Mars Planète Danse à Cognac: La quatrième édition

A L’Avant-Scène, onze propositions chorégraphiques, à la rencontre de langages artistiques et états de corps les plus divers.

L’Avant-Scène de Cognac continue d’affirmer ses ambitions dans le paysage chorégraphique. La quatrième édition du festival Mars Planète Danse présente quatre coproductions de la scène conventionnée de Cognac et au total dix spectacles en salle, à raison de deux par soir, du 21 au 30 mars. L’idée maîtresse de Stéphane Jouan, directeur de l’Avant-Scène depuis 2014 et fondateur du festival Mars Planète Danse, est d’observer comment la danse rencontre d’autres disciplines artistiques et crée une multitude d’états de corps.

Danse et arts du cirque

Les arts du cirque sont au rendez-vous avec Clément Dazin et la compagnie Defracto, lors de la soirée d’ouverture. Plus précisément, les deux viennent du jonglage. Flaque de Defracto voit la vie en mou, « entre le cartoon et le butô » pour transgresser les règles du jonglage et offrir un duo à des « corps élastiques » qui « tombent plus que les balles ». C’est ainsi que la compagnie décrit son essai sur la chorégraphie du raté, où tout ramène à l’idée de la flaque.

Clément Dazin aime confronter le jonglage à la danse et aux arts numériques. Humanoptère est sa première grande forme, une pièce pour sept jongleurs. « Faut-il jongler plus pour gagner plus ? Quand tout va trop vite, faut-il s’arrêter ou s’acharner », demande-t-il. Et il répond: « Il est extrêmement compliqué d’aborder des thématiques existentielles par le biais du jonglage et c’est cette complexité qui me passionne. » La pièce explore l’absurdité du travail quotidien au sein d’une microsociété masculine.

Le monde du travail

Pour rester dans une dimension beckettienne et la thématique du travail, on peut suivre la conférence gesticulée d’Agnès Pelletier qui aborde le thème de la reconversion du danseur. Danse et théâtre n’y font qu’un, pour créer un mode d’expression loufoque et singulier : L’espéranto gestuel.

Et décidément, le thème du travail persiste, puisque Pelletier et son partenaire Pascal Rome partagent leur soirée à L’Avant-Scène avec Refuge de Vincent Dupont [lire notre critique], où les corps robotisés de deux manutentionnaires sont encadrés par une technique sonore particulière, permettant à ce duo de déclencher des signaux sonores par leurs propres voix. Et comme Dupont entretient des liens étroits avec les arts plastiques et le théâtre, Refuge est un duo aussi théâtral et scénographique que les pièces de Maguy Marin.

Danseurs en vitrines

Pendant toute cette journée  du samedi 23 mars, la compagnie Volubilis investit par ailleurs les vitrines de plusieurs magasins en centre-ville, petits ou grands, exposés ou cachés. Huit danseurs se transforment en mannequins pour interroger le spectateur-client-consommateur. Il faut dire que les Cognaçais vont savoir s’amuser de ces présences, car ils connaissent bien les apparitions de spectacles et installations dans l’espace public, puisque les arts de la rue y sont présents depuis longue date, grâce au festival Coup de Chauffe. Volubilis indiquent par ailleurs que leur « parcours chorégraphique rendra hommage, en duo ou en solo, aux professions des magasins investis ».

Danse et humour

Ensuite, il y a la soirée des histoires et du reenactment, entre danse, théâtre, chant et mime, à partir de séquences glanées sur internet. Claire Laureau et Nicolas Chaigneau (Cie pjpp) présentent leurs Déclinaisons de Navarre, à partir d’une scène de téléfilm où le Roi Henry rencontre la future reine. Et c’est hilarant. Ensuite, Giuseppe Chico et Barbara Matijevic mettent en scène cinq danseurs dans Our Daily Performance, où il s’agit de s’approprier les tutoriels les plus divers et imprévus postés en ligne : « Comment effectuer un auto-examen du cancer des testicules ? Faire un salto arrière façon Spiderman ? Se défendre en cas de viol ? » etc...

Mais il faut retourner au travail, en quelque sorte. En russe, le travail c’est robot. Et c’est justement le point de départ de Kaori Ito dans son solo Robot, l’amour éternel [lire notre critique]. Mais Ito s’y prend avec humour, pour justement accéder à la vérité derrière la façade travailleuse. Elle y parle de la vie d’artiste, des tournées et des rencontres, souvent trop brèves.

Cheveux et chutes

Mais un robot peut  en cacher un autre ! Dans Accidens (ce qui arrive) du Groupe Entorse, « un danseur s’érige, maladroit, comme traversé d’ondes électriques, tel un robot déréglé. » Ce danseur est Samuel Lefeuvre, pendant longtemps la caution acrobatique de Peeping Tom, et donc autant un circassien qu’un danseur. C’est une bonne nouvelle qu’il continue de présenter cet excellent duo avec Raphaëlle Latini aux platines, où la danse explore la chute pour interroger un état post-traumatique.

Et puis, coup final le 30 mars avec la toute nouvelle création des Suisses Delgado Fuchs. Runway est un quintette où les deux chorégraphes accueillent trois autres  interprètes pour poursuivre leurs « recherches artistiques autour de l’apparence et de la transformation, du genre et des stéréotypes, de l’hyper-conscience du corps et de l’érotisation. » Cheveux indomptables, tenues improbables et  autres surprises, toujours tirées des masses hirsutes des cinq interprètes.

Après quoi Mars Planète Danse va s’achever en fête, avec MOTION - Peremishchennya, où Brahim Bouchelaghem chorégraphie et met en scène douze danseurs et danseuses hip hop ukrainien-ne-s, issu-e-s pour la plupart des crew Ruffneck Attack et EastSide Bboys et donc directement du monde des battles.

Thomas Hahn

4e Edition de Mars Planète Danse, Cognac, L’Avant-Scène et rues de la ville, du 21 au 30 mars 2019

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