Entretien avec Elisabeth Platel

L’École de danse de l’Opéra de Paris fait partie, avec l’Oslo National Academy of the Arts et la Liaoning Ballet School, des trois nouvelles écoles partenaires ayant rejoint cette année le Prix de Lausanne. Entretien avec sa directrice, Elisabeth Platel.

Un retour après de longues années

Cette décision est le fruit d’une longue maturation. L’École, sous la direction de Claude Bessy, avait déjà été partenaire durant quelques années, du temps de Philippe Braunschweig et Rosella Hightower. J’ai moi-même été deux fois jury du Prix et cela fait déjà un certain temps que la direction du Prix de Lausanne nous sollicitait pour revenir. Il était important que l’Ecole soit présente aux cotés de ces gens qui s’investissent tellement pour les jeunes danseurs. De même que nous participons à l’Assemblée internationale de Toronto et que nous accueillons des écoles étrangères lors de notre Gala du XXIème siècle tous les quatre ans, nous devions rejoindre cette grande famille des écoles de danse du monde entier. Mais je voulais avoir l’assurance que ce partenariat pouvait se faire dans le respect à la fois du projet de l’Opéra de Paris et de celui de l’Ecole de danse. J’ai discuté avec Shelly Power dans ce sens et elle a fait en sorte que le choix éventuel du candidat soit validé par une audition, que je me suis engagée à organiser le plus tôt possible à l’Ecole, après le Prix.

Etre à la bonne place

Ce qui est important, c’est que les élèves intègrent l’école dans laquelle ils seront heureux. Cela nécessite une certaine compréhension de la culture du pays en question. Il y a aussi des questions de limite d’âge particulières à chaque lieu (à Nanterre, c’est dix-huit ans au 1er septembre de l’année en cours). Mais surtout, il faut être en phase avec le projet de l’établissement et son type de formation. Un élève qui arrive chez nous en première division, et se met à danser des chorégraphies très école française, comme celles de Pierre Lacotte, sans y avoir été spécifiquement préparé risque de se blesser. L’une des missions du Prix de Lausanne - et Shelly Power y a beaucoup travaillé - est donc précisément d’orienter les étudiants là où ils seront le mieux.

Un accueil spécifique

Si un des finalistes du Prix de Lausanne rejoint l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, il aura le même statut que nos élèves étrangers. Nous avons actuellement quelques étudiants russes, italiens, lituaniens, espagnols. Pour mieux les accueillir, nous avons mis en place depuis quelques années un enseignement dédié avec un professeur de Français langue étrangère (FLE), qui vient leur donner des heures de cours supplémentaires durant le trimestre de leur arrivée, et au-delà si besoin.

30 ans à Nanterre

Nous avons fêté en 2017 les trois décennies de ce bâtiment. Si l’on considère l’évolution de notre métier, c’est un anniversaire à la fois formidable et un peu angoissant en raison de l’accélération formidable des exigences et du niveau. Les élèves sont aujourd’hui plus mûrs qu’ils ne l’étaient autrefois, plus conscients de leurs corps, des enjeux, et plus confiants aussi envers nous, leurs enseignants. Ils savent que c’est le travail qui paie, et ils acceptent que chacun aie une progression différente. Je veille moi-même à ce que tel ou tel ne soit pas mis en avant, mais que l’ensemble du groupe soit pris en considération. Concernant leur répertoire, ils interprètent de plus en plus des ballets pour danseurs adultes : nous avons donné par exemple l’acte III de Raymonda, The Vertiginous Thrill of Exactitude… Mais nous reprendrons la saison prochaine Les deux Pigeons » d’Albert Aveline d’après la chorégraphie originale de Louis Mérante, ce qui est une sorte de retour à l’époque antérieure celle où les élèves de l’école n’interprétaient que des œuvres adaptées techniquement à leur âge. J’attends avec impatience de voir comment la pièce sera accueillie, par eux comme par le public !

L’École dans les prochaines années

L’évolution de notre enseignement suit l’évolution de la compagnie. Nous représentons également l’ancrage dans la tradition, qui demeure notre alphabet, quelles que soient les critiques que l’on peut formuler à son endroit. C’est cela qui construit les danseurs, et leur donne leur identité. Lorsque je regarde un élève à Lausanne ou ailleurs, ce sont ses fondations qui m’intéressent. Ce n’est pas au travers d’une démonstration de deux minutes, façon J.O., que l’on juge un danseur, mais en observant quelles sont ses bases, son squelette. Et même si aujourd’hui, il y a beaucoup de croisements entre les styles ou les écoles, certains marqueurs demeurent. Et c’est pour cela que j’adhère à la philosophie du Prix de Lausanne, qui examine les candidats sur la durée et intègre un processus de progression au travers des cours, des classes et des apprentissages tout au long de la semaine.
Quant à l’Ecole, elle se renouvelle chaque année, lors de l’arrivée de nos stagiaires six mois ! Chaque fois, c’est un nouvel élan et je suis toujours très impatiente de les découvrir. C’est un plaisir immense de former non seulement des danseurs mais des êtres humains en devenir, et de les emmener là où ils doivent aller.

Isabelle Calabre pour le Blog Harlequin Floors

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