L’Europe se négocie à Lyon

Retour à nos fondamentaux, avec trois premières européennes à la Biennale de la Danse. 

Dimitris Papaioannou, Marlene Monteiro Freitas et Euripides Laskaridis (dans l’ordre de leur entrée en scène) offrent à la Biennale de la Danse 2021 non seulement trois premières européennes – dont la création mondiale de Transverse Orientation de Papaioannou – mais en plus, un retour aux sources de la civilisation européenne, un condensé des fondamentaux avec nos mythes, nos rites et une culture du débat qui reflète deux mille ans d’histoire culturelle qui ont conduit à la liberté d’expression. 

De quoi faire une lecture transversale du terme même de première européenne, au-delà du sens de la primeur. Car ensemble, ces trois spectacles nous rappellent qui nous sommes, et ce qu’est l’Europe. Dimitris Papaioannou se penche, dans sa nouvelle fresque, sur le mythe du minotaure, interrogeant notre rapport à la bête, au héroïsme, à la lumière, à l’eau, à nos pulsions, à l’intime et à l’inavouable, et finalement au renouvellement d’un ordre révolu. Ce qui est une question fondamentale pour la démocratie. 

Cette démocratie serait née à Athènes, dit-on. Et voilà qu’ Euripides Laskaridis, un autre artiste grec, par ailleurs un ancien interprète de Papaioannou, évoque dans sa toute nouvelle création, Elenit, tous les débordements de l’imaginaire. Mais ces Bacchanales hilarantes sont également un moyen d’interroger les autorités et les responsabilités, car la pièce évoque un scandale sanitaire, lié à un matériau de construction très répandu en Grèce qui s’est révélé être hautement toxique. La rébellion contre la bienséance esthétique cache donc un acte d’émancipation citoyenne qui pointe un pouvoir immoral. En catégories morales, Laskaridis nous parle du mal, en nous faisant du bien avec sa revue carnavalesque. 

Aux côtés des mythes et des Bacchanales, les autres piliers de la culture européenne ici évoqués sont le pouvoir judiciaire et celui des instances chrétiennes, dans leur fixation sur l’incarnation du mal par le diable. Ivresse divine : Mal – Embriaguez divina  de Marlene Monteiro Freitas prend la forme d’un procès théâtral et grotesque, reflet de notre obsession à désigner le mal sous toutes ses coutures. Car il n’y a pas que le Malin alias Lucifer qui nous sert de surface de projection de nos facettes inavouables. Il y a aussi… le taureau, comme nous l’explique Papaioannou. 

Ces trois spectacles évoquent la capacité d’autoanalyse, de clairvoyance et de la ratio libérée grâce à Dionysos. En somme, un bien culturel précieux, à défendre au nom de la démocratie, ce qui inclut le droit de spolier, détourner, blasphémer etc., qui seul permet d’avancer. Chacune des trois fresques arrive avec une distribution conséquente, de huit à dix interprètes, telles des assemblées. Si Papaioannou la décline sur le mode des bas-reliefs, Freitas la traite en retable et Laskaridis sur un mode carnavalesque, baroque et insolent qui fait exploser toutes les normes.  

Thomas Hahn

19Biennale de la Danse de Lyon

Dimitris Papaioannou: Transverse Orientation, du 2 au 6 juin au TNP, Villeurbanne

Marlene Montero Freitas, Mal – Embriaguez divina, les 11 et 12 juin, TNP, Villeurbanne

Euripides Laskaridis : Elenit, le 16 juin à la Maison de la Danse

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