Le Ballet Preljocaj Junior

Six jeunes danseurs internationaux ont présenté le premier programme du Ballet Preljocaj Junior, dont une création d’Hervé Chaussard.

L’insertion professionnelle des jeunes danseurs de formation classique reste un champ de réflexion majeure, autant que la carrière après l’âge habituel de la fin de carrière. Dans les deux domaines la profession cherche de nouvelles  voies, comme avec la création de la compagnie Dance On à Berlin [lire notre critique].

Pour une sélection de six jeunes danseurs, renouvelée chaque année, le Ballet Preljocaj Junior offre d’excellentes perspectives. Cette jeune structure prend le relais de la Cellule de professionnalisation du Ballet Preljocaj créée en 2015, suite à une réflexion menée par plusieurs CCN - le Malandain ballet Biarritz, le Ballet du Rhin, le Ballet de Lorraine, le Ballet National de Marseille et le Ballet Preljocaj. Rebaptisée Ballet Preljocaj Junior  en 2017, elle accueille chaque année six jeunes interprètes. La promotion 2018 est issue de trois structures internationales. (1)

L’organisation s’inspire, entre autres, du Jeune Théâtre National, mais on pourrait aussi songer à Shechter II, la compagnie si impressionnante qu'on a pu voir avec Show au Théâtre des Abbesses [lire notre critique].  Le Ballet Preljocaj Junior offre aujourd’hui à ses six jeunes interprètes actuels, arrivés en septembre 2017, la possibilité de créer un spectacle avec l’artiste associé du Ballet Preljocaj, même si ce n’est pas (encore) lui-même qui crée sur mesure pour ces professionnels en devenir. (2) Mais ceux-ci ont tout de même interprété sept extraits de son œuvre, suivis d’une création originale d’Hervé Chaussard, artiste associé, imaginée et réalisée spécialement pour et avec eux. Un signe fort pour de jeunes interprètes.

Un bouquet de Preljocaj

S’engager dans un programme mixte signifie par ailleurs qu’on met la barre encore plus haute. Aussi Fatima Lopez Garcia et Théa Martin passent directement du registre mécanique et puissant de l’introduction de Suivront Mille ans de calme à la légèreté presque aérienne des adagios qui caractérise le Duo des anges de la même pièce. Et elles créent immédiatement un vraie suspense, interprétant les silences et la psychologie dans l’écoute mutuelle des corps.

Le programme passe alors à une chorégraphie de 1995: Petit Essai sur le temps qui passe. Où Calvin Rüth et Antonello San Girardi abordent l’interaction et les appuis entre deux personnages, pour vivre le contact au sol de façon authentique, avant que Dominic Bisson et Fatima Lopez Garcia fassent preuve d’une excellente maîtrise du rapport à l’espace et à la vitesse.

A cinq, ils passent alors à la pièce la plus ancienne du programme: A nos héros, de 1986, faisant preuve de caractère dans une belle précision du phrasé. Pour conclure sur une belle fluidité dans La Stravaganza et la plasticité assumée de Still Life.

Willy d’Hervé Chaussard : Un voyage imaginaire

Pendant tout ce voyage à travers l’univers du chorégraphe le jeune sextuor donne, malgré ses origines si diverses, l’impression d’une vraie troupe, impression qu’ils confirment après, dans Willy, la création d’Hervé Chaussard, ancien danseur du Ballet Preljocaj et aujourd’hui artiste associé, qui avait déjà chorégraphié une première pièce pour la Cellule de professionnalisation.

Résolument contemporain, Willy met en avant le groupe, dans un langage chorégraphique aux résonances mécaniques, expressives et parfois burlesques. Dans leurs uniformes noirs, munis d’énormes lunettes noires qui évoquent les casques de réalité virtuelle, ils forment un bataillon qui n’est pas sans évoquer, au premier tableau, les robocops dans Roméo et Juliette de Preljocaj, revus par un dessinateur de mangas.

Le vocabulaire et l’univers de Chaussard amènent les interprètes et le public dans un univers décalé, permettant d’aborder la théâtralité, l’autodérision, l’immobilité, l’acrobatie et les danses urbaines dans une réflexion sur l’être social à l’ère du virtuel.

Galerie photo © JC Carbonne

Si les danseurs rencontrent donc ici une diversité des styles tout à fait intéressante car en phase avec la création actuelle dans les CCN à l’intitulé de « ballet », l’expérience  à faire au Ballet Preljocaj Junior déborde largement du tapis de danse. Car les apprentis y partagent la vie de la compagnie, accompagnent les professionnels en tournée, sont parfois même intégrés dans la distribution et s’initient aux aspects de la production, de la technique et de la communication.

Thomas Hahn

Spectacles vus le 17 mars 2018 au Pavillon Noir, Aix-en-Provence

(1) Dominic Bisson (Canada), Théa Martin (France) et Amélie Olivier (France) viennent du Pôle National Supérieur Danse Provence Côte d’Azur dirigé par Paola Cantalupo. Fatima Lopez Garcia (Espagne) et Calvin Rüth (Allemagne) viennent de la Palucca Schule de Dresde et Antonello San Girardi (Italie) représente l’Académie Internationale de Danse de Paris.

(2) La période de professionnalisation au Ballet Preljocaj Junior couvre onze mois, dans le cadre d’un contrat d’apprentissage de second cycle (Master 2) ou d’une dernière année de formation au DNSPD (Diplôme National Supérieur Professionnel de Danseur) en France, ou bien encore d’une dernière année de formation dans les écoles européennes.                                                      

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