Festival Kalypso : Sandrine Lescourant crée « Anyway »

Inspiré d’ateliers menés avec des détenues dans une prison à Rennes, le trio Anyway rebondit sur l’idée de résilience. Entretien ...

Danser Canal Historique : Vous créez un trio entre enfermement et énergie vitale, suite à un travail avec des femmes détenues dans un pénitentiaire à Rennes. Comment est né ce projet ?

Sandrine Lescourant : Il y a plusieurs raisons qui m’ont amenée vers ce projet. Dont l’envie de travailler avec des personnes qui ne sont pas forcément danseurs ou danseuses. Et j’étais en train de lire les travaux de Boris Cyrulnik, notamment autour de son concept de la résilience. En même temps, j’ai découvert une vidéo qui m’a beaucoup touchée, Step inside the circle, autour de prisonniers aux Etats-Unis et leurs traumatismes qui engendrent un manque de compassion. Entretemps, je me suis également formée pour mieux accompagner des personnes qui ne sont pas danseur.se.s

DCH : Le mot de résilience est entré dans le langage commun. Comment avez-vous abordé ce concept ? 

Sandrine Lescourant : J’ai commencé à faire des laboratoires très réguliers avec les danseuses professionnelles Khoudia Touré et Marie Marcon. C’était un travail d’écriture au sujet de nos propres processus de résilience. Nous avons ensuite transposé les résultats vers des chorégraphies. Ensuite nous avons eu la chance de pouvoir collaborer avec le CCN de Rennes pour continuer ce processus au centre pénitentiaire de Rennes, une prison pour femmes. Nous avons donc pu rencontrer les détenues à ce moment-là. 

DCH : Comment s’est déroulé le travail avec ces détenues ? Dans quels états les avez-vous trouvées et comment ont-elles réagi à vos propositions ? 

Sandrine Lescourant : Je m’attendais à ce qu’il soit peut-être un peu délicat de les amener vers la danse mais en fait pas du tout. Au contraire, leurs retours ont été très positifs et sincères et ça nous a fait vraiment chaud au cœur. Ça s’est passé dans une énergie très brute et conviviale, très hip hop au final, et nous avons senti qu’il y a une vraie nécessité de danser dans les prisons. 

DCH : Comment est-ce que vous avez ensuite procédé pour transposer cette expérience sur la scène, avec des danseuses professionnelles, pour en faire un spectacle ?

Sandrine Lescourant : Par le prisme de nos rencontres, je fais une pièce sur la résilience qui est pour moi le fil rouge de cette création. On pose le cadre et on explique comment les échanges avec les détenues nous ont amenées vers nos propres forces et comment la danse nous permet de tenir debout chaque jour. Il ne s’agit en aucun cas de livrer une pâle copie de leurs histoires personnelles et authentiques. Au contraire, nous nous sommes nous-mêmes reconnues dans ces femmes. Aussi la pièce se construit sur notre histoire commune, celle que nous avons vécue au travers de nos ateliers. 

DCH : On se pose quand même la question de la place véritable des détenues que vous avez rencontrées, dans une pièce destinée aux plateaux des théâtres. Allez-vous pouvoir maintenir le lien avec elles ?

Sandrine Lescourant : Il faut savoir que ce projet comporte plusieurs volets. Il y a d’une part la création du spectacle Anyway  et d’autre part l’envie d’amener les détenues à avancer en dansant elles-mêmes, ce que nous espérons pouvoir réaliser en 2022. Dans Anyway, nous sommes trois danseuses empreintes de nos rencontres avec les détenues et des ateliers avec elles qui ont été menés entre danse, écriture, prise de parole et chant. Ces partages nous ont donné énormément de matière pour notre création. Dans l’introduction d’Anyway, Khoudia Touré explique justement cette rencontre. Et chaque partie est fondée sur un texte écrit pendant nos ateliers, dont leurs réflexions autour de la résilience et des lettres que nous avons écrites. 

DCH : Les détenues peuvent-elles donc voir Anyway, le fruit de votre rencontre ? 

Sandrine Lescourant : Nous avons en effet joué la pièce devant les détenues. C’était notre vraie première. Et c’est ce qui m’a permis de me dire qu’il y la une direction intéressante. Car elles nous ont dit que nous avions su percevoir des choses d’elles, au-delà de ce qu’elles avaient partagé avec nous.

DCH : Vous travaillez souvent dans les écoles et dans le cadre de projets sociaux. C’est donc une vraie vocation ? 

Sandrine Lescourant : L’émancipation de l’enfance et de l’adolescence sont des domaines qui m’intéressent beaucoup. J’étais en résidence au Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine et au Théâtre Aragon à Tremblay ce qui m’a amenée à travailler dans les écoles. Mais j’ai aussi travaillé avec des femmes dans le 93 dans le cadre d’un projet intitulé Imagine et, à plusieurs reprises dans les bidonvilles de Manille, avec une association.

Propos recueillis par Thomas Hahn

A voir le 14 décembre à 20h au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, dans le cadre du festival Kalypso. 

Représentation suivie d’une rencontre avec Sandrine Lescourant sur le parcours de la création et le travail qu’elle a mené en centre de détention.

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