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"Lucinda Childs, danser page à la main", exposition au Frac Bretagne

La rétrospective consacrée à Lucinda Childs conçue par le commissaire Lou Forster, qui vient d’être nommé à la tête des collections et des éditions du CND, présentée jusqu’au 25 mai 2026 au Frac Bretagne de Rennes, est le premier volet d’une manifestation qui se tiendra en avril prochain au Frac Franche-Comté de Besançon et également au Centre d’art Le Lait d’Albi.
 

L’exposition est réalisée avec le concours du CND qui obtint de la chorégraphe en 2016 un important don d’archives personnelles à base de des dessins, partitions, photographies et programmes et qui détient depuis 2012 le fonds de films, vidéos et émissions de télévision de la Cinémathèque de la Danse, parmi lesquels ceux de Lucinda Childs. L’accrochage, l’agencement et l’éclairage des quatre espaces dédiés à la monstration sont remarquables. Ils permettent d’apprécier les projections à même les murs de films en grand format, l’écriture manuelle, les synopsis tapés à la machine et les dessins miniatures de la chorégraphe à l’indéniable talent d’artiste plasticienne. Le jour de notre visite, manquaient encore certaines pièces au dossier qui sortiront peut-être bientôt des cartons et rayonnages du CND pour être montrés à Rennes, Besançon ou Albi.


 
Étaient mentionnés mais non (encore) montrés le film de Sol LeWitt, il est vrai, indissociable du chef d’œuvre de Lucinda Childs, Dance (1979) ; la version de cet opus mise à jour en 2016 par Marie-Hélène Rebois pour la reprise de la pièce par le Ballet de l’Opéra de Lyon ; une captation ou des photos d’Available Light (1983), une chorégraphie des plus spectaculaires qui bénéficia d’une scénographie étagée de Frank Gehry ; le portrait vidéo de l’artiste par Patrick Bensard, tout simplement intitulé Lucinda Childs (2006) ;
une ou plusieurs séquences des documents 16 mm retrouvés en 1995 par les auteurs, restaurés et montés avec la réalisatrice Barbro Schultz sous le titre 9 Evenings : Theatre and Engineering (1966), soirées conçues par Billy Klüver et Rauschenberg avec les techniques de pointe des Bell Telephone Labs, présentant des events (au sens de George Brecht et de Merce Cunningham), des performances et des happenings (chers à Allan Kaprow) de Cage, Fahlström, Yvonne Rainer, Deborah et Alex Hay, Rauschenberg, Robert Whitman et… Childs, avec la pièce Vehicle.

Par contre, pour ne pas dire en revanche, nous avons découvert un incunable que les organisateurs ont dû stoïquement négocier avec le New York Public Library : le court métrage de Gene Friedman, Three Dances (1965), chorégraphié par Judith Dunn, montrant l’ouverture d’esprit du Judson Church Theater qui se produisait hors scène, passant du studio de danse à l’espace public et aussi à la soirée festive, document qui montre, s’il le fallait, la virtuosité technique du jeune Steve Paxton. Nous avons été touché par de simples affichettes comme celle annonçant des « concerts de danse » pour les 29 et 30 janvier 1963 au Judson Memorial Church avec pas moins d’une vingtaine d’artistes, parmi lesquels Lucinda Childs.


Ou cette autre, de modeste format, signalant la « représentation unique » de Lucinda Childs, le 26 novembre [1976], salle Jean Vilar, de la Maison de la Culture de Rennes, après la création à Avignon d’Einstein on the Beach de Bob Wilson et avant une étape par le festival Sigma de Bordeaux. Cette mini-tournée a dû être imaginée par Bénédicte Pesle (1927-2018) et la venue de la chorégraphe à Rennes organisée par Annette Breuil (1948-2025).


 
L’exposition illustre trois grands thèmes dans l’œuvre féconde de Childs : la danse de rue, avec la pièce éponyme des débuts, que Lou Forster considère comme « fondatrice dans l’histoire de la danse postmoderne » ; une topographie de l’intimité (version pop) représentée par Pastime, Carnation, Museum Piece, Geranium où la chorégraphe « se saisit d’objets de consommation de masse ») et un laboratoire de la sérialité avec le « virage minimal » amorcé au début des années 70 et l’usage de diagrammes produisant « un aller-retour entre le studio de danse et la feuille de papier ». Ce système de notation ou processus de création n’asservit pas les interprètes, au contraire : il les conduit « à investir la chorégraphie à partir de leur manière propre de se mouvoir ».
 
Nicolas Villodre
Vu le 29 janvier 2026 au FRAC Bretagne-Rennes.

 

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