A Grasse, Système Castafiore créent « Kantus 4-Xtinct Species »

Un opéra dansé pour une humanité hybride, comme les tableaux d’une exposition future. 

Première mondiale au Festival de Danse Cannes Côte d’Azur pour quatre chanteurs et cinq danseurs : Sur le plateau de la nouvelle pièce de Marcia Barcellos et Karl Biscuit, c’est quasiment la parité. Tout comme entre l’humain et l’art plastique des costumes ou encore entre les pas de danse et la scénographie. Il faut prendre les créations de Système Castafiore pour ce qu’elles sont, à savoir l’expression d’un univers qui se décline de manières diverses, se réinvente sans cesse et cherche, comme le dit Karl Biscuit, à réenchanter le monde sur fond de tragédie.

De la même façon, on ne séparera pas les 25 créations que Marcia Barcellos (la chorégraphe) et Karl Biscuit (le concepteur et directeur musical) ont enchaînées au fil des décennies et qui ont fait l’objet d’une exposition de photographies et costumes à Cannes, au Palais des Festivals. Cette plongée dans l’univers unique de Système Castafiore s’était invitée sur la Croisette pour rappeler à quel point le merveilleux, les cauchemars, les royaumes fantaisistes du futur comme des planètes lointaines se conjuguent chez eux à l’aune de la voix humaine et d’un gestus cartoonesque. 

Espèces distinctes, espèces éteintes

Mais Kantus 4-Xtinct Species dévie légèrement, en direction d’un opéra dansé et de tableaux qui sont à contempler avec l’œil du visiteur d’une exposition ou du lecteur d’un roman photo. Ou, pourquoi pas, d’une bande dessinée mise en musique, traversée par des animaux fantasques aux bois si généreux qu’ils évoquent les deux sens du mot. On y rencontre également un chaman latino-asiatique, un trio de béliers, un géant plein de mystère et d’élégance, une créature simiesque portant un masque à gaz, un homme-insecte qui vrille au-dessus d’un banquet… 

La présence de la soprano, du contre-ténor, du ténor et du basse incarnant un monde ancien fait d’édiles ou autres dépositaires d’un pouvoir social et culturel à mémoire post-cataclysmique fait face à des rituels imaginaires dansés qui résonnent encore dans des corps qui ont muté. Où l’humain est encore présent, mais en bouclant la boucle de sa pré-histoire, réintégrant le cycle naturel de la vie, dans un pré- et post-anthropocène conjoints où prévaut une idée de tribu plutôt que nationaliste. Aussi les espèces éteintes évoquées dans le titre sont toutes celles qui n’ont pas croisé leur génome avec d’autres. 

Faire humanité

Barcellos et Biscuit rêvent d’une spiritualité débarrassée du poids des religions. C’est ce qu’ils appellent « faire humanité », au-delà des clivages, et donc à l’image des polyphonies de cette création, dont un Agnus Dei  adapté des chants des tribus amazoniennes Aruà ou un chant traditionnel islandais du XIIIe siècle. Car Karl Biscuit est toujours autant un chercheur, et Marcia Barcellos ne cesse d’inventer les danses et gestes qui résonnent avec les univers particuliers de chacune de leurs créations. Pour Kantus, elle a imaginé des rituels funéraires, des totems chorégraphiques, des unissons folkloriques…

Si Système Castafiore ont, à leur manière, une signature visuelle aussi identifiable que celle d’un Bob Wilson, ils la doivent en grande partie aux costumes signés Christian Burle. Et il faudrait à ces œuvres une exposition à part, un musée du costume dédié qui trouverait aisément sa place à Grasse comme attraction touristique. Car ces œuvres plastiques ont leurs fragrances tout aussi caractéristiques que les meilleurs des parfums. 

Galerie photo © Nathalie Sternalski

Pièce par pièce,  le mot de « Système » dans le nom de la compagnie fait figure de prophétie qui se réalise. En prenant forme, leur monde intègre à chaque fois des éléments nouveaux, comme ici le quatuor vocal. On préférera ensuite telle pièce ou telle autre, comme chez son compositeur, cinéaste ou peintre de prédilection. Mais chaque composition visuelle, sonore et chorégraphique de Barcellos et Biscuit apporte sa pierre à leur univers, où s’épanouit un art total. 

Thomas Hahn

Festival de Danse Cannes Côte d’azur France, le 2 décembre 2021

Le 3 Janvier 2022, Cité de la Musique, Arsenal Metz

Du 9 au 12 Mars 2022 à Paris, Chaillot - Théâtre National de la Danse

Chorégraphie : Marcia Barcellos

Direction musicale et mise en scène : Karl Biscuit   

Danseurs : Caroline Chaumont, Lucile Mansas, Sara Pasquier, Tuomas Lahti, Dimitri Mager
Chanteurs : Lise Viricel, Lina Lopez, Théophile Alexandre, Martin Mey, Simon Millan

Costumes : Christian Burle
Graphisme et Vidéo : Vincent de Chavanes
Construction décor et accessoires : Jean-Luc Tourné
Lumières : Christophe Chaupin
Assistante à la Mise en scène : Daphné Mauger

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