Soirée Francendanses, Kader Belarbi : « Nous répondons présents, ensemble »

Le 15 octobre, à l’initiative des Productions internationales Albert Sarfati, le Théâtre des Champs-Elysées met avec « Francendanses » le ballet français à l’honneur. Entretien avec le directeur du Ballet du Capitole, un des invités de cette soirée exceptionnelle*.
 

Danser Canal historique : Pourquoi cette soirée ?

Kader Belarbi : L’initiative a été lancée par Vony Sarfati à la fin de la saison dernière, qui s’était terminée abruptement en raison du confinement. Elle a eu l’idée d’une sorte de réunion solidaire qui rassemblerait le monde de la danse, en fonction bien sûr des impératifs et du calendrier de chacun. Entre responsables de compagnies du monde entier, nous sommes tous en relation via des groupes WhatsApp, dans lesquels nous échangeons régulièrement sur nos expériences respectives. La période particulière de la pandémie a renforcé ces liens. Nous avons partagé notre vécu, nos informations et avons beaucoup discuté entre nous sur ‘comment vivre notre danse’. La proposition de Vony a donc rejoint ces questionnements. Il a été assez compliqué de trouver une date qui convienne à tous, et pour des questions d’agenda ou des difficultés de déplacement, certains n’ont pas pu venir. Mais ce rendez-vous a une valeur symbolique : il dit haut et fort que, avec chacun avec nos nuances, nous pouvons être ensemble sur scène et répondre présent, - qui plus est au théâtre des Champs-Elysées, lieu emblématique de l’histoire de la danse.
 

Danser Canal historique : Comment votre propre troupe aborde-t-elle cette rentrée ?

Kader Belarbi : Dès le mois de septembre, le Ballet du Capitole a participé au festival Le Temps d’Aimer la danse à Biarritz avec A nos Amours. Nous nous sommes ensuite rendus à Castelsarrasin, en reprenant le programme interrompu en mars par le confinement. À ces occasions, j’ai pu mesurer combien les danseurs étaient particulièrement en forme, heureux de remonter sur scène, friands de vivre leur danse et la partager. Bien sûr, depuis la reprise, nous prenons toutes les précautions sanitaires nécessaires. Les danseurs sont masqués du matin au soir, sauf lors du travail de sauts, et sont testés chaque semaine. Il ne s’agit pas d’être inutilement téméraire, mais simplement de témoigner et d’être là.

Danser Canal historique : Quels extraits avez-vous choisis de présenter, et pourquoi ?

Kader Belarbi : Nous reprenons un des duos du Corsaire que j’ai créé en 2013 pour le Ballet du Capitole, interprété par les étoiles Natalia de Froberville et Ramiro Gomez Samon. Je ne suis pas forcément friand de galas, mais pour cette soirée dédiée notamment à l’art du pas de deux, il s’agissait de faire au mieux avec ce que nous avions « en boutique ». Or ces deux grands solistes avaient déjà parfaitement ce duo « dans les jambes ».
 

Sur une proposition de Vony, ils danseront aussi en avant-première un pas de deux de ma prochaine création, Toulouse-Lautrec. Donner à voir une préfiguration, tel un parfum ou une esquisse, d’un ballet à venir est assez inhabituel. Natalia est en train de construire le personnage de Jeanne Avril et avec Ramiro, nous cherchons encore comment incarner physiquement la marche particulière de Lautrec et la façon dont ce corps empêché agit sur le personnage. Mais c’est une manière de me lancer et d’offrir quelque chose au public, d’autant qu’à cette occasion, nous avons réalisé un très bel enregistrement, avec accordéon, de la musique composée par Bruno Coulais. J’espère que cette mise en bouche donnera au public l’envie de venir voir le ballet au complet à partir du 4 novembre prochain à Toulouse ! 

Danser Canal historique : Ces deux pièces sont-elles particulièrement représentatives de l’actuel répertoire du Ballet du Capitole ?

Kader Belarbi : Réactualiser le répertoire classique en proposant une relecture du Corsaire d’un côté, et monter ex nihilo une création de l’autre sont deux facettes très différentes du panel de la troupe et de ses aptitudes. Aujourd’hui, l’éventail de propositions est très vaste. Il va de Giselle à la prochaine création pour le Ballet de Salia Sanou, reportée pour cause de Covid. Cette malléabilité des corps et des esprits répond à mon ambition de constituer ce que j’appelle « un ballet vivant d’aujourd’hui ». La compagnie compte actuellement trente-cinq danseurs de quatorze nationalités différentes. Ils viennent de pays différents, ont des identités différentes. Il n’y a pas chez nous de stéréotype du modèle de danseur, et cette variété me convient parfaitement. Ce ne sont pas les références qui m’intéressent, mais le corps des danseurs. Ils sont comme ils sont, et c’est précisément ça, la danse.

Propos recueillis par Isabelle Calabre

* La soirée du 15 octobre comprend également le beau solo Period Piece créé par Jan Martens pour la danseuse du Ballet de l’Opéra de Lyon Kristina Benz, dans le cadre du programme « Danser Encore » ; un pas de deux extrait des Flammes de Paris de Vassili Vainonen, par Marini Da Silva Vianna et Riku Ota du Ballet de Bordeaux ; et trois pas de deux du superbe Mozart à 2 de Thierry Malandain, dansés par Arnaud Mahouy, Clémence Chevillotte, Raphaël Canet, Nuria Lopez Cortes, Mickaël Conte et Irma Hoffren. 

Signalons aussi la mise en vente de 300 places jeunes moins de 26 ans à 10 €. 

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