Les dix ans de la Zone d’Occupation Artistique

Le festival ZOA poursuit son édition anniversaire, au 100ecs et au Regard du Cygne.

Au fil des années, dont on compte désormais dix (et d’affilée !), ZOA, le rendez-vous créé par Sabrina Weldman, a toujours su confirmer son rôle d’incubateur et de lieu de liberté artistique. Nous avons rencontré sa directrice, pour situer ce festival dans le paysage chorégraphique et évoquer les spectacles à venir de l’édition 2021. 

Danser Canal Historique : Vous avez exceptionnellement lancé cette édition en septembre, avec un spectacle en extérieur, dans un lieu parisien encore peu connu, la Gare Expérimentale. Preuve, s’il en fallait, de votre capacité à défricher le paysage culturel, ce qui vaut côté lieux comme côté spectacles. Vous poursuivez actuellement, jusqu’au 2 novembre, cette édition anniversaire, avec deux points forts, au 100ecs et au Regard du Cygne. Mais avant tout, commençons par un petit regard en arrière. Comment voyez-vous l’évolution de ZOA depuis les débuts ? 

Sabrina Weldman : La reconnaissance pour ZOA est arrivée petit à petit de la part des spectateurs, pour ce festival qui a cheminé à travers pleins de lieux différents et a trouvé de vrais lieux partenaires, comme initialement La Loge, plus tard Micadanses et aujourd’hui L’Etoile du Nord, Le Regard du Cygne et dernièrement le 100ecs et la Gare Expérimentale. Artistiquement, c’est un festival qui me ressemble et est donc à l’image de mes propres attentes, avec des artistes étonnants qui ne se rangent pas dans un prêt-à-faire ou un prêt-à dire. C’est aussi un festival où règnent une solidarité et des relations humaines. C’est ce que je poursuis depuis le début, avec aussi des artistes qui reviennent régulièrement. 

DCH : ZOA est effectivement connu pour naviguer au-delà et au-dessus des genres. Mais on reste quand même plus ou moins proche de la danse. 

Sabrina Weldman : La danse est certes au centre, mais avec la performance, l’apport est possible depuis tous les autres champs et les propositions sont souvent hors catégories. Les gens viennent parfois à ZOA sans savoir ce qu’ils vont y trouver, mais en étant sûr de vivre un état d’étonnement. Tout part du désir des artistes, et je suis en désir de leurs désirs. Je tiens beaucoup à ce que les artistes puissent rester dans leur processus choisi. Et les artistes sont heureux de trouver un lieu qui ne les oblige pas de se mettre dans une boîte. 

DCH : La soirée au 100ecs semble particulièrement bien illustrer cet état d’esprit où tout peut arriver. Il y a même une proposition sans interprète humain sur le plateau, où un texte semble prendre la parole en son propre nom. De quoi s’agit-il ?

Sabrina Weldman : J’invite en effet cette année le metteur en scène et performer Olivier Boréel qui a créé avec Perrine Mornay, qui vient des arts plastiques et visuels, le collectif Impatience. Je l’invite justement avec un spectacle qui s’appelle Lumen texte, une performance qui ne cesse de se renouveler. C’est un spectacle vivant alors qu’il n’y a pas d’humain sur scène, où un texte projeté à l’écran prend la parole en son nom et s’écrit, en partie, en temps réel et développe une personnalité, sous les yeux du public, où chaque spectatrice ou spectateur partage cette expérience avec ses convives.

DCH : Les propositions avec interprètes en chair et en os permettent à leur tour de retrouver des artistes fidèles, avec des créations toujours aussi déconcertantes. 

Sabrina Weldman : Eva Klimackova et Laurent Goldring avec Melting Times, un solo qui fait référence à Kafka. C’est un travail sur le mouvement d’un corps dans l’angle entre deux murs, où on constate que cette danseuse et chorégraphe slovaque à l’immense sensibilité et créativité dans le mouvement, est, malgré ou en raison de la contrainte choisie, tout sauf coincée. Elle va même décoincer cet espace. C’est très riche de petits mouvements. 

Ensuite, on verra Laura Simi et Ettore Labbate qui travaillent sur une confrontation et un accompagnement entre les deux acceptions de « tendre », à savoir le verbe et l’adjectif, la tension et la douceur. C’est un solo accompagné par Labbate à la guitare, qui joue une adaptation des Variations Goldberg de Bach. Simi, a un parcours atypique hors des grandes institutions, mais mérite d’être rendue visible, et c’est aussi l’une des missions que je me suis données avec ZOA. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est une artiste émergente. Même si je dis aussi qu’il n’y a pas d’âge pour émerger . Par ailleurs, la dernière artiste de cette édition est une artiste que je qualifie volontiers de « réémergente ». 

DCH : Donc, une artiste « réémergente » - on la verra le 2 novembre au Regard du Cygne – c’est quoi, c’est qui ? 

Sabrina Weldman : Il s’agit de Daria Faïn. Comme Laura Simi, elle n’est plus toute jeune. On l’a un peu oubliée, en France, après ses années étatsuniennes. Mais cette artiste française a remporté le Concours de Bagnolet en 1979 ! Elle s’est formée auprès de Carolyn Carlson, Peter Brook, Min Tanaka et plein d’autres, notamment Martha Graham, puisqu’elle est partie aux Etats-Unis, où elle est restée pendant trente ans. Elle aussi étudié la médecine chinoise et beaucoup d’autres choses.

Dans son spectacle Patch the sky with 5 colores stones (Colmater le ciel avec 5 pierres colorées), la musique et le son sont très importants, comme le texte et la vidéo. C’est un grand spectacle performatif avec quinze personnes sur scène, où la chorégraphe sera le fil d’Ariane, lançant un dialogue entre la création américaine et la danse française. 

Propos recueillis par Thomas Hahn

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