« L’Aérien » de Mélissa Von Vépy et « Le gros sabordage » par La Mondiale générale

À Arles, la 5 ème édition des Cirques indisciplinés privilégie les écritures singulières.

En ce mois d’octobre le temps est estival à Arles, d’où l’ambiance si chaleureuse sur la terrasse du théâtre où enfants et adultes grignotent et boivent un verre entre les deux spectacles.

Dans la petite salle, une classe entière d’une école primaire s’installe calmement sur les bancs. Sur scène, une estrade noire sur laquelle trône un fauteuil comme on en voit dans les bureaux. Entre Mélissa Von Vépy revêtue d’une tenue stricte style professeur d’université ou institutrice. D’ailleurs, elle se lance dans une longue conférence sur le mythe d’Icare, l’histoire du vol et les questions physiques et philosophiques liées à la gravité et à l’apesanteur.

Parfois elle s’assoie sur le fauteuil qui s’élève un peu grâce à un vérin. Puis, sans que personne ne s’y attende, elle fait hisser son siège extrêmement haut et là le titre de sa pièce, L’Aérien, prend toute son ampleur. Alors qu’une soufflerie très puissante s’est mise en route sous l’estrade, la jeune femme effectue des équilibres et des figures non seulement extrêmement gracieuses, mais surtout très périlleuses qui donnent le sentiment qu’elle vole au dessus du vide. Elle semble en chute libre tant se déploient ses longs cheveux. Elle mime avec humour Superman et les enfants rient de bon cœur. Magnifique acrobate mais aussi danseuse, Mélissa Von Vépy qui a reçu le prix « Art du cirque » de la SACD offre une très belle, intelligente et originale prestation visuelle sur l’inaccessible rêve. Un seul petit bémol au niveau du monologue qui demanderait à être mieux exprimé.

Galerie photo © D.R

Dans la grande salle, place à la création de Le gros sabordage par La Mondiale générale. Quatre circassiens et une danseuse se déplacent très difficilement en se suivant et en chevauchant leurs pieds d’un petit bloc de bois à un autre qui ne font pas plus de 10 cm d’épaisseur. Mais ces poutres deviennent de plus en plus hautes, donc les équilibres nettement plus difficiles. Les enfants comme les moins jeunes retiennent leurs souffles. Ils évoluent lentement, se soutiennent et finissent après un long et périlleux chemin par se retrouver accrochés les uns et les autres à un seul homme sur une barre très élevées. C’est magnifique, plein d’humour et de virtuosité. Puis entre un homme qui fait rêver avec son immense hula hoop dont il joue avec une incroyable liberté. S’ensuivent d’autres séquences mouvantes d’équilibre où, à chaque fin d’exercice, un immense rideau s’avance sur le plateau comme pour dévorer les objets qui, ainsi, disparaissent.

Une seconde partie est légèrement moins convaincante mais étant donné qu’il s’agit de la première représentation de cette création, il semble évident que le rythme prendre sa place par la suite. Il s’agit de chants où l’on ressent la solitude puisque chacun est enfermé dans une alcôve produite par le rideau. Il y a du déraisonnable dans ces prestations chantées. Puis, reviennent les bastaings de bois, un homme y est en équilibre alors qu’un chanteur de l’autre coté de la scène tient une corde amarrée à la poutre. Poutre qui, bien entendu s’écroule… tout comme le décor qui, après un tour complet, s’écroule aussi totalement.

Les cinq interprètes ont un réel talent et sont bourrés d’idées ingénieuses. Il manque juste un fil conducteur et Le Gros Sabordage sera une formidable pièce.

A l’issue de la représentation, artistes et public se sont retrouvés sur la terrasse pour une soirée fort sympa animée par un DJ. Enthousiaste et déterminée, Valérie Deulin, la directrice du théâtre d’Arles, en a profité pour expliquer sa programmation. « Centré sur les écritures d'aujourd'hui, notre projet s'est donné pour principaux objectifs à travers les propositions des artistes qu'il accompagne : de questionner les nouvelles formes scéniques ; de confronter les gestes artistiques du nord et du sud ; de favoriser le respect des altérités ; d'interroger le monde politique, économique, social dans toute sa complexité. Mais aussi de privilégier les écritures singulières dans les domaines du théâtre, du cirque et de la danse et d’accorder une place importante à des formes hybrides, jouant de la transversalité, portées par une nouvelle génération d'artistes. Il est bien entendu très important pour moi de cultiver des liens avec les populations de notre territoire. Je veux que cette maison soit celle des autres ».

Avec sept compagnies en résidence en art du cirque et en danse, le théâtre d’Arles ose se projeter vers les nouvelles écritures. Le festival Des cirques indisciplinés le prouve.

Sophie Lesort

Spectacles vu au théâtre d’Arles le 7 octobre

Des cirques indisciplinés jusqu’au 8 novembre au Théâtre d’Arles

L’Aérien, causerie – envolée, théâtre Vertical. Création et interprétation : Mélissa Von Vépy

9 décembre à 16 h et 18h30 à la Médiathèque de Sars et Rosières dans le cadre du festival Les Petits Pas
9 et 10 janvier au théâtre Jean Lurçat d’Aubusson

Le gros sabordage, conception La Mondiale Générale avec Sylvain Julien, Frédéric Arsenault, Marie Jolet, Alexandre Denis et Timothé Van der Steen.

Les 18 et 19 octobre au 3T de Chatellerault ; le
22 octobre au CIRCA à Auch
12 et 13 décembre à la Passerelle – Gap.

 

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