Exposition : Picasso et la Danse

Cette année, dans le domaine des arts plastiques, la danse est décidément à l’honneur. Après le relativement décevant « Degas Danse Dessin » au musée d’Orsay, puis la belle rétrospective, jusqu’au 22 juillet, « Rodin et la Danse » au musée Rodin, et avant l’intriguant « Danser Brut » au LAM de Lille à partir du 28 septembre, la Bibliothèque nationale de France et l’Opéra de Paris présentent un réjouissant « Picasso et la danse », dans le cadre de la manifestation Picasso-Méditerranée - qui sera l’un des rendez-vous de l’été.

La proximité du peintre avec les Ballets Russes, et ses décors ou costumes, notamment pour Parade, Le Tricorne, Pulcinella ou Le Train Bleu, ne sont certes pas une découverte. Mais si la taille modeste de l’espace d’exposition, au niveau inférieur du Palais Garnier, ne permet pas d’admirer de grands tableaux du maître - que l’on a toujours le loisir d’aller contempler en son musée du Marais -, les documents, photographies et dessins rassemblés mettent fort justement en lumière combien son œil fut sans cesse sollicité par toutes les formes de danse, du music hall à l’arène, et ce dès ses débuts.

La visite, circulaire, s’ouvre classiquement sur les relations de Picasso avec Cocteau et Diaghilev, dont le compositeur Edgar Varèse se fit en 1915 l’intermédiaire. On retrouve le portrait de la ballerine Olga Khokhlova qui fut sa compagne, et on constate combien, jusqu’au milieu des années vingt, les danseurs et leurs mouvements sont un thème récurrent de son inspiration.

La section suivante l’illustre magistralement avec les deux maquettes/sculptures de Parade (1917), ballet de Massine, Satie et Cocteau et première contribution de Picasso à l’art chorégraphique. C’est à lui que l’on doit les personnages des managers, hommes décors dont les costumes originaux, que l’on peut admirer pour la première fois depuis leur récente restauration sont en eux-mêmes une œuvre d’art.

Recréé en 1979 au Palais Garnier, Parade est toujours au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Le Tricorne (1919), Le Train Bleu (1924) et Le Rendez-vous (1945) sont quant à eux entrés au répertoire de la troupe en 1992, tandis que la nouvelle production d’Icare, dont Serge Lifar commanda à Picasso le décor, y figure depuis 1962. Suivent les évocations du Tricorne et ses images de corrida, de Pulcinella dont on découvre les esquisses de décor refusées par Diaghilev, qui leur préféra une veduta di Napoli version cubiste, et enfin les sculptures mobiles de Mercure, qui marquent le tournant de Picasso vers le surréalisme.

Galerie photos - BnF / Bibliothèque-musée de l’Opéra © Succession Picasso 2018

Même juste esquissée, la présence de la danse dans les œuvres non directement consacrées à l’univers du ballet est intéressante. Forains, saltimbanques, cabarets, cafés - concerts, bals, french cancan mais aussi les danses populaires, traditionnelles ou exotiques, de l’Orient comme celles de son pays natal, s’illustrent sur des dessins, gravures, aquarelles…

Dans ce catalogue des gestes dansés, on ne saurait bien sûr oublier la corrida et ses passes éminemment chorégraphiques. Ni les célèbres figures mythologiques qu’affectionne le peintre, en particulier son alter ego le Minotaure, qui apparaissent souvent saisis dans une bacchanale effrénée.

Mais la section la plus surprenante concerne le peintre lui-même, dont on apprend qu’il a toujours aimé la danse. De beaux clichés grand format le montrent exécutant quelques pas avec sa dernière femme, Jacqueline Roque.

Juste à côté, les photographies prises par Gjon Mili pour le magazine Life en 1949 révèlent que la technique du trait continu, pratiquée par Picasso dès les années 1900 et régulièrement reprise ensuite, doit beaucoup au mouvement dansé.

Son corps devient littéralement le prolongement de sa main, à moins que cela ne soit l’inverse. Une symbiose quasi organique, qui n’est pas sans rappeler, en miroir, le travail de deux chorégraphes et dessinatrices récemment mises à l’honneur. On pense ici à Carolyn Carlson, dont les calligraphies ont été exposées jusqu’en mai dernier au musée Toulouse Lautrec à Albi, et à Trisha Brown dont l’expo-installation Une Américaine à Montpellier, sous la direction d’Agnès Izrine et dans le cadre de Montpellier Danse, est construite autour du fameux dessin It’s a draw, emblématique du mouvement brownien.

Isabelle Calabre

Vu le 18 juin au Palais Garnier, Paris.

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