« L’Art du rire » de Jos Houben

Formé à l’école Jacques Lecoq où désormais il enseigne, le comédien et mime Jos Houben nous a offert à la Scala de Paris un spectacle visuel au titre parlant, L’Art du rire.

Il était a priori étonnant de voir l’artiste discutant tranquillement avec des connaissances ou des admirateurs dans le hall du théâtre à quelques minutes de la représentation, tant il paraissait absolument décontracté –« décontrasté » aurait dit le regretté Garcimore. Comme si la décontraction était le contraire même du trac tant redouté par d’autres. Cette forme de « relâchement », repérée par René Solis, caractérise également le style de l’homme Houben.

Dans ce « one man show » ou presque – un comparse du nom d’El Mostafa Iklil y intervient à deux reprises à la fois pour représenter sur scène le public et pour servir de faire-valoir ou de clown blanc à notre Auguste belge – d’une durée idéale (une heure chrono, tout compris), on peut dire que le double objectif fixé, s’amuser et apprendre en traitant d’humour avec bonne humeur, est atteint. Quoique Houben annonce au départ un « séminaire », voire, « comme on dit aujourd’hui, une master class », le ton docte ou professoral sera totalement banni.

N’empêche que le déroulé obéit à une structure inattaquable, qui aborde ou décline le thème en plusieurs chapitres bien distincts, espacés de rires du public, ce, d’une manière assez pédagogique qui amène peu à peu le spectateur à l’expérience du rire. Progressivement et paradoxalement : par la fine analyse du phénomène à laquelle se livre le « cobaye de lui-même » (Solis) qu’est aussi le fantaisiste.

Le rire exige un spectateur, nous est-il rappelé. Il contrarie la verticalité – qui est pour Houben synonyme de dignité. De la marche et démarche humaine, il exploite non seulement la chute – comme l’avait noté Bergson, philosophe non mentionné en fin de spectacle, alors qu’y seront cités Démocrite, Wittgenstein et... Charlie Rivel –, mais le moindre risque d’affaissement, la boiterie (réelle ou poétique), le faux-pas, le trébuchement.

Ici, les leçons de mime ou de « théâtre corporel » – mais a-t-on jamais vu un comédien sans son corps ? remarque judicieusement le faux conférencier – sont d’une efficacité redoutable. Sans jamais rechercher l’esbroufe ou la virtuosité, Houben enchaîne une suite gestuelle proche de la chorégraphie, reproduisant à l’identique et même un peu plus les incidents et accidents manquant perdre la face à tout un chacun en société. 

Là où quasiment tous nos comiques pèchent par paresse, en se limitant à dire, avec plus ou moins de talent, les bons mots d’autres auteurs, Houben donne de sa personne, ne racontant pas une seule blague – fût-elle belge ! –, déroulant son exposé et l’illustrant par son savoir-faire. Ses mimiques rappellent celles des grands burlesques – on pensera, notamment, à Stan Laurel –, ses réactions en chaîne sont d’une vivacité peu commune. Ainsi, une même séquence gaguesque peut se compliquer à l’infini et démultiplier le rire ou l’accroître crescendo, jusqu’aux éclats. Ces moments rares arrivent fort heureusement à la fin de la leçon. 

Nicolas Villodre

Vu le 7 février 2020 à La Scala de Paris

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