Le Temps d’aimer : « Saioak » de la compagnie Bilaka

Que signifie être Basque pour une jeune génération, dans le monde actuel et au bord de l’océan ?

Le Pays Basque est l’unique terrain où émergent des compagnies qui créent à partir de la tradition culturelle euskarienne. Mais ce qui paraît être une spécificité locale s’inscrit en vérité dans une tendance globale où se rencontrent danse contemporaine et danses sociales. Côté basque, une différence existe cependant, et elle est de taille : Pour les compagnies d’Euskadi, il est quasiment impossible d’accéder aux scènes hors de leur territoire. Ce qui est un vrai contresens si on considère que les pas basques sont à l’origine de certains éléments de la danse baroque et classique. 

L’Euskara et l’homophonie

Une brèche s’est peut-être ouverte avec la présence de Jon Maya au Festival d’Avignon en 2019, mais cette exception est toute aussi révélatrice. On invite plus facilement une compagnie du Pays Basque sud, et donc d’Espagne. Ce qui fait que pour l’instant il faut toujours aller sur place pour voir les compagnies du Pays Basque nord. Leur meilleure vitrine n’est autre que le festival Le Temps d’aimer, à Biarritz, sous la direction artistique de Thiery Malandain. L’heure y était, entre autres, à la compagnie Bilaka avec Saioak, création de groupe faisant suite à leur création Saio zero. Et saio signifie : essai. Mais se prononce : « chaïau », autrement dit (ou écrit) : « Chaillot » ! Est-ce qu’on les y verra un jour ? 

Ce secret vocal, non discernable à l’écrit, on l’a appris grâce à la compagnie, lors de la répétition publique à la mi-journée, où les danseurs exposaient leur vocabulaire et quelques duos dans une simplicité du geste qui laissa éclater tout leur talent. D’une technicité fabuleuse, d’une légèreté qui fait rêver, ils donnaient, comme c’est la coutume au Temps d’aimer, une introduction à leur représentation du soir. Sur la scène dans le jardin public qui fait face à la Gare du Midi, on les sentait en osmose avec la ville, le terroir et son histoire. 

La danse cadrée par les écrans

Le soir, sur la scène du Casino, ce fut une autre histoire. Le plateau richement fourni en écrans vidéo fixe et mobiles, les danseurs vêtus de costumes visiblement inspirés de combinaisons de surf, ils esquissaient des relations d’amour et d’amitié, passaient de pas traditionnels à la glisse à plat ventre ou se laissaient destabiliser comme par une vague. En vidéo, ils montraient autant l’océan qu’un ensemble de danse basque traditionnel. 

« La musique du spectacle rappelle les vagues de l’Océan. Danse et  musique nous aident à comprendre qui nous sommes », disaient-ils lors de la répétition. La danse comme la musique – composée et interprétée par un trio jouant live et une chanteuse lyrique en vidéo – réinventent les arts traditionnels et s’investissent en même temps à continuer la tradition basque pure, en organisant des bals de danses régionales. 

Galerie photo  © Caroline de Otéro

« Certaines parties du spectacle sont construites sur la symétrie des danses basques », expliquent-ils. Ce qui est vrai surtout pour le tableau final où la beauté des sauts et batteries du répertoire basque, dans la vitalité du cercle, éclatent au grand jour et créent chez le regardeur un état d’empathie comparable à la contemplation des vagues qui échouent sur la plage. Mais comment composer une pièce, une vraie, sans perdre ce lien avec les origines ? 

Un essai à transformer

La « seule compagnie professionnelle de danse basque du Pays Basque nord » (selon le journal du festival), collectif composé de jeunes champions de leurs disciplines traditionnelles respectives et en même temps pionniers du renouveau, semble malheureusement trop attirée par les signes normatifs de la contemporanéité. « La vidéo est très importante dans la pièce », faisaient-ils comprendre. Si importante, se dit-on quand la pièce commence, que par exemple, le cadre de l’écran en bord de scène empêche de voir les pieds des danseurs. Au plus grand regret du spectateur…

Galerie photo © Thierry Loustauneau

Mais cette création est ce que son titre indique, à savoir : un essai. A transformer avec le temps. Car justement, Arthur Barat, dans son incroyable souplesse et fluidité, vient de la troisième discipline fort prisée sur la côte basque : le rugby, discipline où l’on trouve justement cette énergie collective qu’il convient de préserver, même dans un spectacle de danse contemporaine, si le langage de base, les pas du pays, ne doivent pas perdre de leur force. Pour trouver, saio  après saio, le chemin qui mène à Chaillot.

Thomas Hahn

Le Temps d’aimer, Biarritz, Le Casino

Vu le 17 septembre 2021

Saioak de Mathieu Vivier 

Chorégraphie Bilaka

Musique  Patxi Amulet, Xabi Etcheverry & Valentin Laborde
Danseurs Arthur Barat, Zibel Damestoy, Oihan Indart, Ioritz Galarraga
Musiciens Patxi Amulet (claviers, accordéons, chant), Xabi Etcheverry (violon, alto, guitare), Valentin Laborde (vielle électrique)
Création vidéo Mickaël Vivier
Costumes Xabier Mujika Aldasoro
Lumières Julien Delignières

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