« Barons Perchés » de Mathurin Bolze-Cie MPTA

Il est des spectacles dont on ressent l'univers avant même qu'ils aient commencé.
C'est le cas de Barons Perchés dont l'action se situe dans une maison à l'ossature métallique, toute découpée, ouverte aux quatre vents et surtout au regard du public qui en perçoit immédiatement, c'est à dire dès qu'il entre dans la salle, toute la potentialité scénographique et le champ imaginatif. On sent qu'il va se passer là des choses étranges, irrationnelles et forcément formidables. Et c'est le cas.

Barons Perchés fait suite à Fenêtres, pièce créée en 2002 et  fondatrice de la Compagnie Les Pieds les Mains et la Tête Aussi (MPTA).

L'occupant solitaire du premier volet, Bachir, partage désormais sa drôle de bicoque. Les deux hommes (Karim Messaoudi et Mathurin Bolze) affichent une troublante gémellité. On pourrait les prendre pour des frères, à moins que l'un ne soit le double de l'autre, son reflet, son ombre ou encore l'ami indispensable. Le Vendredi de Bachir. Celui qui empêche de sombrer dans le découragement, la folie ou la mélancolie.

A deux, on peut jouer, dialoguer, se confronter à l'infini. Nos barons vont donc inventer toutes sortes de jeux, déclinant à l'envi les figures du double par des substitutions, des illusions et autres escamotages. Dans la maison, véritable terrain d' exploration, ou repaire de magicien, tout s'y prête, trappes, échelles, trous dissimulés, trampoline.

Agrès plutôt évocateur de nos souvenirs de mini-club sur la plage de Saint-Brévin-les-Pins, assez inexistant dans les numéros de cirque d'autrefois, le trampoline a acquis aujourd'hui avec la nouvelle génération de circassiens, ses lettres de noblesse et une dimension théâtrale et poétique, le propulsant du monde de la gymnastique à celui du rêve. On pense au merveilleux Cavale de Yoann Bourgeois qui transcendait l'objet élastique dans un spectacle éminemment onirique.

Cavales et poursuites il y aura ici pour nos deux personnages, mystérieuses disparitions, chutes vertigineuses, envols surréalistes. On y perd toute notion d'endroit et d'envers, de verticalité et d'horizontalité, plus rien n'a de sens. Et si plus rien n'a de sens, alors tout est permis... Marcher sur les murs, voler, disparaître, réapparaître et même se prendre pour un volatile …

Galerie photo © Christophe Raynaud De Lage

Le cœur de la pièce explose littéralement dans un moment de pure voltige où les corps se soumettent aux plus folles ascensions : vrilles, pirouettes, twists incroyables, vols planés et sauts périlleux en tous genres se succèdent, toujours plus haut. Un vrai feu d'artifice. Un ballet aérien où les rebonds et tournoiements hypnotiques laissent bouche bée, où les réceptions moelleuses freinées par un léger ralenti défient la gravité.
On est totalement interloqué par la puissance et la virtuosité de la technique acrobatique mais également par la qualité du mouvement, souple, défini, retenu, d'une justesse toujours parfaite.

A la croisée des mondes du théâtre, de la danse et du cirque, Barons Perchés offre une totale liberté d'interprétation. Chacun laissera courir son esprit où bon lui semble et finira viscéralement transporté par cette formidable fable de haut vol.

Marjolaine Zurfluh
Vu le 26 mars au Monfort / Festival des Illusions

Barons Perchés
Conception : Mathurin Bolze
De et avec Karim Messaoudi & Mathurin Bolze
Création sonore : Jérôme Fèvre en collaboration avec Mathurin Bolze
Dispositif lumière : Christian Dubet
Scénographie : Goury
Régie générale : Jérôme Fèvre

Prochaines dates :
14 mai : Espace Malraux, Chambéry / Festival utoPistes
9 et 10 juin : Nuits de Fourvières / Festival utoPistes
30 juin : Festival des 7 collines, St Etienne
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http://www.festival-utopistes.fr/

http://www.festivaldes7collines.com

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