« Rock & Goal » de Michel Kelemenis

Créée en 2016 au KLAP à Marseille, cette formidable pièce jeune public s'installe à l'Amphithéâtre Bastille pour 6 représentations.

Séduire le jeune public sans pour autant sacrifier à l’exigence artistique est un exercice ambitieux. Après son Henriette et Matisse destiné à cette même tranche d’âge en 2010, Michel Kelemenis relève à nouveau le défi avec Rock & Goal. Créée dans le cadre de « Festivanges », l’une des manifestations phares de son KLAP Maison pour la Danse, la pièce était présentée le 22 novembre à Marseille au Théâtre du Gymnase, devant des minots de maternelle enthousiastes.

Le thème, il est vrai, a de quoi leur plaire. Puisant dans son passé d’ex gymnaste, le chorégraphe interroge avec drôlerie et finesse, au travers de plusieurs saynètes portées par quatre excellents interprètes, les relations entre sport et danse. Basket, tir à l’arc, arts martiaux ou GRS sont scannés en quelques gestes, fruits d’une observation aussi précise que subtilement décalée. La mise en scène de la performance, celle du goût de l’effort ou de l’esprit de compétition sont en effet prétextes à une réflexion sur la nature même de l’exercice sportif. Qu’est-ce qui, en fait, le distingue de cette autre forme d’exercice physique qu’est la danse ?

A petites touches humoristiques ou poétiques, comme ces gants de boxe rouges en forme de cœur, et par la grâce d’un des membres du quatuor, visiblement plus doué pour les ports de bras que pour le lancer de poids, le chorégraphe dessine le chemin qui va du geste à l’art. Derrière l’évocation stylisée de telle ou telle discipline, il distille des références subliminales à l’histoire de la danse, des Jeux de Nijinski aux pièces de Pina Bausch, en passant par le Casse-Noisette de Petipa. Et ce jusqu’au solo final, où lorsque le sportif raté, juché sur un podium rappelant la mini-arène du Boléro de Béjart, s’assume enfin en danseur triomphant.

A ces citations malicieuses, les adultes avertis sont bien sûr plus sensibles que les enfants. Cela n’empêche pas ces derniers de goûter pleinement cette ode réjouissante à la liberté, à l’affirmation de soi et à la beauté du geste, rythmée par un montage sonore très pop-rock. Si à ces atouts l’on ajoute une belle scénographie, à base d’éclairages travaillés et d’accessoires symboliques, le tour est joué, et le pari gagné !

Isabelle Calabre

Vu le 22 novembre 2016 à Marseille, Théâtre du gymnase

Dates à l' Amphithéâtre Bastille - Opéra Bastille
120 rue de Lyon 75012 Paris

Tout public :
12 avril 2019  à 20h
13 avril 2019 : 15h et 20h

Jeune public :
12 avril 2019 : 14h

15 avril : 10h et 14h
 

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