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« Éclats » de Léa Vinette

En ouverture du Festival Trajectoires Léa Vinette poursuit sa recherche d’une physicalité viscérale et libre avec Éclats, trio où chaque geste devient tentative et vibration.

Le festival nantais Trajectoires nous a permis de découvrir au TU (Théâtre universitaire) la création de Léa Villette Éclats, une pièce minimaliste, chic et bien tournée interprétée par le trio masculin-féminin Vincent Dupuy, Daniel Barkan et la chorégraphe en personne.

Formée au conservatoire de Nantes, puis de Lyon, Léa Vinette a étudié aux Pays-Bas où elle a rencontré Daniel Barkan. La technique Vinette, car la pièce montre qu’il est une méthode Vinette, comme il existe, toutes proportions gardées, une technique Graham, Carlson, Rainer ou Eyal, était en gestation dans son solo Nox qui date de 2022 (notre article) et son duo Nos feux créé en 2024 au CNDC d’Angers où elle est actuellement artiste associée. Sauf que pour qu’il y ait chorégraphie, il faut au moins trois danseurs sur scène, suivant les critères du Concours de Bagnolet. Et c’est le cas d’Éclats.

Depuis une dizaine d’années, Léa Vinette met en pratique les principes de la fasciapulsologie développés par Florence Augendre, qui consiste, si l’on a un peu compris, en une approche du mouvement et du micro-mouvement basée sur la perception subtile du rythme interne appelé parfois « pulsation tissulaire ». Cette discipline en concurrençant d’autres comme le Feldenkrais, le Body-Mind Centering ou le Rolfing. Florence Augendre avait collaboré artistiquement à la pièce Nos feux.

Malgré notre petite réserve émise en raison du finale à l’unisson en synchronie sur l’Allegro de la Sonate pour violoncelle en mi mineur, Op. 14 n° 5, de Vivaldi, nous pensons avoir assisté à un véritable événement chorégraphique, avec une œuvre cohérente ayant son propre style, divisée en trois actes distincts par leur durée et leur accompagnement musical et rythmique. Lorsque les spectateurs pénètrent dans la salle, les danseurs sont déjà là. Aux bords du plateau à même le sol, vêtus casual par Luca Tichelman. Debout, immobiles, comme au jeu des trois coins. Prêts à bondir ou, tout au moins, à s’activer. À s’animer, sous les lumières de Marinette Buchy.

L’opus débute par une ballade à la fois rock et sentimentale de Ricky Nelson, Lonesome Town (1958), qui évoque « une ville où personne ne sourit ». Tel semble être le programme de la soirée, la danse étant ici chose sérieuse ou, en tous les cas, prise au sérieux. Après cette brève introduction, Éclats progresse et s’affirme comme une œuvre abstraite ou presque sur une assez longue création polyrythmique de Miguel Filipe. Quoique la chorégraphe ait fait appel à la dramaturge Sara Vanderieck (qui avait contribué à Nos feux), la pièce n’est que peu narrative.

Et heureusement, à peine représentative, n’étaient les gestes et mimiques esquissant, signifiant ou instillant des états d’âme : conflit interne, doute, hésitation, mélancolie, misère passagère, dépression, idée noire, sentiment de vide, regret ou, au contraire : apaisement, contentement, béatitude. En dehors de ces tremblements, sourires, affrontements crâne du public, yeux en coin, regards perdus, aucun mouvement ostensible, spectaculaire, virtuose ne vient troubler l’ordonnancement.

Galerie photo © Simon van der Zande

Jamais on ne se touche, se frôle, s’affronte. Ici, aucun porté, aucune saltation ou exaltation. Pas un geste plus haut que l’autre. Pour autant, les faits et gestes ne sont pas prévisibles. On n’a ni une impression de système, de structure rigide ou fermée, ni une démonstration à base de solos, duos ou trios particulièrement spectaculaires. La danse et les enchaînements se font discrets, dans tous les sens du terme, y compris dans son acception linguistique qui se rapporte à ce qui est séparé, distinct, discontinu. Ces états, moments ou fragments de danse qui n’ont besoin d’artifice pour briller justifient pleinement le titre de la pièce.

Nicolas Villodre
Vu le 15 janvier 2026 au TU de Nantes.

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