En 2020, trente-trois spectacles pour Trente Trente

La nouvelle édition du festival de la forme courte à (et autour de) Bordeaux réunit danse, cirque, performance, théâtre, musique...

C’est entendu, nous vivons une accélération générale de tous les domaines de la vie et de la mobilité (cette introduction à Trente Trente 2020 s’écrit par ailleurs dans un TGV). Il est donc à la fois paradoxal et logique de constater que le festival bordelais imaginé et créé par le metteur en scène et dramaturge Jean-Luc Terrade s’inscrit dans la durée. Mais la durée est-elle encore une notion valide? A l’ère du virtuel, n’a-t-elle pas cédé la place à celle de la simultanéité? Un festival de la forme courte s’en rapproche, dans la mesure du possible. 

Une certitude: Nous en sommes aujourd’hui à la dix-septième édition, déjà, alors qu’au départ l’idée même paraissait un brin farfelue: Mais qui irait donc au théâtre ou sur un autre site pour y voir un spectacle de quinze, vingt ou trente minutes ? Le public serait-il prêt à accepter de se déplacer plusieurs fois dans une journée ou soirée, pour changer de lieu et voir une nouvelle forme brève ? C’st peut-être cette impression qu’on peut avoir, à la fin d’une journée, d’avoir assisté à plusieurs propositions en même temps ou d’avoir été présent à plusieurs endroits qui construit l’adéquation entre Trente Trente et notre époque. 

Si le concept a su s’imposer, la raison est aussi à chercher dans la parfaite correspondance entre cette contrainte formelle et l’esprit de la programmation qui favorise des formes nouvelles, expérimentales ou autrement surprenantes, ainsi que des artistes émergents. La forme brève n’est donc pas une fin en soi mais une forme juste qui encourage les artistes à diversifier leurs recherches et les disciplines artistiques qu’ils investissent. 

A Trente Trente, aucune discipline artistique scénique n’est exclue. A la fin de la nouvelle édition, le compteur affichera 33 propositions, dont six formes chorégraphiques et neuf performances, sans compter les croisements entre danse et cirque. Ce dernier se taille une part égale à celle de la performance, ce qui montre que Trente Trente est très engagé auprès de ces deux genres connus pour leur grande ouverture et leurs possibles. 

Certains chorégraphes invités sont par ailleurs des artistes confirmés. Car on a vu Katerina Andreou avec son solo BSTRD à l’atelier de Paris, tout comme Meytal Blanaru.

La chorégraphe d’origine israélienne présente à Trente Trente l’avant-première de Rain, un nouveau solo, où elle interroge la construction de la personnalité à travers les souvenirs d’enfance. Aujourd’hui Bruxelloise, elle a précédemment été coproduite avec sa pièce We were the future par les CDCN [lire notre critique]. 

Antony Egéa, récemment triomphant avec Muses, quatuor pour deux pianistes et deux danseuses sur musiques classiques [lire notre critique], renforce encore son lien avec le 19esiècle en créant Les Filles mal gardées, un trio pour danseuses sur pointes.

Il en offre la première à Trente Trente. Ce sera de la danse classique « urbanisée », comme il l’appelle, pour des danseuses « hybrides, différentes, mutantes ».

On connaît l’humour caustique de Carlotta Sagna, entre autres par sa collaboration avec Georges Appaix. Dans Blue Prince Black Sheep, elle met en scène un ancien membre de la Forsythe Company, l’Espagnol Amancio Gonzales. Dans ce solo, tout tourne autour du regard de celui-ci sur lui-même et autour du chausson de danse. Qui est-il ? « Imaginez que je sois un homme », dit-il… 

Ayelen Parolin vit et travaille à Bruxelles. La chorégraphe argentine retrouve ici la pianiste Léa Petra, elle aussi argentine, dans un nouveau face à face plus facétieux que jamais. Où se croisent des clins d’œil au baroque, au cabaret et au punk. Le titre, Wherever the music takes you II, annonce assez clairement que Parolin refuse toute limitation de son imaginaire.

Entre danse et cirque, Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne et Lucien Reynès présentent La Mécanique des ombres, un trio masculin qui part de la perte du visage, avec ce questionnement : Que reste-t-il de l’identité d’une personne, comment changent les relations ?

Avec leur travail sur la chute, leurs acrobaties et leur gestuelle mécanique et drôle à la fois, ils ont remporté le 1er prix du jury et le prix du public au concours (Re)connaissances 2016.

Et Trente Trente 2020 a encore bien d’autres surprises en danse et performance à offrir…

Thomas Hahn

Trente Trente, 19eédition

Du 21 janvier au 1erfévrier 2020

 

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