze danseurs sur les lieder de Schubert.

Au chapitre petits bijoux, on retrouve Angelin Preljocaj, mais dans un contexte radicalement différent. Il s’agit cette fois d’une création avec des femmes détenues de la prison des Baumettes à Marseille. Une aventure forte et singulière. Dans le même genre d’intensité, on s’attardera sur la création de Dana Michel, cette montréalaise qui a été responsable marketing, championne de course à pied et footballeuse avant de devenir danseuse et chorégraphe. Sa création, Cutlass Spring, lie identité raciale et « moi sexuel » dans un solo époustouflant.

Eszter Salamon et Boglárka Börcsök revisiteront le cabaret berlinois des années 1930 à travers la figure de Valeska Gert, artiste d’avant-garde majeure, et le danseur syrien Mitkhal Aksgaur créera We are not going back.

Et puis, au chapitre inclassables, car n’appartenant à aucune de ces trois catégories, citons la création très attendue d’Amala Dianor, The Falling Stardust, (poussières d’étoile) qui s’attaque aux structures de la danse classique avec neuf danseurs sur la musique d’Awir Léon. Jephta Van Dinther, chorégraphe du Nord de l’Europe qui, dans The Quiet, réunit cinq femmes propulsant le quotidien vers la transcendanse, et Camille Boitel, avec (ma, aïda…) , une création à chausse-trapes, où l’agrès principal est une  scène effondrable de cent mètres carrés. De quoi faire frémir pendant 50 minutes effrénées !

Du 22 juin au 6 juillet prochain, le Festival Montpellier Danse sera, comme chaque année, au centre de la planète danse, et la fera rayonner comme le soleil  d’été.

Agnès Izrine

Festival Montpellier Danse du 22 juin au 6 juillet 2019.

 

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