« Zeppelin Bend » de Katerina Andreou

A voir vendredi 21 mai dans le cadre du festival June Events, Zeppelin Bend, la création de la chorégraphe grecque Katerina Andreou.

Sur le plateau nu, une estrade, deux cordes pendant depuis les cintres et un assemblage de pneus également suspendus. Sur l’estrade, une fille secoue obstinément la tête. Ainsi démarre la nouvelle création de Katerina Andreou, dont la chorégraphe est l’interprète en duo avec Natali Mandila. Il y est question de corps, d’énergie, d’efforts, d’obstination. De résistance aussi, et de cette faculté à dire non qui s’incarne dès l’ouverture. Le tout mené presque sans temps mort par des danseuses engagées, à tous les sens du terme. A commencer par leur présence intense lors d’une représentation donnée uniquement à destination de quelques professionnels et dont elles soulignaient, à l’issue du spectacle, combien elle était précieuse. Comme tant d’autres, la pièce, en gestation depuis de nombreux mois avait en effet vu son calendrier contrarié par la pandémie. Sa création face à un public, même restreint, n’en était donc que plus importante. 

Selon leurs propres dires, ces délais imprévus leur auront toutefois permis de finaliser un travail qui, à bien des égards, fait écho à la drôle de période que nous traversons. Car il s’agit ici de résister et de tenir, tant physiquement qu’émotionnellement, tout au long de cinquante minutes éprouvantes. C’est peu dire en effet que Zeppelin Bend (du nom donné au nœud ultra résistant utilisé pour relier deux cordes amarrant les dirigeables) ne ménage pas ses interprètes. Qu’elles enchaînent les mouvements répétitifs en solo ou en duo, arpentent la scène en sautillant côte à côte, en se tenant par la main ou par l’épaule, et même en se balançant chacune au bout d’une corde pour un rare moment de respiration aérienne, le duo semble possédé par une volonté sans limites d’aller jusqu’au bout, y compris de leur propre relation.

Certes, cette tentative d’épuisement méthodique du geste fait partie depuis des décennies des motifs récurrents de la danse contemporaine. Mais ces deux-là réussissent la plupart du temps à renouveler l’exercice, en interrogeant aussi la notion de pouvoir : qui contrôle qui, quelle action commande l’autre, quelle place, spectateur ou voyeur, est réservée au public ?…

Sans répondre avec la même efficacité à toutes ces questions, Zeppelin Bend, rythmé par une bande son de Katerina Andreou et Cristiàn Sotomayor et par les stop and go de lumière de Yannick Fouassier, impressionne durablement la rétine, et résonne comme un manifeste chorégraphique. 

Isabelle Calabre

Vu le 12 février au Centre Pompidou dans le cadre des Spectacles vivants,

A voir le vencredi 21 mai 2021 dans le cadre du festival  June Events 

Tournée prévue en Espagne, Suisse, France, Belgique, Grèce et Bulgarie pendant le 1er semestre 2021.

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