« Yellel » d’Hamid Ben Mahi

Une chatoyante pièce engagée qui interroge sur les identités.

Programmée dans le cadre de la quatrième édition du festival Shake de La Rochelle créé par Kader Attou, la création Yellel d’Hamid Ben Mahi invite au voyage et à la réflexion.

En fond de scène une vidéo montre un village algérien vu du ciel qui est cerné de dunes. Images magnifiques expliquées par Hamid lorsqu’il entre en scène avec ses cinq danseurs. « Dans mon histoire familiale, Yellel est l’endroit le plus lointain que je connaisse. Mon père y est né mais moi, je suis né en France et j’y ai grandi ».

Alors qu’un pot dégageant des effluves d’encens passe de main en main les quatre garçons et les deux filles dansent chacun une partition propre au hip hop.

Puis, sur la splendide musique d’Hakim Hamadouche, les six interprètes se rejoignent sur les sons d’un mandoluth. Une danse dynamique, énergique, diablement difficile à réaliser entre équilibres sur une main, rotations et mouvements acrobatiques en l’air.

« Lorsque j’y suis allé, je n’ai pas osé dire que j’étais danseur » poursuit Hamid alors que des danses traditionnelles orientales se déversent sur tout le plateau. Les ondulations expriment l’amitié, la joie de vivre, le partage, le respect…

D’un style à l’autre, Hamid raconte et démontre à quel point il est difficile de retrouver ses racines lors des voyages au pays de ses ancêtres. Difficile aussi d’être reconnu en tant qu’héritiers des traditions alors que les habitants de Yellel le considèrent comme un occidental. Cette quête d’identité engendre une certaine nostalgie.

Prémices de Yellel - Répétitions

Mais c’est mal connaitre le chorégraphe qui rebondit par le bais de moucharabieh projeté sur l’écran. Il provoque des séquences remarquables qui alternent entre danse tribale et hip hop dont l’envoutante scène du foulard qui est l’unique moment où la femme peut ôter son voile et le mettre à la taille pour une danse sensuelle. Des rites et coutumes du pays, un brusque changement s’opère pour un retour à un break dance endiablé.

Enfin, c’est l’image de la mer qui intervient. Cette mer, frontière entre l’occident et l’orient. Alors, les danseurs s’installent sur les poufs et tournent le dos au public pour tenter de voir les rives de leurs racines.

Avec Yellel, Hamid Ben Mahi signe une pièce à la fois émouvante et radieuse. Alors que le thème sur les origines est parfaitement bien dessiné, il conçoit une création empreinte de générosité, d’humour et d’allégresse et suscite, dans toute la salle, un délicieux sourire aux lèvres.

Sophie Lesort 

Vu au CCN de La Rochelle le 9 novembre 2019

Image de preview : © Nassir Mokhtari

Shake du 8 au 30 novembre à La Rochelle

A noter que Jacques Toubon a remis le 9 novembre les insignes de chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur à Kader Attou, chorégraphe et directeur du CCN de La Rochelle

En tournée : 12 décembre : théâtre Jean Lurçat -Aubusson
4 et 5 février : Carré-Colonnes – Saint Médard en Jalles 18 mars : La Méssigerie – Saint Junien
5 mai : Fos sur Mer
15 mai : Centre culturel Michel Manet - Bergerac

Distribution :
Direction artistique et chorégraphie : Hamid Ben Mahi – compagnie Hors Série
Conseil artistique : Michel Schweizer
Interprétation : Hamid Ben Mahi, Aïda Boudrigua, Matthieu Corosine, Elsa Morineaux, Arthur Pedros et Omar Remichi
Direction musicale et arrangements : Manuel Wandji
Composition musicale : Hakim Hamadouche (mandoluth), Ahmad Compaoré (batterie et percussions) Création vidéo : Christophe Waksmann
Création lumière et régie générale : Antoine Auger
Régie son et vidéo : Sébastien Lamy 

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