La 38e édition de Mimos

Avec 22 compagnies dans le In et une vingtaine pour le Off, Mimos transformera le centre-ville, une semaine durant. Mais beaucoup de spectacles du In ont aussi lieu autour de la ville de Renaissance, dans toute l’agglomération. En 2018, cette réalité sera plus présente que jamais. La décentralisation est en marche, et ce n’est pas une marche sur place. Une vingtaine de compagnies dans le Off, cela signifie une soixantaine de représentations. Ce sont elles et le spectacle de lancement, également à accès gratuit, qui attireront la majorité des 80.000 spectateurs.

Ouverture le soir du 23 juillet, avec une rétrospective des plus belles pages écrites par les artistes venus au festival. L’idée n’est pas de rendre hommage à Mimos, mais aux mimes. Lumière et Mémoires de Mimos scelle l’union, toujours mise en valeur par le festival, entre la poésie de son patrimoine urbain et celle des mimes.

Aussi, les projections d’artistes ayant marqué l’histoire du festival - attendons-nous à Kazuo Ohno et Marcel Marceau, entre autres - se glisseront directement sous la peau minérale de la Cathédrale Saint-Front, grâce à la technologie du mapping. Et le ton sera donné, pour le reste de la semaine.

Une ambiance unique

L’ambiance d’un festival dépend autant des choix artistiques que du lien entre la ville et le public, de son histoire, des objectifs de la municipalité en question, de la taille de la ville, du rapport entre le In et le Off, et même, oui, de la météo... Sans parler du budget et des intérêts financiers qui entrent en jeu. Cette géométrie variable transforme Avignon, Chalon ou Aurillac en centre commercial à l’heure des soldes, alors que Mimos à Périgueux affiche un équilibre parfait entre l‘offre en matière de spectacles et le paysage urbain. D’où une poésie, d’où une disponibilité, une réceptivité et une générosité du public comme on n’en trouve dans aucun des rendez-vous devenus de gigantesques marchés.

On parle ici du Off, mais à Périgueux, le In aussi a su préserver sa flamme unique, qui est celle du corps et du geste. Ce qu’on appelait le mime, du temps de Decroux et de Marceau, est devenu « les arts du mime », est devenu « théâtre physique » et autres arts du geste, dans une diversité et une porosité impressionnantes avec d’autres champs qui ont mieux su s’imposer dans le paysage des arts du corps. C’est justement ce terrain de la rencontre avec les arts visuels, de la marionnette, du cirque ou de la danse qui rend inclassables grand nombre de propositions artistiques du festival, faisant de Mimos un rendez-vous unique dans le paysage français. La sélection qui suit représente un tiers de la programmation et ne relève les propositions plus ou moins proches de l’art chorégraphique.

Le Récital des Postures                

Retour aux fondamentaux : Un corps, tel un instrument de musique, dans un rite chorégraphique complexe et dépouillé à la fois. Où le jeu des muscles, de la peau et des cheveux deviennent comme les cordes d’un violoncelle, pour une douce musique du corps, une « idée d’un corps », comme le dit Yasmine Hugonnet qui reprend ici son solo emblématique. De posture en posture, ce Récital est un exercice de grande finesse, une fugue qui passe des extrêmes aux interstices les plus subtiles et redéfinit à chaque fois le rapport au monde.

Capillotractées

Ambiance nordique et décalée avec ce duo féminin qui revisite un art forain ancestral aujourd’hui peu pratiqué, à savoir la suspension par les cheveux. Nordique, puisque la fildefériste Sanja Kosonen et la trapéziste Elice Abonce Muhonen se sont formées en Finlande et en Suède. Mais elles se sont rencontrées au CNAC à Châlons-en-Champagne et travaillent avec la compagnie française Galapiat Cirque. Décalée, puisque tout le folklore qui peut entourer cette tradition est ici pris au second degré et dans un esprit contemporain. De là à dire qu’il s’agit d’un spectacle décoiffant, il n’y a qu’un cheveu...

Duo d’escalier

C’est en 2013 que Camille Fauchier fonde la Cie Née d’un Doute. L’originalité de son Duo d’escalier, qu’elle interprète avec Laëtita Vieceli ne découle pas de la rencontre entre les arts du cirque et la chorégraphique, mais de la proximité avec un art urbain, celui du Parkour, jusqu’ici une chasse gardée de la gente masculine. Car le Duo d’escalier a vraiment lieu dans un escalier! Le lien avec le réel est donc évident, et le quotidien des habitants de l’immeuble est en effet le point de départ de cet acte poétique, acrobatique et chorégraphique qui investit une cage d’escalier.

Initok & Esil

Après le succès de son solo Au fil des torsions, la contorsionniste Lise Pauton crée à Mimos le duo Initok & Esil, avec le clown-contorsionniste ukrainien Kotini Junior (Konstantin Andreitchenko). Où les deux, voisins d’esprit et d’escalier, sont  séparés par un mur invisible et hantés par un chat noir qui semble porter en lui un imaginaire assez diabolique. D’où toutes sortes de rêves et de cauchemars dont est faite cette rencontre burlesque entre un imaginaire chorégraphique et celui  de l’Europe de l’est qui ne jure que par l’absurde.

Rapid Life Movement (R.L.M.)

Pièce pour un danseur, deux musiciens et une forêt de tubes verticales, suspendus au-dessus du plateau, telles des lames ou des grilles. R.L.M. est un solo sur le thème  du combat et de la liberté conçu par la compagnie Fearless Rabbits, dirigée par Rémi Boissy. Ce jeu avec le danger et la contrainte fait de la sculpture mobile, œuvre de la scénographe Vanessa Sannino, un acteur de la pièce, au même titre que le protagoniste humain et l’environnement sonore signé Jean-Pierre Legout.

Ma bête noire

Voilà un duo pour un danseur et un cheval, où chacun pourrait être la « bête noire » de l’autre, sur les airs de l’album L’Imprudence de Bashung, réputé incarner les humeurs les plus sombres de la star défunte. Thomas Chaussebourg et son frison War Zao ne se livrent pas un combat, mais vivent chacun leurs désirs de liberté dans un road movie aussi noir que la peau de l’étalon. Ma bête noire est une lutte évidemment métaphoriqe et pleine de tendresse.

Le Rêve d’Erica

Une danseuse sur pointes, des artistes circassiennes, une violoncelliste et une chanteuse lyrique : Dans ce conte au féminin, l’ambiance est onirique et nocturne, pour l’histoire d’une fille qui passe à l’adolescence. L’ADN du Rêve d’Erica remonte aux Souliers Rouges de Hans Christian Andersen. Et il n’est question que d’espoirs et de désirs, de poésie et de sensualité...

Thomas Hahn

Voir la programmation : Mimos 2018

 

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