Micadanses : bien fait ! #6, au gré des saisons

14 spectacles dont 13 créations, dans quatre lieux : comme une édition double, covid oblige. 

bien fait !, rendez-vous automnal de Micadanses, suit-il ou précède-t-il Faits d’Hiver, le festival organisé en début d’année ? Plus besoin de parcourir, saison par saison, ce ruban de Moebius : En 2021, les deux s’associent naturellement, puisque les deux sont le fruit des engagements et préférences de Christophe Martin, aux commandes de Micadanses. 

La raison d’évoquer ici Faits d’Hiver en arrière-plan se révèle dans la seconde partie de bien fait ! 2021. bien fait ! est consacré aux compagnies en résidence à Micadanses et se déroule habituellement dans les studios de cette institution chorégraphique parisienne. Et c’est est vrai, cette année encore, pour la plupart des propositions. Mais trois soirées de bien fait ! sont programmées chez les partenaires de Faits d’Hiver, à savoir au Regard du Cygne et aux théâtres de Châtillon et de Vanves. 

Les repêchés de Faits d’Hiver

C’est là que vont apparaître respectivement Carole Bordes en historienne sur les traces de Matt Mattox, les frères Ben Aïm en cavalcade burlesque et Arthur Perole en diva sentimentale. Bordes nous fait découvrir ce fameux Mattox - pourtant largement inconnu - par une conférence-spectacle présentant « les références historiques les plus représentatives comme les films tournés par la Métro Goldwyn Meyer, notamment avec Marilyn Monroe, les comédies musicales et plateaux TV aux États-Unis, les images de stages partout en Europe, les vidéos des créations dans les années 70 et 80. » Hiver ou non, rien que des faits ! 

Toute création a eu ses déboires en 2020 et même en 2021, avec les annulations et reports qui ont perturbé la diffusion, et même la production. Pour Christian et François Ben Aïm qui, dans Facéties, abordent pour la première fois l’univers du burlesque, il s’agit de « de creuser le thème de l’absurde dans sa dimension comique » [lire notre entretien], ce qui était sans doute une bonne recette pour ne pas déprimer en tant que dé/reconfinés. Au résultat, un spectacle pour six interprètes, porté par « un élan vital débordant d’humour » selon notre consœur Sophie Lesort qui a vu le spectacle en répétitions [lire notre article]. Comme source d’inspiration principale, ils indiquent les « films muets dont on a transféré des principes d’écriture et de constructions rythmiques » : Keaton et Chaplin, avant tout. Mais très dansé, tout de même.

Avec Arthur Perole, la danse se fait sentimentale. Un plateau de cabaret, des paillettes, des fleurs et un piano et des rêves de glamour, pour échapper au quotidien. C’est show, et c’est pleinement assumé, car c’est l’essence du show qui nous réchauffe les cœurs. « Ici, tout est faux : la couleur des cheveux, le contexte, le play-back, mais Arthur Perole est parfaitement vrai dans cette dérive rêvée de Dalida chez les zazous », écrit Philippe Verrièle dans sa critique [lire notre critique] qui situe Nos corps vivants dans le parcours du chorégraphe. Dans sa sincérité, Perole signe une pièce qui fait de la danse contemporaine un art populaire par excellence. 

Amazones et grand écart

En ouvrant par le bouquet final lié à Faits d’Hiver, nous n’avons fait que placer l’arrière-saison là où elle se serait située naturellement, sans les contraintes sanitaires de l’hiver précédent. Dans la chronologie paradoxale de bien fait !, tout commence par les crus maison, à Micadanses. Pourtant, l’ambiance peut y être assez hivernale. Car Lotus Eddé-Khouri et Christophe Macé interprètent, par les tremblements de leur partition corporelle, The Cold Song de Purcell, dans la version de Klaus Nomi (qui s’y mettait en scène de manière très wilsonienne). Un terrible réveil, en plein hiver. Mais le thème de la soirée n’est pas le froid, c’est le rapport entre la musique et le mouvement, dans un programme partagé avec The Loud Atlas  de Laura Simi et Maurizio Ravalico. Un autre duo aussi, entre musicien et danseuse. 

Car les soirées de bien fait ! sont ainsi faites qu’elles regroupent, par exemple, plusieurs « Vibrations » (ci-dessus) ou bien, des « Amazones ». Dont Mathilde Rance, avec Ubuntu, son solo aux multiples casseroles musicales, sur les traces des racines mystiques, mythologiques et universelles de l’humanité, de divinités facétieuses et perturbatrices. Et surtout, féminines ! Erika Zueneli, la seconde amazone de la soirée, se prépare carrément à la guerre : Para bellum  est le titre de sa création avec, bien sûr, la paix comme objectif. Un solo de combat. 

Et si rien ne semble faire un lien évident entre deux propositions, on signale une soirée en « Grand écart ». Pourtant, quand Julie Salgues demande à Myriam Gourfink un solo sur mesure () et quand Sylvère Lamotte crée un trio au féminin (Tout ce fracas) à partir de ses recherches au long cours en milieu hospitalier autour de la réappropriation sensible du corps par des patients en réhabilitation, il s’agit à chaque fois d’une écoute des plus sensibles de son propre corps, du fruit d’une longue complicité entre une chorégraphe et son interprète, comme entre patients et soignants .

Ce sont là des soirées, et la programmation en offre quelques autres, qui parfois commencent extérieur. Car pour la première fois, Micadanses s’est doté d’un plateau de danse installé dans la cour du 16, rue Geffroy-l’Asnier, pour les compagnies en résidence et les spectacles qui se prêtent à être présentés à la lumière du jour. Ce qui est, bien entendu, une affaire saisonnière et sied mieux à bien fait ! qu’à Faits d’Hiver. En journée, on pourrait donc tomber sur des compagnies au travail, et surtout, visiter une exposition de photos de danse remarquables, prises par Laurent Paillier pour illustrer l’ouvrage Danser la peinture (textes de Philippe Verrièle), paru aux Nouvelles Editions Scala, où onze chorégraphes rencontrent les univers de grands artistes contemporains, de Pollock à Klein, Kandinsky et autres Brancusi. 

Thomas Hahn

Bien fait! #6, du 13 au 29 septembre

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