Les 60 ans de l’Ecole de Danse Rosella Hightower…

Les 60 ans de l'école de Danse Rosella Hightower célébrés avec un programme Carlson – Maillot – Garcia par le Cannes Jeune Ballet. 

Au Festival de Danse Cannes Côte d’Azur, une journée spéciale a permis de visiter les studios du Pôle National Supérieur de Danse Rosella Hightower Cannes-Mougins. Fondée à Cannes par la ballerine américaine en 1961, l’école est installée à Mougins depuis 2014. L’institution, dirigée depuis 2009 par Paola Cantalupo, fête donc ses 60 ans à quelques encablures de Cannes dans ses locaux qui ont toujours l’air d’avoir été ouverts hier. Locaux qui ne sont pas seulement situés allée Rosella Hightower mais aussi en face de Scène 55, théâtre dédié à la marionnette et à la danse, qui a ouvert ses portes en 2017. 

Avant le début du programme anniversaire, les élèves du PNSD dansaient dans les studios et même dans les couloirs, et au centre, on visitait une exposition de costumes portés par Rosella Hightower dans ses rôles principaux. En suivant les appels discrets de groupes d’élèves, on repérait ici et là de belles personnalités et en général un très beau niveau d’expression en danse contemporaine. Au milieu des spectateurs, la directrice et son époux Peter Lewton-Brain, son partenaire de scène aux Ballets de Monte Carlo qui enseigne aujourd’hui au PNSD Rosella Hightower et y a créé le Pôle Santé, ainsi que les chorégraphes de ce programme anniversaire. 

Un programme anniversaire aux grandes signatures

Carolyn Carlson était donc venue ainsi que Jean-Christophe Maillot (à la fois en directeur des Ballets de Monte Carlo et ancien élève de l’Ecole de Danse Rosella Hightower). De Maillot, le Cannes Jeune Ballet – qui porte lui aussi le nom de Rosella Hightower – reprenait Opus 40, tandis que Carlson adaptait son solo Wind Woman (2011), ce qui donna lieu à Wind Women, le passage au pluriel qui faisant la différence entre les titres. Et elle créait, spécialement pour ces vedettes potentielles de demain, un trio masculin, It’s Alright, comme un appel à l’optimisme et à la vie qui attend ces jeunes. 

Trois danseurs, trois minutes et tout est dit… Aussi brève soit-elle, cette création souleva l’enthousiasme de la salle. A juste titre. Il suffit parfois d’un instant pour bouleverser un regard : Par de petits pas rapides et très rythmés qui en disent long sur notre urbanité, par la présence de trois danseurs au-delà de toute identité des genres, créant un vrai regard sur le monde actuel, sans débat sur la binarité. C’est plutôt une nouvelle masculinité qui s’affirme là, portée par le regard d’une grandissime chorégraphe qui a transmis en 2008, son solo emblématique Blue Lady à Tero Saarinen.  

Filles du vent et du soleil

Pour le Cannes Jeune Ballet, Carolyn Carlson a de nouveau sublimé la féminité dans Wind Women pour une soliste et un corps de ballet de douze cygnes modernes, ni blancs ni noirs mais dans la couleur fantomatique d’un romantisme qui se lie d’amitié avec toutes les couleurs de peau, à l’image du monde actuel. Ces filles du vent formèrent un corps de ballet de l’avenir, fait d’individualités au moins aussi captivantes que celle de la soliste, Sara Mistrorigo. 

Et si ces jeunes danseurs prometteurs ont découvert et pratiqué les ressorts de la danse contemporaine avec Christophe Garcia, créant un Askaulos très dynamique, la découverte principale du programme est sans aucun doute Nehanda Peguillan, soliste brillant de tout son jaune qu’elle revêt pour Opus 40 de Jean-Christophe Maillot. Espiègle, rayonnante et pleine de fougue, sa présence de ballerine se doublant d’un jeu théâtral virtuose, elle créait les situations d’Opus 40 comme à sa guise, pour jouer avec elles à la manière d’une grande virtuose. 

Thomas Hahn

Festival de Danse Cannes Côte d’Azur, le 5 décembre 2021

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