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« Nous n’arrivons pas les mains vides » de Balkis Moutashar

Balkis Moutashar brosse le portrait très réussi d’une nouvelle génération de danseurs par-delà les chapelles.

Ils et elles sont douze, âgés de 20 à 25 ans. S’ils et elles sont tous des danseurs et danseuses en début de carrière, ils ont des origines géographiques, des physiques et des parcours variés. Ils pratiquent le contemporain, le classique, l’électro, le breakdance ou le popping, ont une formation académique ou plus autodidacte. Ils ont offert à Balkis Moutashar une collection de gestes (première danse, premier mouvement sur scène etc.) comme leurs témoignages oraux. De cette matière, la chorégraphe tire Nous n’arrivons pas les mains vides, une pièce construite avec beaucoup d’intelligence, qui brosse le portrait d’une génération d’interprètes, et au-delà d’une jeunesse, qu’une culture et des expériences communes relie malgré les singularités de chacun.

Galerie photo © Laurent Philippe

Une multiplicité de physiques et de techniques

Ils et elles sont douze, donc, six jeunes femmes et six jeunes hommes, et ont pénétré sur une scène que seules des enceintes habillent, avant même que les lumières de la salle ne s’éteignent. Debout pour la plupart, ils nous font face en rang serré, comme attendant qu’un photographe immortalise l’instant, le groupe qu’ils forment. Puis chacun s’avance pour nous offrir un geste, furtif, en musique ou non, qui nous laisse deviner sa discipline : le corps est pris de soubresauts pour un popping, un fouetté dévoile un parcours classique. Alors qu’ils dessinent maintenant un cercle, la suite de leurs performances ressemble à un battle, très amical. De ces différents mouvements naît finalement une chorégraphie que tous interprètent à l’unisson, avec application, générosité et une certaine fragilité ; il n’est pas aisé en quelques résidences de création de s’approprier une technique nouvelle. Mais l’important n’est pas là, il s’agit de partager, de faire corps, de montrer ce qui les unit et c’est de cette fragilité comme de leur entrain que naît l’émotion.

Galerie photo © Laurent Philippe
 

Une collection de témoignages par la parole et le geste

Alors qu’ils remodèlent l’espace scénique grâce à des tubes de néon qu’ils déposent au sol, leur danse s’écrit plus tard en duos réjouissants par la rencontre inattendue de leurs différentes techniques. « J’ai 24 ans », « j’ai 21 ans », « j’ai 20 ans ». Ils continuent de se mouvoir et leurs témoignages s’invitent dans la bande son au milieu de leurs airs de prédilection. Ils ont grandi à Créteil, Pertuis, Nantes, Dijon ou en Guadeloupe ; ils ont commencé la danse à 4, 9, 10 ou 18 ans. Quand l’un ne s’attendait pas à devenir danseur l’autre nous parle de sa première fois sur scène à l’Opéra Bastille. Il est question de la nécessité de poursuivre des études et des concours d’entrée dans des écoles de danse prestigieuse, des costumes qu’ils doivent porter et aiment plus ou moins, des pas qu’ils préfèrent, de bras moelleux et d’explosivité. Sans que l’on sache toujours de qui émane la parole, et c’est très bien ainsi, cette collection fort bien agencée de témoignages et de gestes dessine le portrait enthousiasmant d’une génération que réunit l’élan de la jeunesse et l’amour de la danse par-delà les chapelles.

Delphine Baffour
Vu le 1 février 2026 au Théâtre de Suresnes Jean Vilar dans le cadre de Suresnes Cités Danse.
À voir le 16 mai 2026 à Viadanse CCN de Belfort.

Une pièce de Balkis Moutashar
Avec Faiz Amed Mouhamed, Nina Appel, Ibrahima Biteye, Théo Brassart, Audalys Charpentier, Timothy Dodson, Jules Fournier, Juliette Franbourg, Jade Mienandi, Pierre Morillon, Lisa Rinsoz, Anaëlle Thiery.
Assistanat à la chorégraphie : Jeanne Vallauri, Violette Wanty
Création sonore : Reno Vellard
Création et régie lumière : Samuel Dosière
Costumes : Valentine Solé
Régie son : Pauline Parneix
Développement de la compagnie / diffusion : Pascale Cherblanc
Administration : Léa Jousse.

 

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