« Maguy Marin : l'urgence d'agir » de David Mambouch

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Notre plateforme s’emploiera à mettre en valeur des films et vidéos consacrés à la danse, des captations de pièces chorégraphiques, mais aussi et surtout des œuvres par elles-mêmes, tous genres confondus – documentaire, expérimental, film d’art, etc. – présentant un intérêt particulier et ayant une incontestable valeur artistique.

Dimanche 14 novembre de midi à minuit, vous pourrez visionner le film Maguy Marin : l'urgence d'agir de David Mambouch.

Le documentaire de David Mambouch consacré à Maguy Marin est une réussite. Ce, malgré, ou en raison même de sa durée. Un peu long a priori pour un film de ce genre, suffisamment assez pour traiter de la carrière et de l’œuvre de la chorégraphe, à commencer (et finir) par sa pièce emblématique, May B qui date, faut-il le rappeler ? de 1981. Des séquences de celle-ci rythment en effet la structure, pour ne pas dire le récit, du long métrage.

Les trois B

Par petites touches, à l’aide d’entretiens et d’archives, nous apprenons sinon tout d’elle, du moins l’essentiel. Autrement dit, ce qu’il a semblé important à Maguy Marin de confier à la caméra de son fils. Entre autres qu’elle est l’enfant d’antifranquistes espagnols réfugiés à Toulouse – de l’affectueuse Madrilène Luisa et du sombre, voire un peu brutal Andalou Antonio. Elle est restée très proche de sa mère et a mis du temps à s’affranchir de son père. À cet égard, la danse a été salutaire, salvatrice pour elle. Béjart-Bagnolet-Beckett ont servi de rampe de lancement à la danseuse, d’abord, puis à la chorégraphe. Maguy Marin a été formée à Mudra, l’école bruxelloise de Maurice Béjart fondée par lui en 1970. Le film mentionne plusieurs figures paternelles : Béjart, qui après Mudra l’engagea dans sa compagnie, les Ballets du XXe siècle ; Louis-Jacques Rondeleux, artiste lyrique qui lui transmit sa passion pour l’expression ancienne ; Fernand Schirren, rythmicien, pianiste et compositeur qui marqua de son empreinte tous les élèves de l’école ; Alfons Goris, le professeur de jeu théâtral qui fit naître en elle le goût de la danse-théâtre, du théâtre-danse et du théâtre tout court.

Elle dit que Béjart fit naître en elle un « regard critique », ce qui a dû la motiver suffisamment pour montrer son propre talent de chorégraphe. Celui-ci fut révélé en France en 1978 par le Concours de Bagnolet qu’avait inventé une dizaine d’années plus tôt Jaque Chaurand. Un concours légendaire, souvent imité, jamais égalé. L’une des séquences au début du film est théâtrale, qui rappelle la lente mise en place des danseurs dans le film de danse Carmen de Carlos Saura et Antonio Gades : le moment du maquillage de la troupe s’apprêtant à donner May B. À ce propos, Maguy Marin se souvient du regard perçant de Beckett et du charme qui émanait de sa personne. L’écrivain se montra lui aussi paternel, lui accordant « la liberté d’irrespect » d’adapter Godot, ce qu’il avait refusé à d’autres. May B devint un succès international après l’éloge d’Anna Kisselgoff dans le New York Times, la pièce ayant été présentée en 1986 à l’American Dance Festival. L’une de ses premières interprètes fut Lia Rodrigues. Pour soutenir cette dernière dans sa mission au sein de la favela de Maré, Maguy Marin lui donna gracieusement le droit de reprendre May B avec sa troupe. Elle déclare avoir cherché ce qui « se transmet, des plus anciens aux plus jeunes, des mères aux filles ». 

Flash back

Quantité d’extraits de chorégraphies captées en vidéo émaillent le film, de Nieblas de niño (1978), qui remporta le premier prix au Concours de Bagnolet, à Deux-mille-dix-sept (2017), en passant, entre autres, par La Jeune fille et la mort (1979), Babel Babel (1982), Cendrillon (1985), autre best-seller de la chorégraphe, le Duo d’Eden (1986) dont l’interprétation magistrale de Sylvie Guillem et Manuel Legris que nous vîmes à la Biennale de la danse de Lyon de 1988 ne fut apparemment pas filmée, Waterzoï (1993), Ramdam (1997), 
Umwelt (2004) remarquable pour sa scénographie et pour la musique minimaliste de Denis Mariotte. On ne peut citer ici tous ces morceaux choisis parmi la quarantaine d’opus composant le répertoire. Un passage illustré d’actualités de l’époque est consacré à la période de Rillieux-la-Pape et montre que le « parachutage » de la compagnie ne fut pas toujours bien compris par une partie des habitants de cette banlieue lyonnaise. 

Les scènes consacrées au phalanstère de la communauté de Ramdam servent de contrepoint à l’épisode de Rillieux-la-Pape et permettent de rassurer une artiste doutant d’elle en permanence. « Avant de passer [son] tour », Marin fait « retour » sur son passé. Elle a l’idée de passer un pacte faustien avec le diable que représente sans doute le spectacle en général, la caméra en particulier et propose d’échanger son « regard d’enfant » avec celui de la caméra. L’urgence dont traite le documentaire est celle de la création et de l’engagement personnel de l’artiste. Pour traiter d’urgence, assez paradoxalement, le film prend tout son temps. La patience du spectateur est récompensée par les qualités formelles du film : celles des prises de vues en haute définition ; cette simple idée d’un fond de scène patiné pris en 16/9où viennent se sur-imprimer ou s’insérer les archives datant de l’époque lointaine du 4/3 ; le travail de montage en finesse qui brise monotonie et chronologie ; l’usage subtil des voix qui relancent l’intérêt. 

Nicolas Villodre

Sur notre plateforme de films de danse, le dimanche 14 novembre de midi à minuit !

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