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« Maldonne » de Leïla Ka

En peu d’années, Leïla Ka est devenue un phénomène dans le milieu du spectacle en général et dans celui de la danse en particulier. Elle remplit les salles à chacune de ses créations – à chacune de ses apparitions. Tel fut le cas à Cavaillon, où nous eûmes l’occasion de découvrir sa pièce Maldonne, en novembre dernier. Tel a encore été le cas le 19 janvier 2024 où elle était au programme de Faits d’hiver, à Malakoff.
La pièce sera également à l'affiche de L'Année commence avec elles, à Pole Sud - CDCN de Strasbourg, le 26 janvier.

Il est des chances que son nom, facile à retenir, contribue à ce succès. Le domaine où elle se situe, à mi-chemin entre le théâtre et la danse, sans doute également. Maldonne se réfère à la maladresse du croupier au moment de mettre en jeu les cartes ou, si l’on préfère, au misdeal de celui-ci. S’il peut y avoir erreur dans la distribution d’un pli, tel n’a pas été le cas dans le casting des danseuses recrutées par Ka : Jennifer Dubreuil Houthemann, Jane Fournier Dumet, Zoé Lakhnati, Jade Logmo. Avec la chorégraphe, elles sont au nombre de cinq, comme une main de poker.

Galerie photo © Laurent Philippe 

Et ce quintette nous en fait littéralement voir de toutes les couleurs. On ne parle pas ici du rouge et noir du jeu de cartes français ou américain, mais des costumes de scène dont se parent les interprètes, à vue ou en coulisses, durant la représentation. Ces robes sont longues, légères, bigarrées mais, vues de loin paraissent surannées, loin des tenues casual auxquelles la danse contemporaine nous a habitués depuis quelques dizaines d’années. Elles ne sont pas seulement décoratives mais ont fonction sociale. Elles précisent le moment du jour ou de la nuit, la saison, l’état d’esprit de celles qui les arborent. Elles invitent à la danse, à la danse de salon ou de société, à la valse plus particulièrement.

Le tournoiement est un des motifs chorégraphiques qui vient contrarier l’alignement, les chorus de ces girls finalement assez sages. La variété, précisément, on la retrouve dans la playlist qui compose la bande-son. On passe sans complexe de Chostakovitch à… Lara Fabian. Art mineur et majeur se mixent dans un relativisme de bon aloi. Le Je suis malade (1973) de Serge Lama et Alice Dona, restituée par une chanteuse à voix cohabite avec le  Dance Me to the End of Love (1984) de Leonard Cohen.

Galerie photo © Laurent Philippe 

Chorégraphiquement parlant, on ne vise jamais au geste virtuose. Tout glisse pour le mieux dans ce meilleur des mondes. Tout est autorisé : la répétition d’un mouvement, l’unisson, le décalage, l’accéléré, l’immobilité totale. La simplicité technique contraste avec un maniéré enfantin et l’audace, avec l’effeuillage prude. Étrangement, la limpidité expressive s’oppose au clair-obscur ambiant. Pointe ici la psychologie de la note d’intention : « la chorégraphie dévoile et habille, dans tous les sens du terme, les fragilités, les révoltes et les identités multiples portées par cinq interprètes femmes ». Le finale est dionysiaque, au son de la techno. Le jeu de cartes de ces dames devient alors celui du solitaire.

Nicolas Villodre

Vu le 16 novembre 2023 à La Garance, Scène nationale de Cavaillon.

A voir : 
Festival Faits d'Hiver le 19 janvier 2024
POLE SUD CDCN le 26 janvier 2024 à 20h30 dans le cadre de L'Année commence avec elles. 

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