« Don Quichotte » par le Ballet National de Cuba

Pas besoin d’être balletomane pour se laisser emporter par le charme naturel du Ballet National de Cuba et son Don Quichotte, à la Salle Pleyel.

Il faut les voir pour le croire: Ils sont vraiment différents! Les danseurs du Ballet National de Cuba décollent, atterrissent, rebondissent et lancent des étincèles, attitude par attitude, avec une légèreté ensoleillée insoupçonnée. Comme quoi, même le ballet peut dépayser et plus encore. On pourrait presque parler d’un choc des cultures, face au spectacle qui se produit sur le plateau de la Salle Pleyel. Car c’est bien sûr dans le Don Quichotte de Petipa, revu par Alicia Alonso, que la troupe de La Havane pétille et remonte à sa source, tel un poisson dans l’eau. En toute fraîcheur.

On n’a même pas l’impression de voir une troupe de ballet. Plutôt une famille, une communauté soudée où le corps de ballet interprète les différentes danses espagnoles avec tant de grâce individuelle et collective qu’aucun instant, aucun geste, aucun regard n’est perdu. Cette troupe à l’énergie contagieuse qu’on n’avait pas vue à Paris depuis une décennie compte pourtant plusieurs générations de danseurs, menées par un certain nombre d’interprètes qui étaient présents à son dernier passage côté Seine.

Leur Don Quichotte façonné par Alicia Alonso a le pouvoir magique de briser la glace avec un public parisien qui arrive dans une attitude plutôt réservée. Les exploits des solistes y sont pour beaucoup. La distribution de certains rôles principaux changeant tous les soirs, nous avons eu la chance d’assister à l’unique soirée où Sadaise Arencibia interpréta le rôle de Kitri et Luis Valle celui de Basilio. Couple splendide s’il en est. Mais le 19, on verra dans les mêmes rôles Anette Delgado et Dani Hernandez , les deux qu’on découvre en interview [lire notre interview] dans Danser Canal Historique.

En bout de compte, on finit pourtant par s’interroger sur les stéréotypes culturels et les images d’Epinal si promptes à les nourrir. Est-ce signe d’en être atteint quand on s’ennuie au second acte, à la vision des Dryades et de Cupidon? Voilà des Sylphides bien trop sages pour le rêve d’un Don Q. qui phantasme. Mais non, c’est bien Alonso qui essaye de faire un tableau « à la française », alors que Petipa inventa des danses espagnoles à tout rompre.

Heureusement, on retrouve pleinement cet esprit-là au troisième acte, y compris le fameux pas de deux du couple qui fête ses noces. Et pourtant, Alicia Alonso offre au chevalier errant des consolations bien plus consistantes que Marius Petipa. Dès son entrée en scène on peut voir en lui un voyageur dans le temps, totalement en porte-à-faux avec l’univers qu’il affronte, mais aussi parfaitement innocent car authentique. Et au combat il remporte quelques victoires symboliques que Petipa ne lui accordait pas. Barbu qu’il est, son esprit pouvait rencontrer la sensibilité d’une île, ou de son líder máximo, qui était encore en pleine forme en 1998, année de la création du Don Quixote de la grande dame de Cuba.

En juillet 2016, la compagnie donna trois représentations de ce ballet à l’occasion du 90e anniversaire de Fidel Castro, avec Anette Delgado, Viengsay Valdes, Sadaise Arencibia et Dani Hernández dans les rôles principaux. Alicia Alonso, née en 1920, six ans avant Castro, est toujours avec nous. Pour une fois que l’artiste l’emporte... il faut courir voir son travail tant que la pionnière, dont on fêtera le centenaire  en 2020, et il faut espérer qu’on le fêtera avec elle, est parmi nous. Car ce n’est pas la même chose de voir ses pièces interprétées par sa troupe après son départ.

Thomas Hahn

Don Quichotte d’Alicia Alonso, avec la Ballet National de Cuba

Salle Pleyel, jusqu’au 20 juillet 2017

Salle Pleyel, 252, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. Tél. : 01 76 49 43 13.²

www.sallepleyel.com

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