« Janet on the Roof » de Pierre Pontvianne

Seule sur la scène, Marthe Krummenacker, danseuse d'exception, porte un solo magnifique et déploie un flot d’images chorégraphié par Pierre Pontvianne.

Janet – Marthe Krummenacher apparaît, T-shirt et collant bleu mi cobalt mi outremer, ses cheveux effaçant son visage. Un bruit de balle, le tintement d’une douille et nous voilà propulsé dans un autre monde, un autre lieu où le temps n’a plus de prise. Marthe alors se déploie tandis que le piano s’égrène. Ses bras s’infinissent à l’horizontale, ses jambes cherchent l’air en se tordant imperceptiblement, et son dos s’étire comme on déplie le temps. Marthe plonge dans une dimension intérieure où l’instant se dilue, où le geste gagne en acuité, où les rives du jour s’éloigne et la vie bascule. Marthe est loin. Loin ailleurs ou peut-être en guet-apens dans un coin de son esprit. Elle apprivoise par son flux continu la seconde précédente. Celle de la sidération. Une balle. Une douille. Noir.

Marthe déroule son dos, laissant surgir la chair, les os, les attaches des omoplates, délicates, friables, nous rappelant l’oiseau qu’on aurait pu être… Marthe à défaut d’ailes allonge ses bras qui calmeraient la mer. Son corps se tord ou bien s’enroule dans une courbure inexorable, penchée comme un animal, ses mains devenues pattes, fouillant on ne sait quoi dans un sol inconnu, avant que n’éclate les cris, le bruit, la fureur, la panique, accrocs, violente irruption du monde, rapide, nombreuse, et rien. Marthe. Le piano. La lenteur. Le temps continue de s’expanser ; l’espace, lui, rétrécit. Et tandis que l’ombre derrière elle augmente, jusqu’à tendre un grand voile noir comme sur un catafalque, surgit la voix de Sinatra, claire, éclatante, il chante My Way. Le corps de Marthe se tend, comme un retour au présent. Noir.

 

On voudrait ne rien ajouter. Mais disons ici, que la chorégraphie de Pierre Pontvianne est presque miraculeuse. Tout est juste dans cette pièce sidérale, à commencer par Marthe Krummenacher, mais aussi la composition sonore, signée elle aussi Pontvianne, les lumières de Valérie Olas, le costume de Janet Crowe, et le décor de Pierre Treille. Pierre Pontvianne, lauréat du Prix de Lausanne 1999, a été interprète dans de grands compagnies internationales. Aujourd’hui, il travaille avec David Mambouch, ce dernier ayant été regard extérieur pour Janet on the Roof, et bientôt réalisateur sur un film d’après cette pièce. Pierre Pontvianne prépare également une création pour le Ballet de l’Opéra national de Lyon (BEASTS). À suivre donc. Absolument.

Agnès Izrine

Le 15 juin, Théâtre de la Commune Aubervilliers, dans le cadre dus Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.

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