Festival Faits d’Hiver

Disons-le tout net : jamais une édition antérieure n’avait été si riche, si importante, si rayonnante sur tout le territoire francilien ! 54 représentations, 15 créations et autant de lieux de diffusion, face au COVID Faits d’Hiver passe à l’offensive et nous offre davantage de spectacles d’un bel éclectisme pour contrer le blues post-confinement. 

Il faut dire que ce festival défend depuis toujours les mélanges féconds qui consistent à marier auteurs reconnus et jeunes artistes émergents sans oublier ces chorégraphes repérés mais peu diffusés car assimilés à une implantation « régionale ». L’ensemble composé par ces vingt-trois compagnies présente la diversité de la danse contemporaine d’aujourd’hui dans la multiplicité de ses expressions. Sans oublier de faire découvrir des œuvres interprétées ou créées par des personnes en situation de handicap. Faits d’Hiver fait également le pari de mêler théâtres réputés et petits lieux de diffusion, afin de participer à une démocratisation de la danse auprès d’un large public.

Outre Yvann Alexandre qui ouvrira le festival avec la création de Se méfier des eaux qui dorment, soit une rêverie sur Lac des cygnes très singulière, et le clôturera avec Blitz, la traditionnelle carte blanche confiée à un chorégraphe, il est possible de repérer des thèmes qui émaillent les réflexions des artistes de cette édition. Notamment, une recherche entre voix et corps. C’est le cas d’Inging de Jeanine Durning et Simon Tanguy qui se confrontent à la limite du langage articulé dans un déséquilibre constant, de Percut de Pierre Pontvianne, où les danseurs en chœur s’accompagnent d’une saillie de mots criés, d’Yves-Noël Genod, performeur, danseur, chanteur, chorégraphe, metteur en scène et auteur, de Lotus Eddé Khouri et Christophe Macé qui dans Believe, s’intéressent à la vibration des corps et des cordes vocales noués par la psamoldie du temps, ou de Mathilde Rance qui chante et danse sur les harmoniques de casseroles comme avant-goût d’un envoûtement dans Ubuntu

L’autre grand motif de cette 23édition pourrait être sociologique. Ainsi Claire Jenny et Etienne Aussel dans (Echo+Effigies)interrogent par un dialogue entre danse et vidéo les rapports aux images de nos sociétés, Mickaël Phelippeau explore la complexité des liens d’une femme dite valide et l’autre porteuse de trisomie 21 (De Françoise à Alice), Biño Sauitzvy s’inspire des pratiques animistes et écosophiques autour de la forêt dans Under The Ground, Leïla Gaudin incarne Louise, SDF, dans No man’s land

Pier 7 de Malika Djardi nous invite à regarder autrement le monde qui nous entoure à travers le milieu du skateboard, Sylvère Lamotte crée Tout ce fracas à partir d’une immersion en milieu hospitalier, et les frères Ben Aïm s’attaquent avec Facéties au burlesque pour interroger la normalité et le fonctionnement de nos sociétés actuelles. 

Plus ancrés dans des problématiques d’identité, Arthur Pérole questionne ce qui nous définit en tant qu’humains à travers Nos corps vivants, et Simone Aughterlony, Petra hrašćanec et Saša Božić se lancent dans un voyage à travers le soi dans Compass.

Enfin, comme pour chaque édition depuis la création du festival, une attention toute particulière est portée à l’écriture chorégraphique en elle-même, portée par certains auteurs comme Béatrice Massin qui crée avec ABACA un rondeau pour une porte et quatre danseurs, subtil jeu de construction dansée, d’Offrande qui réunit autour du chef-d’œuvre contrapuntique de J.S. Bach la même Béatrice Massin, avec Bruno Bouché, chorégraphe et directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin, et Mié Coquempot, dont cette pièce est le leg. Sans oublier, bien sûr, la dernière création de Myriam Gourfink (Arche), celle d’Erika Zueneli (Para Bellum) et deux inclassables, plutôt dans une veine picturale, L’épouse de Rebecca Journo et The World was on fire de Nina Vallon.

On notera au passage le nombre impressionnant d’autrices chorégraphes de cette édition, notamment au chapitre des créations.

Agnès Izrine

Faits d'Hiver du 14 janvier au 12 février 2021

Image de preview - Pier 7 de Malika Djardi © D.R

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